De mieux en mieux

Toujours mieux ! Le monde va toujours mieux ! Cela n’est pas une blague… Au seuil de l’année 2018, malgré l’interminable guerre de Syrie, les bombardements saoudiens au Yémen et le massacre des Rohingyas en Birmanie, malgré le chaos et la folie à la Maison-Blanche, malgré les inquiétantes menaces nucléaires de Donald Trump et de Kim Jong-un, malgré les craintes sur le changement climatique et le cri d’alarme de 15 000 scientifiques sur la biosphère, malgré les paradis fiscaux, la montée des inégalités et l’isolement superbe des ultrariches…

Jamais, jamais dans l’histoire, autant d’êtres humains — en chiffres absolus, comme en proportion du total — n’ont eu accès à l’éducation ou aux communications. Jamais autant n’ont mangé à leur faim ou disposé d’un toit. Jamais les grandes maladies qui ont ravagé l’humanité dans les décennies et les siècles précédents n’ont autant reculé, quand elles n’ont pas disparu.


 

La variole ? Mais qu’est-ce que c’est déjà, la variole ? Il y a cinquante ans encore, c’était une préoccupation majeure des autorités sanitaires de nombreux pays décimés… Disparue, oubliée en 2018 ! Le paludisme, ou malaria ? Moins 60 % en quinze ans (2000-2015), un milliard de cas — et des millions de décès — évités grâce à d’efficaces campagnes de prévention.

La mortalité infantile dans le monde ? Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle est en recul spectaculaire et accéléré, passée, entre 2000 et 2015, de 90 à 43 décès pour mille naissances… la bagatelle de 50 millions de vies sauvées.

Fouillez dans les statistiques, cherchez au hasard : taux de scolarisation des filles en Asie, ou en Afrique (passé du quart à la moitié des filles, entre 2000 et 2012); pauvreté absolue dans le monde (passée en deux décennies de deux milliards à un milliard de personnes); analphabétisme (un être humain sur deux en 1950; 15% en 2016 selon l’UNESCO).

L’écologie ? Légitime motif d’inquiétude. Mais la couche d’ozone se reconstitue; la déforestation ralentit; les zones protégées se multiplient; l’humain est plus que jamais conscient de sa relation délicate avec la planète. Peut-être même que les provocations et trahisons d’un Donald Trump sur la question climatique auront eu l’effet contraire d’une mobilisation redoublée…

L’économie, la vie matérielle, l’accès aux biens essentiels ? Malgré les petits chiffres de la croissance, malgré les crises, l’euro malade et les krachs boursiers, deux millions de personnes nouvelles, chaque semaine quelque part sur Terre, obtiennent l’accès (jusque-là inabordable ou impossible) à l’eau courante et à l’électricité.

L’accès aux communications de base ? Rendez-vous n’importe où, y compris dans les bidonvilles d’Haïti, du Libéria ou du Bangladesh : tout le monde, absolument tout le monde, a son cellulaire.

Les chiffres de l’Indice du développement humain (IDH) de l’ONU sont sans appel… Partout ou presque, la courbe est ascendante : éducation, revenu, espérance de vie. Tout monte, même au fin fond de l’Afrique.

Les exceptions sont rares, localisées et tragiques. Souvent, mais pas toujours, conjoncturelles. Elles sont reliées aux guerres (Syrie, Yémen, Soudan du Sud, points noirs de la carte du monde de 2018), à la corruption extrême, ou à un sous-développement aberrant et persistant (le mystère de la RDC, République démocratique du Congo : queue de la queue de tous les classements, malgré une nature généreuse et un sous-sol richissime).

On pourrait continuer : recul de la violence en général, malgré de fausses perceptions, guerres plus rares qu’auparavant (même si elles sont localement terribles), droits des femmes, etc.


 

Les ronchons et les inquiets n’ont pas tout faux : oui, l’affrontement nucléaire entre les deux « princes-enfants » de Pyongyang et Washington est préoccupant et pourrait déraper. Oui, il y a des régressions, des reculs localisés, des effets pervers. Et puis ces 10 % qui ne profitent de rien.

