Valérie Plante à bicyclette

Valérie Plante se déplace à vélo. Si elle est élue mairesse de Montréal, elle continuera. « J’adore ça », a-t-elle répondu à Infoman, qui le lui demandait.

Quiconque se promène à vélo en ville fait quotidiennement l’expérience du danger. Sur la chaussée abîmée où l’automobile est reine, le cycliste, souvent relégué à de petits corridors cahoteux, est sans cesse ramené à sa vulnérabilité, ainsi qu’au caractère vital d’une coopération de tous les instants entre ceux qui partagent la route. Curieuse allégorie de l’espace social : le plus petit, qui avance dans les marges, ressent toujours plus durement les embûches sur sa route. Facilement écrasé par plus gros que lui, il n’avance que si l’on organise l’environnement en tenant compte de la précarité inhérente à sa condition.

À Montréal, l’organisation des transports avance dans la direction opposée. Lorsque Valérie Plante a proposé sa fameuse ligne rose, l’enthousiasme a été instantané. Une audace qui tranche avec le ronron habituel. Le maire sortant a pourtant accueilli la proposition avec condescendance : enlevez vos lunettes roses, le festival Juste pour rire est fini. Il faudra se contenter du REM et d’un morceau de ligne bleue. Espérer plus pour la métropole ne serait que pure fantaisie. Dans une ville où l’offre de transport collectif stagne depuis des décennies, et où le prix des loyers à proximité des métros et des autobus est prohibitif pour quiconque vit de la précarité, ce pragmatisme à courte vue frôle le mépris. Alors qu’un titre mensuel de la STM représente une journée de travail au salaire minimum, la moindre des choses serait qu’on ne ridiculise pas l’enthousiasme suscité par une ligne de métro.

Cette myopie est étonnante chez un candidat qui vante sans cesse sa « vision », justifiant l’exécution expéditive et autoritaire de ses projets en répétant qu’il ne recule devant rien pour mettre Montréal « sur la map ». On comprend que la vision de Denis Coderre a une profondeur de champ variable : elle s’ajuste à la grosseur du portefeuille de ceux et celles qui en bénéficient au premier chef. Au citoyen qui veut se mouvoir dans la ville sans trop de peine, on répond qu’il faut modérer ses attentes. Mais pour plaire aux investisseurs, aux promoteurs et bien paraître devant la Chambre de commerce, les enjambées ne sont jamais assez grandes et les ambitions, jamais déraisonnables.

C’est ainsi que la Ville s’est empressée d’investir 38,4 millions de dollars et de couper un millier d’arbres au parc Jean-Drapeau pour aménager un amphithéâtre dit naturel bien bétonné, afin de satisfaire les exigences d’un seul promoteur événementiel. On a transformé un espace vert en îlot de chaleur, créé un corridor de vent qui rend le site quasi infréquentable en hiver et restreint l’accès à un parc municipal. Peut-être est-ce ce que les Montréalais veulent. Mais qu’en sait-on ? La dernière fois qu’on a établi un plan directeur pour le parc Jean-Drapeau, c’était en 1993. Des consultations publiques sur l’avenir du parc sont prévues au printemps 2018. Elles arrivent un peu tard. Quant à la Formule E, événement présenté comme la crème de la sophistication, on apprend que près de la moitié des billets ont été distribués gratuitement, pour des retombées économiques décevantes. Mais peu importe : Montréal est « sur la map ».

La vision de Denis Coderre pour Montréal se résume au fond à la croyance qu’en priorisant le rayonnement extérieur de la ville, ceux qui y vivent bénéficieront des retombées par ruissellement. Un mythe qu’on n’a apparemment jamais fini de déboulonner. Enduisant d’un vernis d’ouverture ses ambitions très clairement situées idéologiquement, Denis Coderre se targue d’être entouré d’une « coalition arc-en-ciel ». En s’entourant de gens soi-disant issus de partout sur le spectre politique, on présume qu’il veut prouver que sa vision transcende le dogmatisme, embrassant si large qu’elle rallie les esprits de tous acabits. La seule chose que cela prouve, c’est que ces gens au profil diversifié s’entendent au moins sur une chose : placer l’intérêt des Montréalais à la remorque de l’entreprise privée et laisser le Montréal inc. grignoter le Montréal ville. Tout le reste est négociable.

La vision, la vraie, est au contraire un horizon qui guide les actions, en résistant aux forces qui substituent des intérêts particuliers à l’intérêt général. C’est penser la ville d’abord comme le lieu qu’on habite, comme une communauté démocratique à instituer. Pas comme une marque à (re)lancer. Depuis quatre ans, Denis Coderre démontre qu’il envisage la ville comme une tête d’orignal empaillée. Le panache est bien beau, mais à l’intérieur, on finit par manquer d’air.

Or voilà une rivale arrivée à bicyclette qui, elle, ne semble pas manquer de souffle.

20 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 3 novembre 2017 08 h 08

    Un bel exemple.

    Un bel exemple à suivre pour ceux qui le peuvent.

    • Donald Bordeleau - Abonné 3 novembre 2017 13 h 22

      Denis en pédalle à Montréal.

      Coderre qui a été un acteur des Commandites avec Dauphin de Option Canada font une belle paire avec les démissionnaires de Union Montréal.

