Andrew Scheer, le faux changement

S’il existe une circonscription type que les conservateurs d’Andrew Scheer auront besoin de remporter en 2019 pour détrôner les libéraux, ce pourrait bien être South-Surrey–White Rock, en banlieue de Vancouver. L’électorat y est plutôt blanc et… conservateur. La population ayant plus de 65 ans compte pour le quart des électeurs.

Sous Stephen Harper, les conservateurs ont toujours remporté facilement la circonscription, sauf en 2015. Avec des frontières quelque peu modifiées, la candidate conservatrice a alors eu une courte victoire sur sa rivale libérale. Avec maintenant 30 % des résidants issus de l’immigration, la circonscription n’est plus un château fort conservateur. Mais dans les bonnes conditions, elle devrait pencher vers le PCC.

Bref, South-Surrey–White Rock fait partie d’une quarantaine de circonscriptions à travers le pays qui détermineront fort probablement le gagnant du scrutin fédéral en 2019. Or, la victoire libérale dans l’élection complémentaire de lundi dans cette circonscription constitue un revers majeur pour M. Scheer, qui doit l’inquiéter bien plus que la défaite conservatrice aux mains des troupes du premier ministre Justin Trudeau dans la circonscription de Lac-Saint-Jean au mois d’octobre.

Sans être fatidique, la défaite conservatrice de lundi démontre au minimum que M. Scheer demeure un grand inconnu pour les électeurs. S’il est difficile en tout temps de concurrencer un premier ministre en fonction, M. Trudeau présente un défi singulier pour ses adversaires. Jamais depuis le règne de son propre père un premier ministre n’aura autant fait courir les foules. Les deux visites que M. Trudeau a effectuées dans South-Surrey–White Rock lors de la brève campagne en vue de l’élection partielle ont attiré beaucoup plus l’attention que celles que M. Scheer a faites dans la circonscription. En plus d’avoir un candidat bien connu et apprécié du public, les libéraux pouvaient compter sur l’aura de M. Trudeau pour noyer toutes les critiques à l’endroit du PLC.

M. Scheer a gagné la chefferie du Parti conservateur du Canada en mai dernier en misant sur sa double image de anti-Harper et anti-Trudeau. Plus souriant et chaleureux que son prédécesseur, M. Scheer s’est présenté en tant que bon père de famille croyant qui s’identifiait bien plus aux préoccupations de la classe moyenne que le riche et célèbre M. Trudeau ne saura jamais le faire. Si c’était juste assez pour convaincre les membres du PCC, qui l’ont à peine préféré à Maxime Bernier, M. Scheer n’a pas pour autant pénétré l’esprit collectif durant ou depuis la course à la direction.

Bien sûr, la base conservatrice demeure intacte à autour 30 % de l’électorat, et le PCC jouit d’une certaine embellie en Ontario découlant en partie de l’impopularité des libéraux provinciaux de la première ministre Kathleen Wynne. Mais le visage plus gentil (kinder and gentler, dans le lexique politique) que présente M. Scheer n’a pas pour autant fait oublier les grimaces de M. Harper. Les femmes boudent encore le PCC. L’avance des libéraux chez les électrices, à autour quinze points de pourcentage dans les sondages, n’a presque pas bougé depuis 2015.

Les attaques en règle que les conservateurs mènent depuis des semaines contre le ministre maintenant en sursis des Finances Bill Morneau — M. Scheer est allé aussi loin que de demander sa démission — semblent n’avoir rien fait pour aider la candidate du PCC dans South-Surrey–White Rock, une ancienne députée et ministre sous M. Harper. Au contraire, elles ont rappelé les tactiques de la terre brûlée qui ont tellement déplu aux Canadiens durant l’ère Harper. Si on peut critiquer le jugement et la performance de M. Morneau en tant que ministre, il est d’une mesquinerie déplorable que de le traiter de malhonnête ou de profiteur alors que son vrai crime serait plutôt d’être néophyte en politique.

Les derniers jours de la campagne dans South-Surrey–White Rock ont démontré jusqu’à quel point les conservateurs n’ont pas abandonné leurs vieilles habitudes en misant sur la peur des gens. Dans une circonscription qui longe la frontière américaine, la candidate conservatrice Kerry-Lynne Findlay parlait sans cesse de l’immigration illégale et du retour au Canada des combattants du groupe État islamique pour souligner le manque de rigueur des libéraux en matière de sécurité.

