La campagne permanente

Le principal objectif de l’élection générale à date fixe était de priver le gouvernement de l’avantage indu d’être le seul à savoir quand les électeurs seraient appelés aux urnes. L’inconvénient est de transformer la dernière année de son mandat en une campagne quasi permanente.

Le porte-parole péquiste, Nicolas Marceau, ne s’y est pas trompé. La mise à jour économique et financière présentée mardi par le ministre des Finances, Carlos Leitão, a bel et bien donné le coup d’envoi, dix mois avant la dissolution de l’Assemblée nationale.

Personne n’a été surpris de ce minibudget qui aurait pu être concocté par un gouvernement caquiste. Amir Khadir a souligné avec justesse que le premier ministre Couillard ne peut pas répéter continuellement que François Legault dit n’importe quoi et adopter son programme, ce qui est précisément le cas.

Le chef de la CAQ savait très bien que le gouvernement allait lui couper l’herbe sous le pied en annonçant la diminution d’impôt qu’il réclame lui-même depuis deux ans et que le budget du printemps prochain sera encore plus généreux. Il aura beau clamer qu’on lui vole ses idées, le contribuable-électeur se soucie très peu des droits d’auteur.

Malgré sa grande sollicitude envers le contribuable, M. Legault est bien conscient qu’il y a des limites à renchérir. Il a souligné avec insistance qu’après une remarquable croissance en 2017, le ministère des Finances reconnaît lui-même que l’économie québécoise progressera à un rythme significativement moindre au cours des prochaines années, ce qui se traduira nécessairement par un ralentissement de l’augmentation des revenus de l’État.


 

Il y a au moins une idée que François Legault a volée au premier ministre. Durant la dernière campagne électorale, M. Couillard soutenait que la simple élection d’un gouvernement libéral aurait un effet quasi miraculeux sur l’économie en redonnant confiance aux acteurs économiques. À en croire le chef de la CAQ, son arrivée au pouvoir aurait un effet similaire.

Le chef caquiste dit avoir d’autres propositions en réserve, mais qu’il les garde pour la prochaine campagne, de peur de voir le gouvernement lui damer le pion encore une fois. Une de celles qui seront présentées au conseil général de la fin de semaine prévoit une « bonification des allocations familiales ». Voilà une autre idée que M. Leitão pourrait retenir dans son prochain budget ! Il est certainement frustrant de jouer le rôle de boîte à idées au profit des autres, mais il le sera tout autant de devoir rester muet pendant que le gouvernement multipliera les annonces.

Aussi bien M. Legault que son homologue péquiste, Jean-François Lisée, ont dénoncé le « détournement des fonds publics » et la « propagande pure » que constituent les messages publicitaires à saveur électorale qui se font de plus en plus nombreux. C’est là un autre effet de l’élection à date fixe avec lequel il faudra apprendre à composer.

Contrairement à l’Ontario, qui a fixé un plafond de 1 million aux dépenses de « publicité politique » qui sont faites dans les six mois qui précèdent l’élection, le Directeur général des élections a décidé de ne pas intervenir. En 2018, il se contentera « d’observer attentivement le comportement des principaux acteurs politiques dans un contexte préélectoral » avant d’en tirer des conclusions pour l’avenir, a expliqué une porte-parole dans une entrevue au Journal de Montréal.


 

Jean-François Lisée en avait surpris plus d’un lors de la dernière course à la chefferie, quand il avait exclu d’entrée de jeu toute baisse d’impôt tant que les services publics n’auraient pas été remis à niveau, même si un gouvernement péquiste n’irait pas jusqu’à annuler celles qui auront été accordées par son prédécesseur.

M. Lisée a raison de dire que « la misère humaine considérable provoquée par l’austérité des libéraux n’était pas nécessaire ». Le gouvernement Couillard a fait preuve d’un manque d’empathie choquant et d’un électoralisme cynique en imposant des compressions qui auraient été moins douloureuses si elles avaient été étalées sur une plus longue période, mais qui ne lui auraient pas permis de jouer au père Noël. C’est comme si on avait calculé froidement que les électeurs reconnaissants de bénéficier d’une baisse d’impôt seront plus nombreux que les victimes de l’austérité.

