Accro à Facebook

Je suis dépendant de Facebook. Pas au point d’être devenu un avatar. Juste assez pour être un peu nerveux dans l’attente des « likes » de ma plus récente publication. Assez pour garder la fenêtre du site ouverte en permanence sur mon ordinateur, même durant les heures de travail. Assez pour tenir en tout temps mon téléphone à distance d’une laisse. En fait, c’est mon téléphone qui me tient ainsi.

En 2015, je trouvais qu’il n’y avait rien de plus insignifiant que Snapchat. En 2018, je suis adepte des Instagram Stories. Tous les jours, je sacrifie un peu de ma présence dans le monde réel pour plus d’attention dans le monde virtuel. Tout ça pour acheter de petites doses de bonheur au rabais. Dopamine, quand tu nous tiens.

Bien sûr, Facebook est un outil spectaculaire dont je ne pourrais me passer. Ce réseau social me permet d’entretenir des relations qui seraient éteintes autrement. Il s’agit aussi de mon instrument le plus efficace de partage de mes activités et de mes idées. Seulement, je n’avais pas prévu qu’être prisonnier de la plateforme serait la rançon de ses bienfaits.

L’auteur Seth Godin affirme que le problème de la plupart des réseaux sociaux est qu’on n’en est pas le consommateur, mais le produit. Ces réseaux sont optimisés pour nous rendre anxieux jusqu’à ce qu’on les utilise à nouveau. Selon Godin, la plupart des gens tombent dans le piège et les regardent « pour une dernière fois », jettent un coup d’oeil ici, publient ça, aiment ceci… Déviant ainsi de ce qu’ils ont à faire d’important.

Les effets néfastes de Facebook ne s’arrêtent pas là. Jamais une seule entreprise n’a eu autant d’impact sur les plans psychologique, social et politique à la fois. Des analyses indiquent qu’une utilisation excessive de Facebook causerait des problèmes de santé mentale, que Facebook encourage l’extrémisme et nuit au discours démocratique, et que la plateforme permet la propagande dans le cadre d’élections. Que voulez-vous de plus ?

Mais Facebook n’est-il pas un progrès des temps modernes ? Ne nous méprenons pas : sans commenter plus avant les menaces à la neutralité du Web, soulignons que c’est d’abord Internet qui a porté la révolution numérique et qui a offert des possibilités inespérées il y a quelques décennies. Pensons à Wikipédia. Les Facebook, Twitter et Instagram ne sont que des dérivés du pouvoir d’Internet. Bien sûr, ces réseaux sociaux facilitent les communications et accélèrent la mobilisation de mouvements sociaux de façon exponentielle. Mais en se satisfaisant de ces avancées, nous ignorons non seulement les effets pervers de ces forums, mais aussi que les données relatives à tous nos faits et gestes qui s’y déroulent, même au nom du progrès, sont détenues par un nombre restreint d’entreprises. Ceci est vrai pour les réseaux sociaux tout comme pour les autres géants du Web. Nous jouons dans la cour de Big Brother.

Une poignée d’entreprises, dont Facebook, Google, Amazon et Apple, détiennent les données que nous dévoilons volontairement, mais aussi les données relatives à l’ensemble de nos interactions. Facebook détient aussi les données générées sur les applications qui l’empruntent aux fins d’inscription. Mark Zuckerberg est donc au courant des articles que je lis dans Le Devoir, de mes allées et venues sur Uber et de ma vie sur Tinder.

Ces données permettent, grâce à des algorithmes, de tirer des conclusions précises au sujet de nos habitudes de consommation ou de nos opinions politiques, par exemple. Le risque que ces données soient utilisées à des fins impropres est majeur.

Je suis bien conscient que ces quelques lignes ne résoudront pas l’ensemble des problèmes liés aux géants du Web. Je crois toutefois que dans l’attente d’une meilleure réglementation à leur égard, je peux moi-même petit à petit faire une utilisation plus responsable du numérique.

