Les images pour le dire

Ravis que nous sommes de voir l’animation 3D Coco des studios Pixar (sous bannière Disney) caracoler en tête des recettes aux guichets depuis sa sortie en salle le 22 novembre.

Lee Unkrich et Adrian Molina ont offert cet hommage passionné, fouillé et fidèle à la culture mexicaine, drôle et grave, sombre et tendre, sur des dessins et un scénario délicieux. Les Mexicains l’ont même adopté — plus grand succès d’un film d’animation dans la patrie de Frida Kahlo. Signe du respect des cinéastes à leur endroit, sans fausse note, sans condescendance haïssable, sans caricature de « l’autre ».

Amusant de voir gigoter au cinéma les familles avec des tout-petits, aussi des adultes attirés par le bouche-à-oreille, devant ce qui est devenu une animation-culte.

Et tant mieux si le très nul Olaf, Frozen Aventures, en première partie, court métrage interminable (21 minutes), prenant les enfants pour des imbéciles et diluant leur faculté de concentration, quitte l’affiche ce samedi, sous les lazzis. À sa vue, on craignait de s’être trompée de salle, demandant au guichetier : « Où est donc Coco ? »

N’empêche qu’Olaf, par contraste, sut montrer à quel point le côté fleur bleue de l’animation pour enfants à large spectre commercial perd du terrain au profit de films porteurs de vérités (façon scandinave, grands pays éclaireurs) sur leur société et celle des autres.

Les enfants sont tellement exposés, à travers la Toile, aux affres du monde, autant leur dire de belle façon : oui, des parents se séparent, des rancunes sont tenaces, la famille peut être une plaie, la mort rôde. Voyez comment d’autres peuples se dépatouillent avec ça.

Les Mexicains sont depuis si longtemps traités en voisins subalternes par les gringos du haut de la mappemonde… Cette lettre d’amour venue d’Hollywood met un baume sur leurs plaies. Faudrait montrer Coco à Trump. Et s’il ne voulait plus de mur…

On aime voir ce film s’ancrer dans la fête des Morts du début de novembre, avec les autels familiaux dédiés aux défunts, la musique omniprésente, les couleurs folles. Le petit héros de 12 ans, Miguel, musicien brimé, y traverse le royaume des trépassés pour retrouver son célèbre aïeul, vedette de la chanson. Le tout avec l’aide des Alebrijes, créatures mythologiques polychromes hallucinées (qu’on s’arrache dans les marchés mexicains, versions de bois) et de squelettes plus ou moins faisandés.

Destiné aux sept ans et plus, le film, mais susceptible de donner un coup de pouce aux parents à l’heure d’aborder la mort avec leurs enfants. L’Occident a beau plastronner, il a beaucoup à apprendre des Mexicains, dont les traditions précolombiennes mêlées aux codes du christianisme démystifient la Grande Faucheuse mieux que nos silences affolés. Livrez-nous des recettes, les amis…

Si chouette, la Catrina, grande dame squelettique à l’immense chapeau régnant sur le monde des disparus. Et ces crânes qui nourrissent leur artisanat, ces pétales de souci jetés sur les morts, tous témoins d’une timide ouverture.

Outil de propagande ou de pédagogie

Ailleurs, depuis une vingtaine d’années, les Kirikou du Français Michel Ocelot ont réenchanté l’Afrique noire aux yeux des petits enfants, en brossant un environnement collé au réel, mais la nudité de plusieurs personnages avait rendu sa diffusion difficile dans les pays anglo-saxons. Quant au Vent se lève, chef-d’oeuvre du maître nippon Hayao Miyazaki produit dans les studios Ghibli, il aura pris l’affiche une semaine seulement en 2013 aux États-Unis. Quoique pacifiste, ce film historique parlait d’un avion-chasseur, instrument de guerre… À ne pas montrer dans une Amérique qui largua deux bombes atomiques sur le Japon. Comme quoi le long métrage d’animation est souvent traité au sud en outil de propagande, mais ça bouge.

Tenez ! The Breadwinner (Parvana, une enfance en Afghanistan) de Nora Twomey, sur nos écrans depuis vendredi, adapté du livre de l’Ontarienne Deborah Ellis, tient bon la large affiche aux États-Unis.

S’offrir Angelina Jolie comme productrice exécutive aide sa cause, faut dire. Cette animation coproduite par le Canada, l’Irlande et le Luxembourg suit une fillette de 12 ans à Kaboul, travestie en garçon pour aider sa famille sous le règne des talibans en 2001.

Parfois violent (à déconseiller aux moins de 11 ans), plongeant dans un univers où les petites filles n’avaient pas le droit d’apprendre à lire et à écrire, il enseigne aux enfants que l’école n’a rien d’un droit acquis et que la cause des femmes constitue un chemin de douleur.

Des contes insérés dans l’intrigue, sous d’adorables techniques de cartons découpés, offrent, comme Coco, une ode à l’imagination en tant qu’arme de résistance, précieux enseignement à acquérir dès l’âge tendre.

Alors, on applaudit quand des longs métrages d’animation pour enfants à vocation commerciale tracent des chemins entre les peuples, même les plus nombrilistes, en élargissant des sphères de conscience. Les petits ont besoin de lampions pour saisir la complexité du monde. Souvent, leurs parents aussi…