Bulletin ministériel

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Hélène David, a bien mesuré le « tsunami social » déclenché par la dénonciation des agressions sexuelles commises par le producteur Harvey Weinstein, et elle a joint le geste à la parole. Son projet de loi pour contrer les violences sexuelles sur les campus s’imposait. A

Des surplus, des baisses d’impôt : on ne peut pas accuser le ministre des Finances, Carlos Leitão, ne de pas avoir livré la marchandise, même si sa dernière mise à jour avait un fort relent électoraliste. Il a eu le bon sens de ne pas suivre Ottawa dans l’aberrante exemption de taxe consentie à Netflix. A–

Sébastien Proulx (Éducation) est déjà un vieux routard. Il fait un premier pas pour régler le problème lancinant des écoles illégales, mais la solution de l’école à la maison demeure bancale. Les contribuables électeurs auront droit à une baisse de taxe scolaire en cette année électorale, mais plusieurs risquent de déchanter l’an prochain. B

Véritable pompier en chef du gouvernement, le ministre des Affaires municipales et de la Sécurité publique, Martin Coiteux, en a plein les bras avec les problèmes internes de l’UPAC et du SPVM, mais on ne peut certainement pas lui reprocher de ne pas agir. B

Luc Fortin avait agréablement surpris par sa réaction bien sentie à l’entente avec Netflix. Plusieurs ont regretté de le voir quitter la Culture avant de pouvoir présenter sa nouvelle politique, mais il a bien commencé son mandat à la Famille en négociant in extremis une entente qui a évité une grève générale dans les CPE. B

Être responsable de la loi 101 dans un gouvernement libéral est particulièrement ingrat. La nouvelle ministre de la Culture, Marie Montpetit, a eu une réaction rafraîchissante en qualifiant d’« irritant » le recours systématique au « bonjour-hi » dans les commerces, n’en déplaise au premier ministre. Son plan d’aide aux médias écrits a été bien accueilli. Elle n’a cependant pas réussi à dissuader Parcs Canada de transférer à Ottawa les artefacts historiques et archéologiques de la région de Québec. B

Il est sans doute plus facile de gérer l’abondance que l’austérité, mais le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, n’en a pas moins réussi là où son prédécesseur avait échoué en concluant une entente avec les ingénieurs de l’État qui semblait une mission impossible. B

La ministre du Travail, Dominique Vien, n’attendra pas le reste du Canada pour éliminer les clauses de disparité de traitement qui discriminent les jeunes travailleurs. Mieux encore, elle entend prendre le bâton du pèlerin pour convaincre les autres provinces de l’imiter. B

Il était risqué de nommer aux Transports un député sans expérience ministérielle. André Fortin a démontré un bel aplomb. Le projet de réforme du Code de la sécurité routière est passablement musclé. Il n’a cependant pas réussi à expliquer comment le projet de monorail Montréal-Québec, dont M. Couillard s’est entiché, pouvait se concilier avec celui d’un train à grande fréquence (TGF) mis en avant par VIA Rail. B


 

L’ancienne présidente de la CAQ Dominique Anglade (Développement économique) est maintenant vice-première ministre. Avec un taux de chômage à un plancher record, il est difficile de nier que l’économie québécoise se porte bien. La prise de contrôle de la CSeries par Airbus n’en constitue pas moins un échec et une blessure à l’ego national. B–

En mission commandée, le nouveau ministre de l’Immigration, David Heurtel, a dû réparer les pots cassés par sa prédecesseure Kathleen Weil en transformant la Consultation sur la discrimination systémique et le racisme en un simple forum sur l’emploi qui a complètement occulté l’enjeu de départ. B–

La nomination d’un environnementaliste à la présidence du BAPE a envoyé un signal positif, et M. Couillard souhaitait manifestement un changement de ton à l’Environnement en y nommant Isabelle Melançon. Elle promet d’être « à l’écoute », mais elle l’a fait bien discrètement jusqu’à présent. C

Pierre Moreau a été anormalement effacé depuis son arrivée aux Ressources naturelles et à l’Énergie. On attend avec impatience la réglementation sur les hydrocarbures près des zones habitées, mais il en a inquiété plusieurs en se montrant favorable à la fracturation dans le cas du gisement Bourque. Son « couac » dans l’affaire Guy Ouellette a causé un certain froid dans la députation libérale. C

Qu’il s’agisse du cannabis, du chantier Davie ou encore de l’expulsion de la famille sri-lankaise que tout le monde souhaitait voir rester au Québec, l’écoute d’Ottawa ne s’est pas améliorée, malgré le grand désir d’harmonie qu’a pu manifester le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, en ce 150e anniversaire de la Confédération. C

Laurent Lessard est nettement plus à l’aise à l’Agriculture qu’aux Transports, où il s’était surtout signalé par sa passivité lors du cafouillage de l’autoroute 13. On lui sait gré de vouloir assurer notre autosuffisance en fraises, en poivrons et en laitue, mais cela ne devrait pas lui faire perdre de vue le lucratif marché du cannabis. C


