Le malheur des uns…

François Legault avait déjà tout lieu de se féliciter d’avoir réussi à recruter la mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, pour défendre les couleurs de la CAQ dans la seule circonscription de l’île de Montréal où elle a une chance de l’emporter à l’élection du 1er octobre prochain, mais la guerre fratricide qui vient d’éclater au sein du mouvement souverainiste, aussi bien au Bloc québécois qu’au Parti québécois, doit le porter au comble de la joie.

Il est vrai que le débat sur le rôle que le Bloc doit jouer à Ottawa est antérieur à l’arrivée de Martine Ouellet, mais la députée de Vachon a fait depuis longtemps la preuve qu’elle croyait toujours dur comme fer être la seule à avoir le pas. Après les injures dont elle les avait abreuvés durant la course à la succession de Pierre Karl Péladeau, ses collègues péquistes avaient poussé un soupir de soulagement quand elle avait décidé de sauter dans l’arène fédérale, mais la rapidité avec laquelle elle a réussi à faire éclater son nouveau parti n’en demeure pas moins impressionnante. Qui plus est, elle semble déterminée à en raser les derniers vestiges.

Le PQ avait déjà suffisamment de difficulté à se refaire une santé sans que la plus grave crise de l’histoire du Bloc vienne polluer la course à l’investiture dans Pointe-aux-Trembles, qui réunit tous les ingrédients d’un autre de ces psychodrames dont il a le secret et dont les conséquences pourraient être incalculables.


 

Il fallait mal connaître Maxime Laporte pour penser qu’il accepterait de s’effacer devant Jean-Martin Aussant. Si les qualités intellectuelles et la force de conviction de l’ancien chef d’Option nationale sont largement reconnues, le jeune président de la Société Saint-Jean-Baptiste est ce qu’on appelle un « battant », qui a une pugnacité hors du commun.

Les militants péquistes de Pointe-aux-Trembles auront à faire un choix déchirant. Peu importe les bonnes relations personnelles que les deux hommes peuvent entretenir, ce fameux choc des idées d’où est censée jaillir la lumière risque plutôt de semer l’amertume et la division. Que deux candidats de cette qualité en soient réduits à s’arracher la même circonscription montréalaise démontre à quel point ce qui a été son berceau est devenu une terre inhospitalière pour le PQ.

Depuis la fondation du parti, son histoire est jalonnée par les chicanes entre impatients et pragmatiques, mais les deux protagonistes font partie de ceux qui n’étaient pas d’accord avec le report du référendum à un hypothétique deuxième mandat. M. Aussant s’est officiellement rallié à la position officielle du parti, mais tout le monde sait ce qu’il en pense réellement, même si certains lui reprochent son ralliement stratégique, comme en témoigne la lettre d’une militante amèrement déçue que Le Devoir a publiée mercredi.

Paradoxalement, le mouton noir qui avait démissionné avec fracas en juin 2011, en vitupérant Pauline Marois et l’ensemble de la députation péquiste, fait aujourd’hui figure de candidat de l’establishment. Les « purs et durs » qui forment la garde prétorienne de Martine Ouellet, menés par le député de Pointe-de-l’Île, Mario Beaulieu, appuient activement la candidature de M. Laporte, qui deviendrait en quelque sorte leur nouveau représentant au sein du PQ, en prévision du débat sur l’échéancier référendaire qui reprendra inévitablement au lendemain de l’élection du 1er octobre. Ce qui se passe actuellement au Bloc ne donne pas l’impression que l’unité fait partie de leurs priorités.


 

François Legault ne souhaite certainement pas devenir le premier à diriger un gouvernement qui ne compterait aucun ministre représentant une circonscription de Montréal. Même Duplessis avait toujours réussi à faire élire un ou deux députés sur l’île.

Depuis quelque temps, les stratèges caquistes laissaient entendre qu’ils avaient réussi à recruter un(e) candidat(e) vedette qui allait changer la donne dans Pointe-aux-Trembles, où la CAQ avait terminé deuxième avec 24 % des voix en 2014, plus de 5000 voix derrière Nicole Léger.