Les conservateurs ont même sorti une vieille histoire datant de l’époque où le candidat libéral Gordon Hogg fut directeur d’une prison dont un rescapé avait commis un viol dans la communauté. « Les libéraux semblent se préoccuper davantage des droits des criminels que des gens innocents qui vivent dans la communauté », a laissé tomber M. Scheer lors de sa dernière visite dans la circonscription.

M. Harper aurait approuvé.

6 commentaires
  • René Bourgouin - Inscrit 13 décembre 2017 01 h 31

    Ce texte est commandité par le Parti Libéral du Canada

    Les libéraux sont bons, généreux, ouverts, compatissants, populaires.

    Les conservateurs sont méchants, calculateurs, mesquins, froids, «misent sur la peur», impopulaires.

    Ce texte est commandité par le Parti Libéral du Canada

  • Carl Grenier - Abonné 13 décembre 2017 07 h 00

    "Jamais depuis le règne de son propre père..."

    Le curieux ménagement fiscal des Netflix et cie est un trait que Trudeau fils ne semble pas avoir hérité de son père, dont la méfiance bien traditionnelle des États-Unis et de leurs multinationales reste un souvenir vivace dans les esprits d'un âge certain (Troisième Option, anyone?). Par contre, le dégoût prononcé pour la chose constitutionnelle est bien de famille, et constitue donc un handicap sérieux, dans le ROC du moins, pour les prétendants au trône, qu'ils soient internes ou externes au PLC. Le verrou constitutionnel façonné par le père, une partie essentielle du projet séculaire de "garder le Québec à sa place" est toujours aussi vivant chez nos concitoyens canadian, et dans une moindre mesure, chez nos compatriotes.

  • Raymond Ayas - Abonné 13 décembre 2017 08 h 23

    Blancs et retraités

    Blancs et retraités, ouf! que faut-il comprendre? Monsieur Yakabuski, votre premier paragraphe est révélateur de votre vision politique. Quand j'étais militant chez les Libéraux, on divisait régulièrement l'électorat sur les lignes "culturelles" (lire: ethniques et raciales) pour le pointage et aux fins de faire sortir le vote. J'avoue avoir toujours senti un malaise avec cette façon de faire typiquement libérale. C'est malsain de miser sur le communautarisme au lieu des idées. Aujourd'hui - comme plusieurs jeunes autour de moi - je suis heureux d'être sorti de ma condition de fils d'immigrants... et d'avoir quitté ce parti. Vous pouvez bien accuser les Conservateurs de miser sur la peur du terrorisme (un réel problème d'actualité) mais en vérité c'est votre approche qui mise sur les stéréotypes et la peur: celle des minorités vis-à-vis des peuples fondateurs du pays. Blancs et retraités, comme vous dites.

  • Benoit Samson - Inscrit 13 décembre 2017 09 h 26

    L'extrême droite de Hamish Marshall ne colle pas

    Les propos récents de monsieur Scheer traduisant la rhétorique de l’extrême droite ne collent heureusement pas au Canada. Le temps serait-il déjà arrivé pour mettre à la porte Hamish Marshall que monsieur Scheer a récemment engagé comme chef de campagne pour le parti conservateur.

    Hamish Marshall, que certains comparent déjà à Steve Banon, nous arrive de ‘’Rebel News Media’’. La couverture médiatique controversée de cette organisation des néo-nazis et nationalistes blancs suite aux évènements de Charlotteville avait suscité l’attention et la surprise quand monsieur Scheer avait refusé de répondre aux médias Canadiens concernant son nouveau directeur de campagne et sa rhétorique d'extrême droite.

    Il est réconfortant et de bon augure de voir que la politique de la division, la peur, anti-immigrante et xénophobe que monsieur Marshall semble chuchoter avec succès aux oreilles des conservateurs leur nuise plutôt que de les aider.

    Le temps serait-il en effet déjà venu de mettre Hamish Marshall à la porte et de cesser cette rhétorique de la division, la peur, la haine et l’exclusion qui ne semble pas frapper une corde sensible chez les Canadiens, du moins ceux de South-Surrey–White Rock en banlieue de Vancouver ?

  • Colette Pagé - Abonnée 13 décembre 2017 10 h 24

    Clown de l'ex-chef !

    Insrire ses pas dans la foulée de son prédécesseur tel est l'objectif poursuivi par le nouveau chef du PCC. Rien pour intéresser les électeurs progressistes québécois.