 

Après le gâchis de la Consultation sur la discrimination systémique et le racisme, Kathleen Weil s’est vu confier le nouveau ministère des Relations avec les Québécois d’expression anglaise, dont M. Couillard plaidait l’inutilité jusqu’à ce que son appui au PLQ commence à vaciller. Malgré la motion adoptée à l’Assemblée nationale, elle a dû prendre la défense du « bonjour-hi ». C–

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a réussi non sans peine à clore la saga du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État. Aussitôt adopté, aussitôt suspendu par la Cour supérieure, en attendant que les tribunaux statuent sur la constitutionnalité du principe de la réception des services publics « à visage découvert ». C–

François Blais (Emploi et Solidarité) a subi toute une rebuffade quand le comité qu’il avait lui-même mis sur pied a torpillé le projet d’instaurer un revenu minimum garanti, dont il s’était fait le promoteur à l’époque où il enseignait à Laval. Il a trouvé son rapport « confus », mais tout le monde en a très bien compris le sens. D

M. Couillard fait de gros efforts d’imagination pour bricoler des ministères dont la seule justification semble être de permettre à la vice-première ministre déchue, Lise Thériault (Protection du consommateur et Habitation), de conserver une place au cabinet. D

On n’avait encore jamais vu un ministre utiliser sa fonction pour régler ses comptes personnels avec aussi peu de gêne que l’a fait Gaétan Barrette, mais M. Couillard semble n’avoir aucune objection. Il avait promis de « détruire un à un » les collègues avec lesquels il avait eu des différends dans sa vie antérieure, et il a tenu parole. Le milieu de la santé est unanime à décrier sa brutalité et le « chaos » dans lequel il a plongé le réseau. E

11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 décembre 2017 06 h 47

    Ce gouvernement ne mérite que «zero».

    Monsieur David a été très généreux avec le bulletin de ce gouvernement qui ne mérite que «zero»pour la souffrance que sa politique d'austérité a causée aux citoyens/citoyennes les plus vulnérables et les plus démunis de la société.
    Les bonbons électoraux ne vont pas effacer la souffrance des écoles avec moisissure, les attentes interminables dans les hôpitaux, les parents des enfants autistes sans répit, l'ouverture de nos lacs et de nos rivières aux pétrolières et aux gazières, et la largesse de l'état avec l'argent des contribuables, en subventions aux entreprises. Je suis perplexe par le bulletin élogieux accordé par monsieur David à ce gouvernement sans ni coeur ni sans conscience.

    • Gilbert Turp - Abonné 9 décembre 2017 09 h 38

      Vous ètes injuste, madame Alexan, Hélène David est formidable. Tellement que je me demande ce qu'elle fout dans ce parti.

    • Michel Blondin - Abonné 9 décembre 2017 11 h 16

      J'approuve votre notation.
      Ce gouvernement a zéro simplement parce que les notes négatives n’existent pas dans les bulletins.
      Mais, de loin, le pire des gouvernements de l’État du Québec. Il n’a cessé de provincialiser la nation et de faire de plusieurs d’entre nous, des vendus et des colonisés comme jamais dans l’histoire de cette pseudo-fédération qu'il a tenté de gonfler à l'hélium 150 ans.

      Couillard est une honte de tous les jours en se prenant pour un rassembleur alors qu’il rend son gouvernement réducteur des saines finances en affaires sans scrupules et des façons de vivre ensemble pénibles. Il corrompt les esprits et infantilise les débats. Un parti de suiveux!

      De créer un service pour la communauté anglophone, la plus choyée, riche, scolarisée. Possédant des institutions à hauteur plus que toutes communautés dans ce monde puissent espérer, il ne fait qu’accentuer cette pratique dans les faits que les Québécois de langue française sont des indigènes de second rang. Il mérite un pied à l'antipode du sourire.

      Si, comme l’affirme Monsieur Turp, Hélène David mérite mieux, elle n’a pas le courage, mais la mollesse que les titres et le pouvoir font flancher des deux genoux comme ingrédient qui s’appelle la dignité et l’humanité. Elle est dans ce système, complice de donner son aval à un Couillard déconnecté.

      LeDevoir a peur de prendre position pour l’indépendance du Québec ouvertement. Pourtant, du point de vue constitutionnel, le plus fondamental et le plus structurant, il commet un impair de cohérence. Pour ma part, c’est le plus grave impact de son oreille sourde, de sa vision masquée de son l’attentisme puéril et infantilisant, d’une idéologie à deux sous.
      La notation en découle par service de cette idéologie destructrice. Par son caractère rationnel et de cohérence, LeDevoir aura un jour à faire face de front une fois pour toute. Comme le dit le président de l 'Assemblée nationale dans son discours surréaliste-se commettre ou.... disparaître.