Il n’y a aucune raison de douter de la sincérité de l’indignation du chef péquiste, mais le positionnement du PQ est également politique. Si le PLQ et la CAQ se disputent le titre de champion des contribuables, lui-même ne peut pas se permettre d’abandonner à Québec solidaire celui de défenseur de l’État et des services publics.

Selon lui, les électeurs sauront très bien que le chèque qu’ils recevront ne viendra pas de la générosité des libéraux, mais de la misère humaine créée sans raison pendant trois ans, et ils agiront en conséquence dans l’isoloir. Il faut admettre que c’est un beau pari.

34 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 23 novembre 2017 01 h 43

    « Il n’y a aucune raison de douter de la sincérité de l’indignation du chef péquiste »?

    Pour ma part, le PQ, en refusant d'annuler les baisses d'impôts, me fait douter passablement de l'indignation de M. Lisée.

    Voir : http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politi

    • Jean-Marc Simard - Abonné 23 novembre 2017 08 h 47

      Simple tactique politique...Jean-François Lisée ne peut tout simplement pas dire qu'il annulerait la baisse des impôts votées par Couillard et cie...Ce serait suicidaire...Ça élminerait des chances déjà minces pour le PQ d'être porté au pouvoir...La baisse d'impôt est un piège libéral...

    • Jacques Patenaude - Abonné 23 novembre 2017 08 h 52

      Je ne sais pas si Lisée est sincère ou pas et ça n'a pas beaucoup d'importance. C'est le résultat qui compte.
      Ce que j'aimerais le voir promettre c'est une réforme de la fiscalité qui s'attaquerait à la fiscalité injuste que nous subissons présentement. Revoir la fiscalité pour qu'enfin les mieux nantis paient leur juste part serait plus important que de simplement annuler les baisses d'impôt du système fiscal injuste actuel.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 novembre 2017 09 h 00

      Au contraire de vous, M. Boulanger, j’ai hâte d’entendre un parti politique me promettre qu’il ne diminuera pas les impôts, mais qu’il nous en donnera plus pour notre argent.

      Un des peuples les plus taxés au monde et paradoxalement les plus satisfaits de l’État, ce sont les Danois. Ce paradoxe vient qu’ils sont convaincus d’en avoir pour leur argent.

      Le problème avec les partis qui promettent des réductions d’impôts, c’est qu’ils occasionnent une reduction considérable de la qualité des services de l’État (ex. lenteur du dédommagement des sinistrés des innondations, déneigement sur la 13, coupures dans les écoles et les hôpitaux, etc.j en contrepartie de miettes données la veille du renouvellement de leur mandat.

    • Solange Bolduc - Abonnée 23 novembre 2017 09 h 31

      M. Lisée ne cherche-t-il pas la justice sociale avant tout, en tant que parti social-démocrate ?

      Vous me surprenez M. Boulanger !

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 novembre 2017 09 h 55

      @ M. Simard

      M. Simard, le PQ de M. Lisée joue le jeu du PLQ en refusant d'annuler les baisses d'impôts. En outre, cette « simple tactique politique » manque de cohérence si on s'attarde au discours et aux actes.

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 novembre 2017 10 h 15

      @ M. Patenaude

      M. Patenaude, si « c'est le résultat qui compte », ce que fait le PLQ - et que le PQ refuse d'annuler! - va dans le sens contraire de ce que vous proposez.

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 novembre 2017 10 h 29

      @ M. Martel

      M. Martel, sur quoi vous vous appuyez pour soutenir que je suis pour les baisses d'impôts?

      @ Mme Bolduc

      Mme Bolduc, en quoi je vous surprend? Cela dit, refuser d'annuler les généreuses baisses d'impôts du PLQ me semble surprenant pour un parti qui se veut social-démocrate. Je crois surtout que le PQ veut éviter de compromettre ses minces chances de reprendre le pouvoir lorsqu'il se colle ici sur le PLQ et la CAQ (deux partis pas trop sociaux-démocrates, comme vous le savez).

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 novembre 2017 11 h 17

      À Patrick Boulanger :

      Je suis désolé d’avoir mal interprété vos propos.

      Je m’en excuse.