      Donc une infection qui continuera à infecter les 20 arrondissements de la ville de Montréal s'il est élu.

      http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politi

      http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201710


      Le leg de Coderre est la formule E à la ville de Montréal ?

      Les habitants de la plus grande ville du Québec sont-ils masochistes à ce point?

  • Jean Duchesneau - Abonné 3 novembre 2017 08 h 43

    Bravo!

    Excellente chronique Aurélie Lanctôt, car les visions opposées des deux candidats que vous mettez en lumière, sont fondées sur des faits probants.

  • Jean Lapointe - Abonné 3 novembre 2017 08 h 43

    Ce qui me désole.

    «Denis Coderre se targue d’être entouré d’une « coalition arc-en-ciel ». (Aurélie Lanctôt)

    Moi ce qui me désole c'est le fait que, à ma connaissance, rien ne soit prévu par aucun des candidats pour que la Ville de Montréal puisse être davantage considérée comme la métropole du Québec français.

    Aucun des deux candidats ne semble soucieux de faire en sorte que la ville de Montréal soit clairement considérée comme une ville de langue française. On dirait que pour eux, Montréal ne fait pas partie du Québec mais qu'elle fait partie plutôt du Canada.

    Ils semblent viser plutôt à faire de Montréal une ville dans laquelle l'anglais et le français seront d'égale importance, une vraie ville canadienne et non pas une ville québécoise.

    Ils ne semblent pas se rendre compte que si Montréal devient de plus en plus bilingue c'est tout le Québec qui risque de le devenir et cela à l'avantage de l'anglais et non pas du français tant que le Québec sera dans le Canada.

    J'espère que nous serons assez nombreux pour les emêcher d'aller dans cette direction. Pour cela c'est le Parti québécois qu'il faudra mettre au pouvoir lors des prochaines élections si nous voulons vivre pleinment et non pas uniquement survivre comme peuple de langue et de cuture française.

    • Luc Fortin - Inscrit 3 novembre 2017 12 h 37

      « Ils semblent viser plutôt à faire de Montréal une ville dans laquelle l'anglais et le français seront d'égale importance, une vraie ville canadienne et non pas une ville québécoise.»

      Quelle autre « vraie » ville canadienne peut avoir la prétention que l'anglais et le français seront d'égale importance?

    • Pierre Samuel - Abonné 4 novembre 2017 05 h 17

      Cher Monsieur,

      Faudrait peut-être égalemernt le mentionner à Gilles Duceppe qui appuie Denis Coderre, n'est-ce pas ?

    • Pierre Samuel - Abonné 4 novembre 2017 11 h 26

      Ah oui, j'oubliais ! Il y a également le petit-fils, Hadrien, du "grand" Jacques Parizeau qui se présente à titre de conseiller dans Ahuntsic pour l'équipe Coderre sans oublier Réal Ménard à la mairie dans Hochelaga-Maisonneuve et la "brilante" Elsie Lefebvre, conseillère...

      Jamais je ne croirai que ces fervents indépendantistes vont tous demeurer muets, qu'en pensez-vous ?

  • François Poitras, La Boîte Noire - Abonné 3 novembre 2017 08 h 44

    Le souffle de la complaisance

    La ligne rose est un leurre électoral. De promesse formelle à proposition, de solution incontournable à concept échangeable contre un REM sillonnant l’est de l’île, le ballon électoral fut lâché au seul objectif de concurrencer le REM du maire sortant. Il ne vaut pas plus que le logiciel de graphisme utilisé pour l’illustrer.

    Un des multiples leurres d’une campagne qui n’a de « souffle » que dans la complaisance certains médias. Un simple coup d’œil aux 5 ou 6 «La Vérif » de Radio-Canada confirme l’improvisation et l’amateurisme patent de la plateforme de Projet Montréal.

    Ainsi, qualifier de « myopie » ou de « vision ajustée au portefeuille » les doutes émis sur ce projet bancal alors que plus d’une dizaine de milliards dollars seront investis dans les transports collectifs ces 5 prochaines années ne démontre qu’un fort biais partisan.

    De même que le rabâchage sur la Fe, un dossier mineur, ou les affabulations sur les liens publics/privés.

    • Sylvain Lavoie - Abonné 3 novembre 2017 11 h 43

      Le REM n'a rien à voir avec le maire sortant, il s'agit d'une bébelle de la CDPQ voulu par Québec afin de mieux desservir son électorat anglophone de l'ouest de l'île. quand aux «affabulations» sur la Fe, parlez-en donc avec les citoyens qui en ont vécu tous les désagrément afin de mettre Montréal sur la «map».

    • Luc Fortin - Inscrit 3 novembre 2017 12 h 40

      Le fait que le maire Coderre tienne mordicus qu'il n'y ai pas de registre indiquant qui lui rend visite est-il aussi un dossier mineur?

      Ne démontrez-vous pas aussi un « un fort biais partisan » en minimisant certaines choses?

  • Marc Robert - Inscrit 3 novembre 2017 08 h 45

    Hélène PIGOT à bicyclette

    C'est frapant de voir qu'on peut faire un copier coller de ce texte, en n'y changeant que le nom, et ça convient perfaitement bien à Sherbrooke.