La fuite

Disons-le comme on le sent, les Jeux olympiques, c’est beau, c’est frais, c’est plein d’amour et de tendresse et d’Oreo — veuillez pardonner mon décalage horaire, mais je n’ai appris qu’il y a quelques heures qu’Oreo est le biscuit officiel d’Équipe Canada, et j’ignore encore comment au juste me positionner sur la question —, mais ils présentent un inconvénient majeur, et on ne parle pas ici de drogue ou de toutes ces histoires à tirer des larmes à un dragon. Oui, ils ont travaillé comme des forçats pendant quatre ans, oui c’est dommage de perdre une médaille par un satané millième de seconde, on le sait. C’est toujours comme ça, pas nécessairement besoin de le répéter sans arrêt. On rêve encore d’un athlète né avec un talent naturel, qui ne s’entraîne à peu près pas, qui ne visualise rien et ne requiert aucune assistance extérieure du côté de son mental, mais on ne retiendra pas notre respiration en attendant.

L’inconvénient en l’occurrence : la conscience aiguë du temps qui fuit, l’assassin qu’on ne capturera jamais. Vous êtes assis là à gagner en âge sans trop vous en rendre compte, sans rien demander à personne, et paf, les Jeux olympiques viennent vous balancer en pleine face que vous n’êtes plus précisément un agneau du printemps. (Enfin, peut-être pas vous, mais moi, si, et je pourrais vous donner d’autres noms.) Vous vieillissez, mais eux restent éternellement jeunes. Même qu’ils donnent l’impression de rajeunir.

Premier témoin à la barre, le surf des neiges. L’une des figures prépondérantes des premiers jours de Pyeongchang, mis à part le vent descendu de Sibérie qui nous prive de notre ski alpin quotidien et nous fait nous demander s’il ne s’agit pas d’un autre cas d’ingérence de la part de la Russie, est l’Américaine Chloe Kim. Médaillée d’or à la demi-lune, tellement loin devant les autres qu’elle aurait besoin des proverbiales longues-vues de Kim Jong-un pour les apercevoir, Chloe Kim a 17 ans. Elle est née en l’an 2000, ciboulette. Entre deux prestations, elle twitte qu’elle prendrait bien une crème glacée, et après sa victoire, elle raconte que ça fait tellement longtemps qu’elle rêve de ça.

Remarquez, elle fait bien d’en profiter. Car on chuchote à travers les branches que la meilleure surfeuse au monde actuellement est une Japonaise nommée Kokomo Murase. Celle-là fait plutôt dans le slopestyle et le big air, et si vous ne l’avez pas vue ces jours derniers, c’est qu’elle n’est pas en Corée du Sud. Motif : elle est âgée de 13 ans.

Si je peux partager avec vous une tranche de vie, à 13 ans, je me considérais chanceux d’arriver au bas de la pente sans que mon Crazy Carpet ait décidé d’aller dans une direction opposée. Le Crazy Carpet n’était pas fait pour que le sujet dévalant reste dessus. Il anticipait en ce sens l’effet du virage numéro 9 du Centre de glisse d’Alpensia, que les concurrents en traîne sauvage éprouvent bien du mal à maîtriser.

Néanmoins, il y a un bon côté à tout si on s’en donne la peine, et si le surf des neiges met en exergue le fait que l’expérience ne s’achète pas, mais elle se paie, il nous offre par ailleurs l’occasion de nous familiariser avec la langue de Bill Shakespeare en moins de temps qu’il n’en faut pour composer le two five four six o one one.

C’est quand même magique. Un switch double corkscrew frontside avec un tail grab flip. J’ai eu une sérieuse pensée pour M. Maurice Grevisse en me pâmant devant ce spectacle, confortablement installé sur mon chesterfield en dévorant un sloppy joe avec un verre de ginger ale (une sorte de combiné nordique maison), avec un sundae au coconut ou au butterscotch, vêtu d’un sweatshirt et d’overallsstretchy. Yes sir.

On peut aussi se tourner vers le curling pour une cure de jouvence. Non pas que la discipline ne soit pas exigeante, mais elle donne à se réjouir. Prenons par exemple le skip danois Rasmus Stjerne, qui a l’habitude, pour communiquer avec ses brosseurs, de siffler l’intro de Jungle Love, de Steve Miller Band. Cette pièce, messieurs dames, remonte au bon vieux temps où il y avait de la vraie musique.

 

Puisqu’il est question de curling, le tournoi de double mixte est déjà chose du passé, et tout s’est déroulé rondement. Il était loisible de croire que l’épreuve avait été incluse au programme olympique afin qu’on puisse assister à des chicanes de couple sur la façon de balayer, ce qui aurait donné de l’excellente télé, mais malheureusement non. Ç’a été si normal que le Canada a gagné la médaille d’or. Quand vous comptez à l’intérieur de vos frontières 90 % des joueurs de curling à travers le monde, vous avez intérêt à livrer la marchandise.

Parmi les nouveautés, on retrouve également un départ groupé en patinage de vitesse longue piste. Chouette idée que le départ groupé. On déplore d’ailleurs qu’elle ne soit pas étendue à d’autres disciplines. Vous dire, quand je me laisse aller à rêvasser, j’imagine un départ groupé en bobsleigh. Ce serait vraiment quelque chose. Avec la possibilité d’un épisode de rage au volant dans le virage numéro 9.

La prochaine fois, nous verrons que le Comité international olympique a songé, avant d’oublier ça, à interdire aux gardiennes de but de l’équipe de hockey américaine de porter une image de la statue de la Liberté sur leur masque parce qu’il pouvait s’agir d’une déclaration politique (le CIO ne sait pas trop que faire de ses temps libres) et que si des dizaines et des dizaines de milliers de préservatifs sont offerts aux athlètes à Pyeongchang, c’est pour libérer un peu de la tension érotique induite par la danse sur glace et la luge biplace.

2 commentaires
  • Gaetan Fortin - Abonné 15 février 2018 01 h 06

    Indécence épouvantable

    Comme tout le monde j’ai toujours souhaité ne pas avoir à consuter, mais depuis quelques temps, problème, à la simple mention de leur nom, j’ai comme une poussée d’urticairre. Est-ce grave docteur?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 février 2018 13 h 27

    M.Jean Dion

    j'aime toujours vous lire pour ne pas dire que je m'ennuie de vos chroniques .