    • Pierre Robineault - Abonné 9 décembre 2017 12 h 21

      Je vous comprend très bien, madame Alexan. Peut-être dû au fait que le premier Couiilard n'a pas encore reçu son bulletin.

    • Guy Boudreau - Inscrit 9 décembre 2017 14 h 40

      À M. Blondin, si le Devoir s'affichait opuvertement indépendantiste, il perdrait, je crois, la quasi totalité de ses revenus publicitaires. Pour ma part, je souhaiterais qu'il le soit !

  • Patrick Daganaud - Abonné 9 décembre 2017 08 h 52

    Une évaluation bien généreuse...

    Le contexte économique mondial, en effervescence avant récession, explique la pseuperformance économique du PLQ au pouvoir.

    Le vieillissement de la population explique une partie des baisses du taux de chômage.

    La stratégie libérale est de créer, à la volée, des distracteurs qui détournent le regard de la population des vrais enjeux.

    Les causes les plus nobles servent de tremplin électoral. C'est le cas d'Hélène David dont l'intervention a été bien tardive au regard attentif des causes antérieures. C

    Carlos Leitão saupoudre des bonbons issus de son austérité maladive. C-

    Proulx gère l'éducation sans tenir compte le moindrement des expertises de la base : cela va se faire encore et encore au détriment des élèves les plus vulnérables. C-

    Coiteux, c'est vrai, est le stratège en chef des distracteurs : tout pour faire oublier les magouilles libérales! D

    L'entente d'Arcand avec les ingénieurs de l’État est un mystère : qui en connaît les détails et quels sont les paramètres négociés avec cette « nouvelle classe sociale à part » qui en prend, comme nos médecins, de plus en plus large? C

    La ministre Vien du Travail éliminera les clauses de disparité de traitement qui discriminent les jeunes travailleurs : on verra, comme disent les aveugles... Évaluation à venir...

    André Fortin n'en a pas fini avec les distracteurs au volant. Un certain nombre vont lui revenir dans la face... C-

    Anglade est une spectatrice passive qui brade l'économie québécoise. D

    Heurtel est aussi efficace à l'immigration qu'il l'était à l'environnement. D


    Je ne passerai pas en revue les autres : E, dont Couillard et Barrette dans le déni permanent

    Bien piètre gouvernement, sauvé par la conjoncture, ses apparences et ses pitreries!

  • Gaston Bourdages - Abonné 9 décembre 2017 09 h 04

    Sur 20 bulletins...

    Un ( 1 ) A, un ( 1) A-, sept ( 7 ) B, deux ( 2 ) B-, quatre ( 4 ) C, deux ( 2 ) C-, deux ( 2 ) D et finalement un ( 1 ) E.

    Comment m'y prendre pour faire une moyenne de classe ? Si vous compariez monsieur David avec les bulletins des trois années antérieures, à quels résultats pouvons-nous nous attendre ?

    L'arrière-scène du PLQ étant ce qu'elle est, ils, ces « élèves » ne font pas partie de la classe idéale que j'aimerais voir et avoir. À ce que je sache le PLQ n'a pas été puni pour ses fantômes du genre Commission Charbonneau, UPAC, Bibeau, caisse électorale.

    Il est, ironiquement, vrai que l'impunité est à la mode. Impunité si proche de déresponsabilisation, irresponsabilisation et autres comportements tarés d'où nos confiances ébranlées.

    Gaston Bourdages,
    Auteur d'un récent ouvrage titré: « Conscience...en santé ou malade ? »

  • Placide Couture - Abonné 9 décembre 2017 11 h 15

    Déception.

    Je vous trouve bien généreux M.David envers ce gouvernement usé. Je ne crois pas que ce conseil des ministres mérite les éloges que vous leur faites. Vous avez réussi le tour de force de leur trouver quelques réalisations positives mais vous avez passé sous silence l'ampleur de leurs echecs. Aucun ne mérite sa photo de graduation. Je m'attendais à plus d'objectivité de votre part, je suis déçu.

    • Michel Sirois - Abonné 10 décembre 2017 16 h 45

      Cela me fait penser à un enseignant en trouble d'adaptation qui écrit une évaluation complaisante (ou compatissante?) d'un stagiaire de la réforme scolaire.

  • Marc Therrien - Abonné 9 décembre 2017 16 h 22

    Est-il possible d'échouer malgré de bonnes notes?

    À lire les premiers commentaires publiés jusqu’à maintenant, ce bulletin ministériel suscite de la perplexité. On se demande quoi penser du fait que le tout est si différent de la somme des parties au point qu’il donne un résultat ou une impression négatif. On peut alors présumer qu’il y a présence de biais, mais on ne saurait dire de quel côté des correcteurs, le chroniqueur ou ses commentateurs, ils sont les plus prégnants; pas plus qu’on ne saurait dire si ce gouvernement est davantage influencé par l’effet Pygmalion ou son inverse, l’effet Golem venant de ses électeurs ou détracteurs.

    Marc Therrien