La magie de la CAQ

Avec 46 % d’appui à la CAQ chez les francophones, cela commence à ressembler à une vague qui pourrait permettre à François Legault de faire élire jusqu’à 80 députés.

Tous les indicateurs du dernier sondage Léger-Le Devoir vont dans le même sens. C’en est presque trop beau pour être vrai. Après avoir vampirisé le PQ, la CAQ gruge maintenant le vote libéral. À ce niveau de popularité, même une percée sur l’île de Montréal devient envisageable. À huit mois de l’élection générale, les stratèges caquistes vont maintenant vivre dans la hantise du proverbial reflux consécutif à une ascension trop rapide.

La CAQ a si bien réussi à incarner le désir de changement que la population lui prête même des vertus qu’elle n’a pas. Alors que sa porte-parole en matière de famille, Geneviève Guilbault, a clairement affiché sa préférence pour le « modèle d’affaires » des garderies non subventionnées, la CAQ est perçue comme la plus apte à « améliorer l’accès aux centres de la petite enfance (CPE) ».

Même si elle est la seule à encore soutenir l’exploration pétrolière à l’île d’Anticosti, elle est considérée comme le meilleur parti pour « protéger l’environnement et investir dans les économies vertes ».

Ses adversaires ont beau accuser M. Legault de promettre des réinvestissements dans les services publics inconciliables avec les baisses d’impôt qu’il promet, la population croit la CAQ en mesure de le faire tout en maintenant l’équilibre budgétaire mieux que ne sauraient le faire les libéraux. Cela tient presque de la prestidigitation.


 

Même la bonne tenue de l’économie québécoise, sur laquelle le gouvernement Couillard misait pour assurer sa réélection, semble incapable de briser la magie caquiste. Le taux de chômage a beau être à son niveau le plus bas depuis plus de quarante ans, bien en deçà de la moyenne canadienne, la CAQ a ravi au PLQ son titre de champion de l’économie et de la création d’emploi.

S’il est vrai que les sondages ont souvent tendance à sous-estimer le vote libéral, les 28 % d’intentions de vote dont Léger crédite le PLQ n’en constitueraient pas moins son pire résultat depuis 1867, ce qui le cantonnerait dans une trentaine de ses forteresses traditionnelles de Montréal et de l’ouest du Québec, auxquelles s’ajouteraient quelques bastions en région.

C’est le PQ qui court cependant le plus grand danger, même si la dégringolade des derniers mois semble enfin terminée. Sur la base des résultats du sondage Léger-Le Devoir, le simulateur du site Too Close To Call lui accorde aussi peu que huit comtés, uniquement en région : Abitibi-Ouest, Bonaventure, Duplessis, Gaspé, Lac-Saint-Jean, Matane-Matapédia, René-Lévesque et Rimouski. Rien à Montréal.

Le vote de Québec solidaire est également en recul, après les espoirs qu’avait fait naître l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois. Avec 9 % des voix, il pourrait devoir se contenter d’un unique gain, en arrachant Hochelaga-Maisonneuve au PQ.


 

Le simulateur a ses limites et l’élection aura lieu dans huit mois seulement. Le passé enseigne que les choses peuvent changer rapidement. En janvier 2012, le PQ s’était aussi retrouvé au troisième rang et Pauline Marois semblait sur le point d’être renversée au profit de Gilles Duceppe. En septembre, elle était première ministre. Aucun « printemps érable » ne point toutefois à l’horizon.

Les délégués au conseil national du PQ, qui se réunit en fin de semaine à Saint-Hyacinthe, auront inévitablement les chiffres de Léger à l’esprit. À Shawinigan, le caucus péquiste a affiché sa solidarité avec M. Lisée, mais comment ne pas se demander si les chances du PQ ne seraient pas meilleures avec Pierre Karl Péladeau ?

Son retour ne suffirait sans doute pas à inverser une tendance aussi lourde, mais il aurait au moins pour effet de réconforter les souverainistes qui ne se retrouvent plus dans le discours du PQ.

Même si le comté de Bertrand est désormais disponible, la raison commanderait à M. Péladeau d’attendre après la prochaine élection avant de reprendre du service, en espérant qu’il reste encore une base sur laquelle reconstruire.