Chantal Rouleau en a la capacité. Malgré la vague qui a porté Valérie Plante à l’hôtel de ville, elle a été réélue sous les couleurs d’Équipe Coderre avec 57 % des voix dans son arrondissement de Rivière-des–Prairies–Pointe-aux-Trembles et il est certain que la CAQ mettra à sa disposition le maximum de moyens.

Les électeurs de Pointe-aux-Trembles peuvent également avoir l’assurance qu’elle occuperait une place importante dans un gouvernement Legault. Après avoir perdu son siège au comité exécutif, ce serait une douce vengeance pour Mme Rouleau d’être nommée ministre des Affaires municipales, responsable de la Métropole.

17 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 1 mars 2018 03 h 39

    Image souverainiste toujours plus éclaboussée!

    Toute la famille indépendantiste, et surtout le PQ, perd des appuis chaque fois qu'une division vient la frapper. L'opinion juge qu'elle ne peut mener à bien le projet de pays quand elle semble incapable de rester unie!

    La fracture des Solidaires est la pire qui pouvait arriver! Une forme de suicide politique! Et pour sortir d'un enfer, pourquoi ne pas rêver que l'austère Lucien Bouchard, source du schisme, puisse, dans un grand geste de contrition, amener la réconciliation!

    • Robert Morin - Abonné 1 mars 2018 10 h 50

      Je suis étonné qu'un souverainiste puisse encore entretenir quelque attente à l'égard de Lucien Bouchard, ce fossoyeur de l'esprit progressiste qui avait toujours caractérisé le PQ.

  • Normand Carrier - Abonné 1 mars 2018 06 h 27

    Martine doit partir ...

    Martine Ouellet a de grandes qualités mais elle n'a en rien démontré comme chef de parti et leader pour unir et motiver ses troupes ... IL est reconnu qu'elle n'a aucune écoute .... Elle est tout sauf une joueuse en équipe ... C'est ma méthode ou rien ...

    Monsieur David semble sous-estimer l'influence de Nicole Léger dans Pointe-aux-Trembles qui sera celle qui décidera avec son exécutif de la date de l'investissure et qui elle décidera d'appluyer ...Il ne faut en rien sous-estimer son influence .... Il n'est pas sur que les cartes de membre vendues par l'Équipe Laporte servent beaucoup compte tenu quie tous les membres votant doivent l'être depuis trois mois .... L'influence de Nicole Léger sera importante jusqu'a l'élection du 1 er octobre ou le PQ devra l'emporter compte tenu de sa base très solide dans Pointe-aux-Trembles .....

  • Germain Dallaire - Abonné 1 mars 2018 07 h 39

    oups!

    Gros bémol à votre raisonnement. M. Laporte a d'ores et déjà annoncé qu'il s'était rallié à la démarche de Jean-François sur la souveraineté. Je suis très étonné que cela vous ait échappé. Le débat sur l'investiture péquiste à Pointe-aux-Trembles ne se fera pas dans les termes du débat actuellement présent au Bloc.
    Germain Dallaire
    abonné

  • Bernard Terreault - Abonné 1 mars 2018 07 h 45

    Rouleau

    Mais je trouve toujours irresponsable pour un(e) maire(sse) d'abandonner son poste en milieu de mandat. Surtout en vue du fait que la CAQ au pouvoir va continuer à favoriser l'étalement urbain aux dépens de l'Île de Montréal, c'est dans son ADN.

  • André Joyal - Abonné 1 mars 2018 08 h 26

    Parler avec ses convictions et non avec ses notes

    Les trois fois que j'ai vu - devant un micro -, Maxime Laporte
    (que Michel David semble connaître plus que moi),
    il fut incapable de dire cinq phrases sans...les lire.
    Pour réussir en politique active, il devra apprendre à s'exprimer en public sans lire ses notes.