J’ai effacé l’application Facebook de mon téléphone en novembre 2017. Je pensais alors mourir. Une semaine plus tard, je ne ressentais aucune tentation de télécharger à nouveau l’application et je consultais déjà moins mon téléphone. Un mois plus tard, j’ai activé sur mon ordinateur une application bloquant l’accès à Facebook durant les heures de mon choix. Je n’ai donc accès à Facebook que rarement, et je m’en porte bien.

J’apprivoise aussi l’idée d’effacer mon compte Instagram, mais j’ai peur de ce qui adviendrait. Je viens d’interrompre la rédaction de ma chronique pour jeter un coup d’oeil sur Instagram. Les trois photos les plus récentes sur mon fil : une humoriste qui mange dans une cafétéria, un couple d’amis devant un hélicoptère et une pub de bonbons. J’ai quand même peur de manquer ce qui se passe sur Instagram… #FOMO.

Quoi qu’il en soit, mon sevrage se déroule assez bien. En ce début d’année 2018, je nous souhaite de nous affranchir un peu plus du téléphone.

8 commentaires
  • François Genest - Abonné 5 janvier 2018 08 h 05

    Ne lâchez pas

    Depuis un mois, j'arrive à m'en tenir à une journée par semaine pour la consultation de Facebook. C'est effectivement un sevrage pénible, vous n'êtes pas le seul à avoir vécu le martyr. Malheureusement, je vais devoir y retourner plus souvent (car c'est devenu un outil essentiel pour moi) mais je vais faire bien plus attention maintenant et n'y aller que de façon délibérée et non plus sur un coup de tête.

    Il paraît que Le Devoir va modifier ses outils d'interactions pour sa communauté? Je me demande ce que ça va donner.

  • Nadia Alexan - Abonnée 5 janvier 2018 10 h 49

    Une utilisation limitée.

    Personnellement, je consulte Facebook rarement. J'utilise Facebook juste pour partager les articles du Devoir que j'estime importants. Peut-être, le fait que je suis nul en informatique ne m'encourage pas à explorer les pages de Facebook constamment. Je le consulte juste pour les évènements, les rencontres, ou les colloques politiques. Ça sert aussi pour me rappeler la date de l'anniversaire de mes amis. C'est tout.

  • André Joyal - Abonné 5 janvier 2018 11 h 03

    Vivre sans Facebook

    Je ne suis pas toujours tendre envers vous, mais cette fois je vous sais gré de contribuer à renforcer ma volonté de me tenir loin de Facebook. Pour mes relations sociales, depuis 1992, j'ai ma messagerie pour, entre autres, communiquer avec mes vrais amis.

    Mais, faut pas bouder le progrès. Je viens juste de faire mon tout premier achat sur Amazon, faute de choix. Membre de la Coop de l'UQAM depuis des lustres, on m'avise qu'un livre de S.Zweig, publié en 1940, est épuisé. J'ai donc eu recours à la bibliothèque de mon quartier. Ai tellement aimé ce livre, j'étais près à verser 50$ pour une copie annoncée sur le Net. Hey bien, je l'ai obtenu,via Amazon, comme s'il sortait des presses, en moins de 15 jours pour 9 euros tout inclus. Oui, livré dans mon casier postal. Monsieur est très content.

    • Anne Sirois - Abonnée 5 janvier 2018 14 h 26

      Vivre sans Amazon
      Si vous cherchez désespérément un livre, vous pouvez éviter Amazon en vous fiant à d'autres sites spécialisés comme Abe Books; de plus, si vous êtes collectionneur, on y trouve des éditions rares ou des copies autographiées. De quoi ne jamais renoncer au plaisir des livres papier....

  • Jean Richard - Abonné 5 janvier 2018 11 h 07

    L'œuf ou la poule, le vide ou Facebook ?

    Facebook a-t-il créé un vide ou au contraire, en a-t-il comblé un ?

    Voyons un peu...

    Il y a quelques années, débarquer chez des gens sans prévenir était une chose normale. Si vos hôtes imprévus ne pouvaient vous recevoir, vous vous contentiez de les saluer et de repartir, sans se sentir offusqués.