    • Réal Nadeau - Abonné 23 novembre 2017 12 h 01

      Effectivement, un gouvernement du PQ n'annulerait pas les baisses ,ce que mentionne La Presse d'aujourd'hui.

    • Solange Bolduc - Abonnée 23 novembre 2017 12 h 01

      Non, M. Boulanger, vous ne me surprenez pas du tout, j'ai l'habitude de votre rhétorique ...de gros bon sens !

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 novembre 2017 22 h 16

      @ M. Martel

      Il n'y a pas de problèmes!

      @ Mme Bolduc

      Mme Bolduc, dans un de vos commentaires vous me signalez que je vous surprend et dans un autre écrit à quelques heures d'intervalle vous me mentionnez que je ne vous surprend pas du tout.

  • Pierre Deschênes - Abonné 23 novembre 2017 02 h 05

    Désolant

    Il est désolant, voire profondément choquant, de constater que pour l'année à venir, le positionnement des différents partis n'aura pas tant l'intérêt premier des électeurs, ce qui devrait pourtant être, que des calculs et objectifs purement électoraux avec dans la mire commune... le (triste) pouvoir.

  • Nadia Alexan - Abonnée 23 novembre 2017 05 h 06

    Les électeurs ne sont pas dupes!

    Monsieur Harper a essayé, lui aussi, d'acheter les électeurs avec des bombons fiscales, juste avant les dernières élections fédérales, mais ça n'a pas marché. Les électeurs ne sont pas dupes. Les Québécois vont se rappeler des mesures idéologiques d'austérité du gouvernement Couillard qui ont occasionné «la misère humaine... pendant trois ans,» comme vous l'avez bien exprimé.

    • Pierre Bertrand - Abonné 23 novembre 2017 09 h 14

      Bien sur que les électeurs sont dupes. Il faut savoir faire la différence entre ses désirs et la triste réalité des québécois !Désolé !

    • Pierre Raymond - Abonné 23 novembre 2017 10 h 57

      Les électeurs sont dupes dans la mesure où pour exercer son droit de vote de manière éclairée, il faut être informé mais comment faire avec une population analphabète-fonctionnelle à 50%. Mais ça, c'est le deuxième problème car le premier problème est le mode de scrutin actuel.

    • Normand Lévesque - Abonné 24 novembre 2017 00 h 03

      Tout à fait d'accord avec M. Pierre Raymond.
      Tant et aussi longtemps que nous tournerons en rond avec ce style de démocratie, nous revivrons en boucle ces rédicules redondances électoralistes: goufre financier de l'ancien parti, coupures, abandon des promesses d'ajustements ficales pour protéger les financiers des partis, etc. et cadeaux électoralistes avant les élections.
      Quand cessera-t'on ce cirque de redondances politiques qui nourrit le cynisme envers les politiciens et qui n'encouragent pas l'adhérence, l'engagement et la participation des jeunes et des moins jeunes à la vie démocratique?
      On voit bien, par les taux de participation aux scrutins et aux élus souvent clownesques portés au pouvoir (Trump et cie), qu'on est mur pour un vrai changement de gouvernance plus près du peuple, à l'écoute des vrais besoins de société plus équitables et qui respectent les engagements internationnales environnementaux pour la saine survie universelle de l'espèce humaine et des écosystèmes!
      Le problème n'est pas tant de respecter la capacité de payer des citoyens mais bien la capacité de nos gouvernements de biens gérer les déniers publics!

  • Normand Carrier - Abonné 23 novembre 2017 07 h 02

    L'offre politique se dessine .....

    Il devient de plus en plus évident que la CAQ et le PLQ se partagent la même clientèle qui a fait des baisses d'impôt sa priorité .... Ce n'est pas pour rien que certains futés ont unifié ces deux partis sous le titre de PLCAQ car ils se battent tous deux pour le même programme et les mêmes idées ......

    Les coupures de $7 milliards des libéraux pour les trois premières années furent brutales et des centaines de milliers de citoyens en ont souffert énormément et il y eu des dégats considérables ..... Si on ajoute le fait que 40% d'électeurs ne paient pas d'impôt car femmes au foyer , handicapés ou chômeurs , il y a la un bassin d'électeurs considérable ......