Jean-Martin Aussant trouvera aussi matière à réflexion dans le sondage. Il a certainement pris bonne note de l’appui enthousiaste que Bernard Landry a donné à la candidature du président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Maxime Laporte, à l’investiture péquiste dans Pointe-aux-Trembles.

Malgré le respect qu’on lui porte, l’influence de l’ancien premier ministre demeure limitée et les positions de M. Laporte sont loin de faire l’unanimité, mais M. Aussant a aussi ses détracteurs, qui ne sont pas prêts à lui dérouler le tapis rouge. Et Pointe-aux-Trembles ne semble plus être le château fort qu’il était.

31 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 27 janvier 2018 04 h 28

    Avoir l'air...

    Peu importe ce qu'il dit,Legault a l'air solide.Ça plait et ça ne demande pas d'effort...

    • Pierre Raymond - Abonné 27 janvier 2018 14 h 05

      Surtout en ce moment où '' l'avoir l'air '' semble suffire à beaucoup de gens.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 27 janvier 2018 15 h 07

      Michel David devrait savoir avec son expérience que les sondages ne sont que des amusements pour ceux qui croient à la fée des étoiles. Pourrait-on discuter des promesses et du contenu de chaque parti plutôt que des sondages?

    • Nadia Alexan - Abonnée 27 janvier 2018 23 h 14

      La magie de la CAQ est éphémère.

    • Patrick Boulanger - Abonné 28 janvier 2018 08 h 31

      @ Mme Desjardins

      « Michel David devrait savoir avec son expérience que les sondages ne sont que des amusements pour ceux qui croient à la fée des étoiles. »?

      Mme Desjardins, comment expliquez-vous alors que ces amusements pour gens naĩfs anticipent souvent avec un assez grand succès - je dirais - les résultats des élections?

    • Benoit Toupin - Abonné 28 janvier 2018 16 h 14

      Ces propositions ont souvent une date de péremtion très courte, souvent orientées sur les symptômes, rarement sur une analyse solide du problème. Ses positions ne résistent pas à une analyse globale de faisabilité et comporte souvent une zone de flou qui masque une façon de garder le silence sur une partie de ses intentions... Et ensuite les mauvaises surprises comme en 2014 avec le PLQ.

      Vous trouvez que ça l'air solide... De facade peut-être...

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 janvier 2018 06 h 29

    Au sujet de la politique migratoire de la CAQ

    J’ajouterais un paradoxe supplémentaire.

    La CAQ promet de réduire les quotas d’immigration. Cette promesse séduit ceux qui s’inquiètent de l’avenir du français ou de la pérennité des ‘valeurs québécoises’. Mais avec un taux de chômage aussi bas, tout le monde sait qu’une fois élue, la CAQ reniera sa promesse sous la pression des milieux d’affaires.

    De plus, comment peut-on croire sérieusement que la CAQ défendra mieux le français que le PLQ ? Son intention d’obliger la réussite d’un test de français ne prévoit rien lorsque le néoQuébécois échoue. Doit-on l’expulser du pays ? Beau gâchis de relations publiques en perspective quand les médias nord-américains couvriront l’affaire. Donc la CAQ reculera.

  • Normand Carrier - Abonné 27 janvier 2018 06 h 46

    La CAQ ne peut maintenant que redescendre ....

    La CAQ vit l'euphorie avec cette montée trop rapide et trop hative mais les huit mois a venir seront lourd a porter pour se maintenir au sommet .... Surtout que la perception actuelle des électeurs est contraire a la réalité du programme et des objectifs de la CAQ car les contribuables idéalisent la CAQ et son chef sans connaitre ses véritables intentions ...

    Cela nous rappelle l'élection du NPD de Jack Layton lorsque les électeurs avaient swingnés sans en connaitre le programme et les candidats .... Cela prouve que les Québécois sont toujours capables de gestes irrationnels et émotifs ... Mais le PQ et le PLQ ont tous ce temps pour infléchir cette tendance irrationnelle et expliquer ce que propose réellement la CAQ ... Il appartient aux partis d'opposition de définir ce parti de droite qui s'apprête éventuellement a couper les services de l'état de pire facon que les libéraux ....

