Alex Harvey tire sa révérence dans le brouillard

Il y a de ces journées où un athlète sait qu’il a donné tout ce qu’il avait dans le ventre et qu’il a livré une performance digne d’un podium olympique. C’était ce genre de journée-là pour Alex Harvey.

Champion du monde en Finlande l’an dernier et toujours à la recherche de sa première médaille olympique en carrière, le fondeur québécois s’est présenté au départ du 50 kilomètres style classique avec la confiance de celui qui a vu neiger.

Il savait que cette course serait ardue, comme le sont toutes celles disputées sur une aussi longue distance. Mais comme il le répétait depuis quelques jours, il lui restait suffisamment de carburant dans le réservoir pour aspirer aux grands honneurs.

Avant la course, il avait analysé les forces en présence, mis le doigt sur ses adversaires susceptibles de dicter l’épreuve et, éventuellement, de l’emporter.

Il a pensé au Suisse Dario Cologna, vainqueur du 15 km libre il y a une semaine, puis au Norvégien Martin Sundby, quintuple médaillé olympique, ou encore au Finlandais Iivo Niskanen, réputé pour ses départs fulgurants.

Il a donc vu juste, du moins en partie. La stratégie de Niskanen a porté fruit et l’avance qu’il est parvenu à creuser en fin de course a été suffisante pour qu’il l’emporte. La deuxième place du Russe Alexander Bolshunov, moins attendue, s’explique tout de même par la progression rapide de ce jeune de 21 ans sur le circuit de la Coupe du monde.


 

Mais Andrey Larkov médaillé de bronze ? Voilà un Russe qui a terminé 30e au skiathlon de Pyeongchang, qui n’a jamais fait mieux qu’une 8e place au 50 km lors de sa carrière et qui brille soudainement lors de l’épreuve la plus exigeante d’entre toutes.

Comme l’a souligné sur les ondes de Radio-Canada l’ancien fondeur et père d’Alex Harvey, Pierre, cette course d’endurance ne fait pas partie de celles qu’on parvient à gagner en se levant du bon pied le matin. C’est pourtant ce que semble avoir fait ce Larkov samedi, contre toutes attentes.

À la fin de l’épreuve, un épais brouillard envahissait la piste de Pyeongchang. Et à voir les athlètes qui composent le podium, il ne s’est pas dissipé.

Fier et humble, Alex Harvey n’est pas allé jusqu’à accuser ses compétiteurs russes de dopage, mais sa réaction à la suite de sa toute dernière course olympique donne une idée assez claire de ce qui lui trotte dans la tête.

« Se faire battre par deux Russes aux Jeux olympiques quand tu termines 4e, ce n’est pas facile à prendre, mais c’est la vie », a-t-il calmement répondu lorsque l’animateur Guy Daoust lui a parlé de l’éléphant dans la pièce. Je n’avais qu’à skier plus vite qu’eux, a-t-il ajouté sans trop s’étendre.

Comme Alex Harvey l’a dit lui-même, il faudrait que les Russes soient tout de même assez « culottés » pour avoir osé se présenter aux Jeux de Pyeongchang en bafouant les règles, alors que leur pays a été reconnu coupable d’avoir mis en place un système de dopage institutionnalisé.

Pour ajouter aux soupçons, il y a ces deux cas d’athlètes russes épinglés pour dopage lors des présents Jeux, sans oublier cette enquête explosive publiée début février par le Sunday Times, qui faisait état de tests sanguins anormaux de fondeurs recueillis entre 2001 et 2010. Parmi la centaine de skieurs soupçonnés de dopage, près de la moitié sont Russes, soulignait l’hebdomadaire britannique.

Les questions sont là, mais rien ne permet de sauter aux conclusions.


 

Avec le recul, Harvey pourra se consoler en se disant qu’il a effectué une course splendide, jusqu’à la toute fin. Avec seulement quelques mètres à parcourir, ses espoirs d’obtenir la médaille de bronze s’étaient déjà envolés. Il a malgré tout bataillé ferme pour la quatrième place avec le grand Sundby.

C’est le genre de moment sportif qui donne des frissons : deux athlètes qui y vont à fond de train, simplement animés par la volonté de se dépasser. Engagés dans la dernière ligne droite, Harvey et Sundby ont enchaîné les poussées à toute vitesse, jusqu’à ce que le Norvégien jette un coup d’oeil à sa droite et constate que le Québécois serait plus fort que lui, cette fois. Il a étendu le pied, tout comme Harvey, mais il savait que ce ne serait pas suffisant.

Agglutinés devant leur écran de télévision pour suivre ce sport qui fait pour eux office de religion, les Norvégiens ont sans doute levé leur chapeau à cet intrigant Canadien originaire d’un village éloigné nommé Saint-Ferréol-les-Neiges.