Le retour de la momie

On a déjà titré plus d’une fois, en Italie et ailleurs : « Le retour de la momie ». Je ne résiste pas aujourd’hui à l’envie de ressortir ce titre des boules à mites.

À 81 ans, Silvio Berlusconi, l’homme aux chirurgies faciales et aux épaisses couches de maquillage, plusieurs fois donné pour mort politiquement, pourrait revenir à la tête de l’Italie, dimanche prochain.

Élu plusieurs fois entre 1994 et 2011, année de sa chute après une série de procès et, en 2013, une condamnation confirmée, Berlusconi n’a officiellement pas le droit de se présenter, à cause de ces démêlés avec la justice…

Pourtant, en ce début de 2018, le voilà en campagne à la tête d’une coalition de droite et d’extrême droite, dans laquelle ce magnat des médias, père de la démagogie politique moderne — l’ancêtre de Donald Trump —, joue le rôle du modéré.

Derrière cette candidature « interdite », une astuce : Berlusconi n’est pas, à proprement parler, candidat lui-même. Son parti Forza Italia, dissous en 2009 puis refondé en 2013, il entend le diriger — un peu comme Jaroslaw Kaczynski en Pologne — sans briguer lui-même la direction du gouvernement. Il tirerait les ficelles sans s’exposer lui-même : un « vrai patron » de l’ombre.


 

Le sentiment qui traverse le pays est celui d’un immense « déjà vu ». Incarné par le même Berlusconi hyperfardé, qui signe à la télévision le même fumeux « contrat avec l’Italie », dans la même émission télévisée qu’il y a 17 ans.

Mais les « momies » politiques ne sont pas que d’un seul bord. Dans les boules à mites italiennes, il y a un ex-premier ministre de « centre gauche », nommé Matteo Renzi, qui tente un retour après avoir vu son étoile pâlir en moins de trois ans au pouvoir (2014-2016).

Cet homme, à l’époque présenté comme le grand réformateur libéral et centriste, allait sortir l’Italie de ses vieilles ornières : une classe politique parasitaire, une dette publique gigantesque (135 % du PIB), des élections qui sont une foire aux promesses intenables.

Au lieu de quoi, en 2018, tous les grands partis ou presque promettent aux électeurs, tout à la fois : une baisse d’impôts (radicale dans le cas de Berlusconi), des investissements publics accrus, des services sociaux améliorés.

Pas étonnant que les électeurs soient sceptiques et de plus en plus tentés par l’abstention. Et que les élites européennes regardent avec inquiétude ce festival de démagogie. Dixit le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker : on peut s’attendre à un « gouvernement inopérant ».


 

Y a-t-il, malgré tout, des éléments nouveaux dans cette commedia dell’arte sans cesse répétée ?

Si on cherche, on en trouve : cette fois encore, on a changé la loi électorale, avec un mélange de scrutin uninominal et proportionnel. Une loi aussi byzantine que les six ou huit précédentes depuis les années 1980. Il est question d’une « barre des 40 % », au-delà de laquelle une coalition se verrait assurée d’une majorité de sièges.

Dans le paysage politique émietté de l’Italie (dix partis sont susceptibles d’entrer à la Chambre), seule la coalition de Berlusconi, avec les « Frères d’Italie » néofascistes et la Ligue du Nord, a des chances d’atteindre ce seuil des 40 %.

Ce qui est nouveau, c’est que Berlusconi n’est plus assuré d’arriver en tête à l’intérieur de ce triumvirat, comme dans les années 1990. La Ligue du Nord (à l’origine « anti-Sud », recyclée aujourd’hui dans l’hostilité aux migrants étrangers) et son chef, Matteo Salvini, pourraient alors donner le ton, au détriment du « modéré » Berlusconi. On aurait alors la « droite dure » au pouvoir à Rome.

Et puis au Sud, hors de cette coalition officielle de la droite, il y a la force, malgré tout persistante, des « Cinq Étoiles », ce mouvement qui se déclarait à sa fondation (au début des années 2010)… « antipolitique », animé par des non-professionnels de la politique, se revendiquant fièrement comme tels.

Résultat : la victoire des Cinque Stelle aux municipales de Rome et de Turin en 2016… a effectivement donné lieu à d’extraordinaires manifestations d’amateurisme et d’incompétence au pouvoir. Sans oublier quelques petits scandales de détournement d’argent.

Italie éternelle, Europe inquiète, pouvoir politique en miettes…

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 26 février 2018 14 h 38

    Mafia politique

    L'Italie est toujours au prise avec la mafia. Une mafia politique a beaucoup de sens dans ce contexte.