Oui, l’évolution économique, matériellement profitable à beaucoup d’humains (et pas seulement les plus riches) a des effets pervers : la simplification, voire l’abrutissement d’une culture mondialisée; la perte des particularismes, des réseaux locaux, régionaux, nationaux, dans un grand tout homogène. Peut-être le prix de cette élévation générale du niveau de vie.

On y reviendra certainement. Mais pour ce début d’année, constatons l’incroyable, constant — et souvent invisible — progrès de l’humanité, qui malgré tous les drames se poursuit jusqu’à ce jour.

16 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 8 janvier 2018 05 h 25

    Deux visions! Deux combats!

    Ce matin, messieurs Brousseau et Nadeau nous brossent du ¨monde¨ deux tableaux qui s'opposent. Tout va bien, prétend l'un, mais ça va bien mal, riposte l'autre!

    Rien n'interdit de penser que les deux chroniqueurs aient raison. Le progrès peut être à la fois infini pour quelques-uns et tout petit pour d'autres! Tout le monde avancerait , chacun à sa vitesse !!

    Mais qu'en est-il de la santé de la planète? Pourra-t-elle encore longtemps pourvoir aux besoins grandissants des humains alors que ses ressources sont à grande échelle exploitées ou sans vergogne spoliées?

    Par ailleurs, les inégalités ne cessent d'augmenter. La morale voudrait que l'enrichissement soit mieux partagé, mais le pouvoir est si concentré, d'autant que les gens d'affaires et les actionnaires sont contre la solidarité ligués.

    Bien sûr que l'humanité progresse, le commerce ne peut qu'amener plus de richesses! Par contre, devant les abus et les dégâts se pose l'urgence d'agir pour, d'une part, protéger la planète et, d'autre part, respecter la dignité humaine.

    Deux combats à livrer! Impossible de les gagner sans la solidarité, sans que les pays s'unissent, sans que les gouvernements se convertissent! Mais la division est l'outil qu'emploie l'économie pour vendre son idéologie et accroître ses profits!

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 janvier 2018 13 h 50

      Il me semble que vous avez mis vos lunettes roses ce matin, monsieur Brousseau, pour constater le progrès mondial que vous décrivez. Et si vous étiez un de ces milliards de malheureux qui ne mangent pas à leur faim dans le monde, ou un des citoyens qui essaye à s'échapper de la guerre, que diriez-vous alors?
      Il faut au contraire se demander à qui profitent la guerre et les inégalités? Qui propage ce système capitaliste, responsable du pillage de l'environnement et des humains?

    • Marc Therrien - Abonné 8 janvier 2018 20 h 25

      @ Madame Alexan,

      Malgré plusieurs sources de données statistiques et d’études longitudinales qui démontrent que les choses s’améliorent pour la plupart des gens la plupart du temps, peut-être faites-vous partie de ce groupe de personnes qui trouvent que les penseurs pessimistes sont plus intelligents ou intellectuellement captivants que les optimistes qui sont souvent réduits à être des naïfs imbéciles.

      On peut lire, par exemple, «The Rational optimist» de Matt Ridley sans porter de lunettes roses. J’aime bien ce passage où il cite John Stuart Mill qui observait le même phénomène il y a 150 ans et que je traduis librement : «J’ai observé que ce n’est pas l’homme qui a de l’espoir quand les autres désespèrent qui est admiré et pris pour sage, mais plutôt celui qui désespère alors que la majorité continue de cultiver l’espoir.

      Marc Therrien

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 8 janvier 2018 07 h 20

    Oui, mais...


    Merci pour ce rappel de ces progrès qui sont rapportés que trop rarement par les media (qui s’intéressent davantage aux mauvaises nouvelles, celle qui vendent mieux…).

    Ceci dit, ce progrès global sur plusieurs fronts semble compromis, notamment pour les générations futures, étant donné l’héritage environnemental qu’on leurs laissera et qui mettra à très grand risque (certains observateurs sérieux disant même qu’il est maintenant trop tard) plusieurs de ces avancés historiques.