    Il est évident qu'il y a une clientèle pour un parti comme la CAQ , surtout dans la grande région de Québec , pour rapetisser l'état et promettre des baisses d'impôt mais d'aucune facon cette clientèle n'atteint 39% des électeurs .....

    Il appartient au PQ de retrouver son ADN comme il a commencé a le faire et mettre sur la table son programme social-démocrate et expliquer son parcour pour faire l'infépendance dans le plus bref horizon ...

    Lorsque l'on constate que lors des dernières élections fédérales , provinciales et municipales de Montréal , le résultat final s'est joué durant le milieu de la campagne électorale , les jeux sont a des années lumière d'être faits ..... Nous sommes chanceux que ces résultats pour la CAQ très tôt et pouvonr éviter la catastrophe ....

  • Jean-François Trottier - Abonné 27 janvier 2018 08 h 01

    Mais de quoi parlez-vous, M. David ?

    D'habitude, sachant (ou devinant) que votre mandat est de parler uniquement de l'événement et surtout pas de frôler la moindre analyse, je passe sur votre texte et ajoute ce que je crois devoir éclairer.

    Mais ici je ne comprends rien! Vous partez de la CAQ, sortez des statistiques, reprenez les pontifs connus ur la CAQ, puis vite passez aux autres partis.

    Quand vous parlez du PQ, vous parlez du PQ.
    Quand vous parlez du PLQ, vous parlez du PLQ.
    Pareil pour QS, sauf une petite crosse en passant au PQ.

    Quand vous parlez de la CAQ, un ti-coup pour la CAQ, un ti-coup pour QS, un ti-cou pour le PQ et fautdrait pas oublier le PLQ, ioupi.

    Pourquoi ? Serait-ce que vous ne pouvez fournir un papier complet sur la CAQ tellement ce parti est vide à tout point de vue ?
    Si oui, alors dites-le : c'et votre travail que je sache. Le vide d'un programme, c'est aussi un événement, non ?

    Je sais que vous ne parlerez pas de ce programme contradictoire et basé sur "on va couper les cennes en quatre"... Oooh, elles sont déjà coupées en dix.... Pas grave!

    Je vous rappelle que ces gens vont probablement nous diriger dans un an et qu'ils font eux-mêmes tout ce qu'ils peuvent pour ne rien dire. Ne rien dire, ça ne vous rappelle pas quelque chose de très actuel ?

    Ne rien dire, c'est aussi anti-journalistique que je sache. Êtes-vous journaliste ?
    Alors au moins vous pourriez pondre un article, complet celui-là, sur ce silence que je suppute plein de nuages très noirs.

    Ou bien comme un enfant vous "prenez" pour le favori ? Sais pas là, je pose la question...

    • Jean-Marc Simard - Abonné 28 janvier 2018 07 h 53

      J'ai l'impression que pour le journaleux, Michel David, l'avenir du Québec n'a plus d'importance...Il est devenu partitionniste et s'intéresse davantage à l'avenir des différents partis, tout en en favorisant un et en tapant sur la tête d'un autre en particulier...Être journaliste c'est étudier, analyser et critiquer les programmes de tous les partis politiques. Or, ce n'est pas ce que fait le journaleux... Il ne fait que commenter un sondage pour se réjouir de la montée d'un certain parti et de la stagnation d'un autre...Le devoir pourrait-il redevenir ce qu'il a déjà été, soit un journal sérieux, et non en simple ramassis de commentaires désobligeants...

    • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 28 janvier 2018 15 h 44

      Vous savez quand on est un abonné payé par RC accompagné de la Tasha Kheiriddin, chroniqueuse au National Post.. ça déteint..

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 27 janvier 2018 08 h 26

    Fat gérant d'estrade

    M. David aurait pu se contenter d'analyser les résultats de ce sondage en faisant de la place à tous les partis. Mais, sur 15 paragraphes, 7 sont accordés au PQ pour appuyer leur recul.

    Et voilà qu'il se met à faire des hypothèses sur les comportements de divers candidats au PQ. Pour emprunter une expression pâtissière, il beurre épais et ajoute à souhait du crèmage. Quelle belle déconfiture s'annonce pour le PQ!!! On croirait qu'il en salive.