Régression au Brésil

Mercredi, Lula da Silva saura s’il peut rêver d’un retour au palais présidentiel de Brasilia… ou si, au contraire, il prendra la route de la prison.

Plus précisément, le président du Brésil de 2003 à 2011, qui souhaite le redevenir au 1er janvier 2019, pourrait encore se retrouver dans un « entre-deux », si le jugement en appel, dans une affaire de corruption qui n’a jamais été claire, aboutissait à un verdict négatif pour lui, mais sans unanimité des juges.

On peine à s’y retrouver dans l’avalanche de procès et d’accusations qui, depuis quelques années, éclaboussent la classe politique brésilienne, avec des voleurs dans tous les partis… mais la droite dure actuellement au pouvoir a plus que sa part de casseroles et de scandales.

La justice brésilienne et ses avocats les plus ardents — Sérgio Moro, procureur en chef de l’enquête « Lava Jato » — ont aussi des personnalités de la gauche dans leur collimateur. Et l’ancien président Lula est l’une de leurs cibles favorites.

Condamné l’été dernier à neuf ans et demi de prison, aujourd’hui en appel, Lula est accusé d’avoir reçu un logement (le fameux « triplex de Guarujá », sur la côte chic de l’État de São Paulo) en échange de son influence dans l’attribution de marchés publics.

Pendant des années, Petrobras, la grande compagnie des hydrocarbures au Brésil, a arrosé tous azimuts la classe politique, de concert avec une autre compagnie, Odebrecht, géant sud-américain du bâtiment et des infrastructures.

Depuis trois ans et demi, les deux sociétés se sont retrouvées au coeur d’un maxi-scandale de blanchiment d’argent, d’ententes sur les prix, d’achat systématique de politiciens… Plus d’un milliard de dollars canadiens versés en pots-de-vin, au Brésil mais aussi ailleurs en Amérique latine, où l’« affaire Odebrecht » a inquiété des têtes politiques comme les présidents Juan Manuel Santos (Colombie) ou Pedro Pablo Kuczynski (Pérou).

Au Brésil, pas moins d’un tiers des députés fédéraux font l’objet d’un examen de la justice.

Depuis sa condamnation en juillet dernier, Lula n’a cessé de clamer son innocence, soulignant qu’il n’avait même jamais été propriétaire du fameux triplex, se disant victime d’un complot, d’un « pacte diabolique » destiné à lui bloquer le chemin de la présidentielle.


 

L’ambition politique, ou un esprit de vendetta, se cache peut-être derrière l’action de Sérgio Moro, dont la presse de Rio et de São Paulo ne cesse de prédire l’entrée en politique.

Mais des politiciens de la droite comme Aécio Neves, ex-gouverneur du Minas Gerais et candidat malheureux contre Dilma Rousseff en 2014, ou le très gratiné Eduardo Cunha, ex-président de la Chambre, ont également été épinglés par la justice (Neves a été destitué en 2017 de son poste de sénateur ; Cunha a pris 15 ans de prison).

À l’inverse, on doit bien voir que de probables corrompus comme le président Michel Temer, de nombreux ministres, sénateurs et députés, s’abritent toujours derrière l’immunité parlementaire, qu’ils s’octroient entre eux abondamment.

Mais en 2018, ce Brésil de la corruption, c’est aussi le pays d’un virage à droite, en matière économique, peut-être parmi les plus brutaux du monde.

Dans les 18 mois qui ont suivi, depuis l’été 2016, l’éviction ultra-partisane de l’ex-présidente Dilma Rousseff (qui n’avait pas mis un sou d’« argent sale » dans sa poche… contrairement à beaucoup de ceux qui la jugeaient), le gouvernement Temer a représenté une radicale rupture néolibérale.

Les lois et les dépenses sociales de l’époque Lula-Rousseff ont été très mal vécues à droite. La célèbre Bolsa Familia (assistance sociale garantie en échange de l’envoi à l’école d’enfants qui n’y allaient pas), la hausse du salaire minimum, les droits sociaux pour les employés de maison (extraordinaire nouveauté) : tout cela avait beaucoup choqué dans les classes supérieures…

Aujourd’hui, le fiel ressort. Le Brésil vit à l’heure de la revanche, voire de la restauration. Avec des coupes sévères dans les dépenses publiques, une loi qui prescrit un gel des budgets sociaux pour 20 ans, le retour d’une sous-traitance sans réglementations ni salaire minimum… Le far west est en économie, selon les prescriptions des grandes sociétés et de la haute bourgeoisie.

Un pays où, après un quart de siècle de progrès sociaux, la lutte des classes revient au premier plan : le « procès Lula », c’est aussi un peu ça.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 janvier 2018 14 h 38

    Ici en Argentine

    C'est plutot la pseudo-gauche de la famille de Nestor et Cristina ,les syndicats
    mafieux et les corrompus riches avec les traficants de drogues qui sont en train de remplir les prisons sans compter les juges achetés par les tricheurs.
    Le cirque s'étend a l'Amérique Latine.