    Oui, nous pouvons nous rappeler, et meme célébrer ces progrès à court terme, mais les perspectives à plus long terme apparaissent très, très sombres…

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 8 janvier 2018 07 h 43

    NY TIMES

    Votre chronique ressemble étrangement à celle d'un journaliste du NY Times :

    https://www.nytimes.com/2018/01/06/opinion/sunday/2017-progress-illiteracy-poverty.html

    • François Brousseau - Abonné 8 janvier 2018 13 h 18

      Oui, j'ai bien lu la chronique de Nicholas Kristof, comme j'ai lu quelques livres sur ce thème de "l'optimisme malgré tout" (par exemple celui, tout récent, de Jacques Lecomte : "Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez", Les Arènes, 2017).

      Mais je vous signale que c'est un exercice de chroniqueur que je fais périodiquement (peut-être quatre ou cinq fois depuis dix ans), depuis bien avant que M. Kristof ou d'autres ne s'y adonnent.

      Par exemple, et exactement sous le même titre que mon article d'aujourd'hui (mes excuses pour l'avoir oublié, et avoir répété ce titre... mais pas l'article lui-même !), j'avais publié ceci en 2010 :

      http://www.ledevoir.com/international/actualites-i

      F.B.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 8 janvier 2018 09 h 15

    Le prix à payer ?

    Ce verre montré à moitié plein plutôt qu'à moitié vide dit que la mondialisation, si elle n'est pas si heureuse qu'on veut nous le faire croire, n'est pas que malheureuse non plus.

    A) Rapatriant le tout dans mon système de sens et de valeurs, je décode que la vie est plus forte que la mort - et même s'en joue (cf. l'écologie et Trump) ... ce qui ne veut pas dire qu'il faut baisser les bras pour qu'elle, la vie, le soit encore plus, forte et gagnante. Cycle 'Vie-Mort-Vie' comme dirait Clarissa Pinkola-Estés dans un autre registre. Ce que je veux souligner, c'est que rien ne se fait ni ne se fera sans nous, pour le meilleur et pour le pire... Que les bonnes nouvelles n'enlèvent pas l'urgence à faire cesser les causes des mauvaises, bien au contraire car ce bel espoir, si bien présenté ici, doit nous galvaniser à agir dans la bonne direction.

    Je dis 'l'urgence', car chaque minute passée à niaiser avec les bombes, l'argent sale, les jeux de guerre et les enflures d'égos qui, quelque part, sont la cause de presque tout le reste (et cela inclut les erreurs de tirs animés de bonnes intentions, mais qui trop souvent polarisent les débats et même les stérilisent), des gens souffrent. Et un seul enfant qui souffre, tout âge et toute cause confondus, c'est trop. On le sait, mais le rappeler n'est pas inutile car c'est le but ultime, finalement. Comme disait un saint catholique, Jean de la Croix, un seul fil à la patte (le 10 %) empêche l'oiseau de voler. Mais le savoir, c'est déjà avoir déployé ses ailes!

    B) Le dernier paragraphe me fait toutefois bien tiquer avec le "grand tout homogène" qui serait "[p]eut-être le prix de cette élévation générale du niveau de vie." A l'heure catalane, cette phrase n'est pas rassurante. Espérons qu'on ne se contentera pas de ce constat en laissant les libertés nationales et la démocratie des peuples passer au tordeur dans l'exercice car c'est la base qui soutient tout le reste. Il faudra y revenir, en effet.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 janvier 2018 10 h 27

    Encore meilleur

    Si la possibilité d’une guerre avec la Corée du Nord vous inquiète, rassurez vous.

    Les États-Unis possèdent des missiles sol-air qui leur donnent les moyens d’empêcher la Corée du Nord d’avoir l’expertise balistique qu’elle est en train d’acquérir.

    Tout comme leur appui aux Talibans en Afghanistan avant les attentats de New York, les États-Unis ont choisi de laisser la Corée du Nord acquérir des technologies de plus en plus menaçantes.

    Ce laisser-faire est un pari. Le pari que les dirigeants américains pourront y mettre fin quand bon leur semblera. Et, entre-temps, de vendre des armes au Japon.

    Si le président américain se préparait vraiment à la guerre, les États-Unis déplaceraient une colossale armada vers cette partie du monde.

    Mais depuis sept mois, seuls les redoutables gazouillis présidentiels frappent sans relâche la Corée du Nord.

    Bref, le mode est encore meilleur que vous le pensez.