    Aujourd'hui, vous n'allez même pas visiter vos frères et sœurs sans d'abord fixer un rendez-vous, souvent quelques jours à l'avance et à une heure précise. Et ce rendez-vous, on le fixe de moins en moins par téléphone et de plus en plus par courriel ou par texto, car le téléphone peut aussi déranger au mauvais moment les gens que vous appelez.

    Les relations sociales ne laissent plus aucune place à la spontanéité et à l'improvisation. Les soupers entre amis se décident plusieurs jours à l'avance, comme les rendez-vous chez le dentiste ou les voyages. La vie des gens est à ce point régulée qu'il n'est plus possible de s'insérer dans l'engrenage sans tout bloquer.

    Ce n'est pas Facebook qui a déclenché ce phénomène. C'est plutôt le téléphone, même à l'époque du gros noir à roulette.

    Autre phénomène relié à la difficulté des relations sociales : l'individualisme. Allez au resto, sans être accompagné, et installez-vous à une table à quatre même si vous êtes seul. La probabilité que des gens vous voient seul et vous offrent à partager votre table est très mince. Vous pourriez même voire une file d'attente à la porte sans qu'on vous demande de partager votre table. D'être seul pourrait même vous rendre suspect car les restos sont le rendez-vous des couples, des familles ou des groupes d'amis.

    Et si on se rabattait sur le virtuel pour établir des relations sociales devenues très difficiles dans le réel ? Vu sous cet angle, on pourrait commencer à comprendre pourquoi Facebook attire-t-il tant les gens. Le virtuel de Facebook permet quelque chose dorénavant interdit dans le réel : la spontanéité et l'improvisation. Est-il alors nécessaire de s'en sevrer ?

    • Maryse Veilleux - Abonnée 5 janvier 2018 18 h 27

      Vraiment, écrire à des personnes pour leur dire que l'on va passer chez eux via FB?...Prendre pour acquis qu'ils vont voir ce message?... Si on les dérange à ce point il faut repenser si on doit les visiter. Les relations sociales dans le virtuel sont des artifices et des semblants parce que la personne n'est pas devant vous. La spontanéité et l'improvisation n'est pas interdite dans le réel, tout réside avec qui on peut l'exprimer.

  • Solange Bolduc - Abonnée 5 janvier 2018 13 h 34

    Facebook: face de bouc, responsable de tous les péchés!

    Je dois être une grande pécheresse fréquentant, O désastre! : FACE DE BOUC!

    J'y ai très peu d'amis choisis, certains m'arrivent comme un cheveu sur la soupe, mais j'élimine facilement les indésirables, ceux qui m'apparaissent indésirables et qui disent n'importe quoi sans réfléchir...J'aime partager certaines choses avec certains amis que je considère intelligents, certains plus politisés que d'autres, qui me font part de certains articles de La Presse ou du Journal de Montréal : Mathieu Böck-Côté, Josée Legault, Denise Bombardier, et d'autres, et les lis si le sujet m'intéresse...même des articles qui me parvoiennent de France...Même les caricatures !

    Je ne suis pas une snobbe, moi! J'haïs pas du tout «Face de bouc», et je dois avoir du sang de Marie-Madeleine, tiens? : Qui n'a jamais péché lance la première pierre?

    Et pour les dédaigneux de «Face d Bouc», il m'arrive d'aimer le franc parler de Richard Martneau, même de sa compagne, la jolie Sophie, que mes amis partagent avec moi, et en retour je leur faire part des articles susceptibles de les intéresser au Devoir, comme le dernier article de M. Vil, se plaignant du chauffeur de taxi , vous voyez !? comment je suis large d'esprit, et surtout très généreuse avec mes amis «Face de Bouc» des pécheurs affranchis !

    Il existe de gens intelligents et cultivés sur «Face de Bouc», des gens féru d'histoire, et je m'en réjouis, sans en faire une obsession ou une obligation de tout y lire, absolument!

    Mon libre arbitre parle, je l'écoute ! Et j'envoie souvent des articles du devoir sur «Face de Bouc», dans Messenger !