    Le choix humain de J-F. Lisée et du PQ est le plus judicieux car on doit réparer les dégats avant de baisser l'impôt des plus riches qui n'ont pas souffert des coupures eux qui furent a l'abris ... S'occuper de la misère humaine et remettre les services a niveau est un grand défi qui sera payant a la fin .....

    • Normand Carrier - Abonné 23 novembre 2017 12 h 13

      Monsieur Boulanger , je suis surpris de votre unique argument contre l'annulation des baisses d'impôt du PQ alors que ces baisses seront effectuées depuis la présentation du mini-budget soit mardi le 21 novembre .... Les derniers chèques pour les fournitures scolaires expédiés en septembre 2018 , un mois avant le scrutin ..... Voulez-vous aller rechercher ces argents dans les poches des contribuables ?

      Si c'est votre seul argument , ce n'est pas fort et vous semblez accepter difficillement que QS vient de se faire doubler sur sa gauche par le PQ qui est résolument social-démocrate contrairement a QS qui est plus prêt du parti communiste dont les membres sont très actifs a QS ..... En invitant Jean-Luc Melanchon a votre congrès , l'ami de GND , QS invite un digne représentant de la gauche radicale francaise qui est la continuité du parti communiste francais ....

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 novembre 2017 21 h 53

      @ M. Carrier

      « Le choix humain de J-F. Lisée et du PQ est le plus judicieux car on doit réparer les dégats avant de baisser l'impôt des plus riches qui n'ont pas souffert des coupures eux qui furent a l'abris ... »?

      M. Carrier, de quel argument parlez-vous? J'ai simplement réagi à votre citation (voir plus haut) en vous signalant que le PQ est contre l'annulation des baisses d'impôts. En outre, je vous signale qu'il n'est pas question du parti de M. Nadeau-Dubois dans mon commentaire. Mais si vous tenez à introduire ce parti dans nos échanges, j'aimerais vous mentionner que le PQ s'y prend bien mal s'il veut doubler QS sur sa gauche en refusant... d'annuler les généreuses baisses d'impôts du PLQ. Qu'en pensez-vous?

  • Jean Lapointe - Abonné 23 novembre 2017 07 h 37

    Le plus important est ignoré

    «La mise à jour économique et financière présentée mardi par le ministre des Finances, Carlos Leitão, a bel et bien donné le coup d’envoi, dix mois avant la dissolution de l’Assemblée nationale.» (Michel David)

    Je m'étonne du fait que personne ne semble voir dans la façon dont se comporte le PLQ le souci de faire barrage au Parti Québécois et donc à l'indépendance politique du Québec.

    Pourtant on sait très bien que Philippe Couillard, tout comme Justin Trudeau, tiennent à tout prix à leur Canada dont ils ont fait une religion parce que, pour eux, il faut y «croire » au Canada.

    Donc il serait très surprenant que ce ne soit pas là une préoccupation constante de la part du gouvernement provincial de Philippe Couillard étant donné l'importance qu'il accorde à cette question.

    Cette fois-ci il ne peut pas trop jouer sur la peur étant donné qu' il n'y a pas de référendum de prévu lors d'un premier mandat accordé au Parti québécois. Il a donc dû trouver autre chose.

    Et cette autre chose c'est d'abord couper dans les services à la population pour pouvoir par la suite faire des cadeaux dans l'espoir que la population lui soit reconnaissante en le maintenant au pouvoir.

    On dirait que bien des Québécois s'imaginent que les adversaires de l'indépendance ne font rien pour l'empêcher et que ce choix ne dépendrait que de nous. Je crois que tout au contraire nos adversaires sont continuellement en guerre contre les souverainistes et que malheureusement leurs actions influencent les esprits.

    A mon avis les journalistes et commentateurs politiques ne vont pas suffisamment au fond des choses et ils négligent donc ce combat contre l'indépendance mené en secret par les fédéralistes.

    Et pourtant il serait important que les gens soient conscients de cela pour être en mesure de faire un choix plus éclairé lors des prochaines élections. On dirait que pour eux la question de l'indépendance c'est secondaire et qu'ils se contentent très bien de la situation actuelle.