À hauteur de femme

Qui aurait cru qu’une jeune néophyte en politique, à peine cinq ans de conseils municipaux derrière la cravate, aussi bien dire une parfaite nobody, chaufferait un vieux routier, un homme qui a fait ses classes auprès de Jean Chrétien et qui, après des années de sombres complots à l’hôtel de ville, a remis Montréal sur pied ? On se croirait propulsé dans un film américain.

Le sondage CROP publié cette semaine confirme le coude à coude entre le maire un brin grognon Denis Coderre et sa souriante rivale Valérie Plante. Le maire a beau minimiser les résultats (« On savait que ce serait serré »), on se pince. Même les membres de Projet Montréal n’en croient pas leurs yeux. Après les administrations mornes, incompétentes et/ou compromises que furent celles de Pierre Bourque, de Gérald Tremblay et de Michael Appelbaum, Denis Coderre, il faut le dire, s’est avéré une véritable bouffée d’air frais. Devant même les turpitudes d’Ottawa (et ses pipelines) ou de Québec (et ses niqabs), l’homme est capable de se tenir debout. Ça s’appelle de la poigne, ça, madame. Il paraît donc invraisemblable que le « nouveau shérif en ville » n’obtienne pas un deuxième mandat.

Alors, comment expliquer sa déconfiture à quelques jours du vote ? Le dernier sondage montre les nombreux chantiers du doigt, le ras-le-bol des citoyens devant le festival des cônes orange. Une ombre au tableau certainement pour Monsieur « en mode solution », mais, à mon avis, il ne s’agit pas là d’un obstacle majeur. Les travaux sont une plaie, certes, mais il faut bien que quelqu’un s’en occupe. Si jamais Denis Coderre mord la poussière dimanche, ce sera pour des raisons plus profondes : le cynisme de plus en plus répandu devant la « vieille politique ».

Sans rien enlever à Valérie Plante, qui fait preuve, elle aussi, d’une poigne remarquable, il est évident que la chef de Projet Montréal profite du vent qui tourne en faveur des femmes en politique, du désabusement devant la politique en général et jusqu’à la vague de dénonciations face à une certaine « masculinité toxique ». Déjà, en 2013, l’étonnant score d’une néophyte sans aucune expérience, Mélanie Joly, arrivée deuxième dans la course à la mairie de Montréal, indiquait que les jeunes femmes en fleur étaient désormais recherchées en politique. Qui l’eût cru ? Comme si la fraîcheur qui se dégageait d’elle (malgré une indifférence à peine dissimulée envers la politique municipale, disons-le) valait aussi cher que l’expérience d’un homme de la trempe de Denis Coderre et plus encore que celle d’un Richard Bergeron.

Quatre ans plus tard, l’appétit pour un autre style de politique, une autre façon de faire, est plus palpable encore. Demandez d’ailleurs à « l’homme de la situation », Valérie Plante, comment elle explique sa cote de popularité et elle répond : « Pas formatée. » Autrement dit, en plus d’avoir, elle aussi, de l’énergie à revendre et un bon sens de l’humour, elle n’est pas pétrie de formules toutes faites. Elle paraît immensément plus sincère que Denis Coderre, en plus d’être décidément moins autoritaire. En ce sens, l’enquête d’ICI Radio-Canada qui révélait la semaine dernière un homme tout sourire en public mais colérique en privé est bien plus dommageable pour le maire sortant que le manque de coordination des travaux publics.

De la même façon que Valérie Plante profite d’une ardoise relativement vierge en ce qui concerne les femmes en politique, son rival, lui, croule sous le poids d’une double crise : celle des institutions publiques — on n’a qu’à jeter un coup d’oeil à Québec pour en constater l’étendue — et celle d’hommes puissants qui se croient tout permis. Denis Coderre n’a rien d’un Harvey Weinstein ou même d’un Marcel Aubut, loin s’en faut, mais, et c’est malheureux pour lui, il affiche un format « mon oncle ». Injuste, dites-vous ? Sans doute, mais on assiste aujourd’hui au retour du balancier. Pendant longtemps, les femmes ont payé leur petite taille, leur voix feluette et leur hésitation à prendre la parole. Elles n’étaient pas à la « hauteur », croyait-on. Au tour des hommes aujourd’hui de payer leurs manières brusques, une certaine arrogance et cette facilité de croire que tout leur est dû.

L’étonnante performance de Valérie Plante tient, à mon avis, à ce qu’elle représente le meilleur des deux mondes : une assurance d’homme dans un corps de femme qui transpire la candeur et l’absence d’artifices. On verra bien dimanche s’il s’agit d’une potion magique.

37 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 1 novembre 2017 04 h 07

    Bien sûr qu'on en veut

    Pourquoi pas? Mais on est toujours déçu des politicien(nes) à la longue. Applebaum, c'est pas celui qui a fait de la prison?

    • Louis Bourdages - Abonné 1 novembre 2017 09 h 08

      Et Tremblay l'«innocent » qui n'a pas fait !

  • Louise Collette - Abonnée 1 novembre 2017 06 h 36

    Élections

    Que Madame Plante soit élue ou pas, c'est un vent de fraîcheur, une nouvelle façon de faire de la politique, on en a bien besoin !!
    La bonne nouvelle si elle ne devient pas mairesse c'est qu'il y aura de l'opposition à l'hôtel de ville de Montréal :-)

    • Gilles Théberge - Abonné 1 novembre 2017 11 h 53

      Elle vaêtre élue. Le vent a tourné.

      Et elle n'est pas vide, comme l'était Mélanie Joly...

      Heureusement!

    • Jean De Julio-Paquin - Abonné 1 novembre 2017 13 h 16

      Je ne suis pas si optimiste que vous madame Colette. J'avais l'intention de voter pour madame Plante mais à la suite d'une entrevue qu'elle a accordée à Nathalie Pétrosvsky dans la Presse, j'ai déchanté. Dans cette entrevue madame Plante affirmait être une militante de '' White Guilt'' (culpabilité blanche). Wikipédia défini le White Guilt comme une idéologie préconisant une forme de culpabilité des blancs pour le préjudice résultant d'un traitement raciste ou esclavagiste sur les minorités ethniques au niveau historique. Nous considérons cette idéologie malsaine pouvant entrainer des dérives communautaristes. Je ne suis pas le seul à me méfier du White Guilt. Plusieurs personnes de mon entourage change leur fusil d'épaule et voit dans l'élection de Denis Coderre un moindre mal.

    • Louis Sévigny - Abonné 1 novembre 2017 17 h 38

      Monsieur Julio-Paquin
      Demander à La Presse de ne pas appuyer un Libéral, c'est comme demander à quelq'un de se couper un doigt... Rien de surprenant que Petrovsky cherche les bibittes

  • Danielle Houle - Abonnée 1 novembre 2017 08 h 02

    Fin d'une ère

    Est-ce possible que le "peuple" soit tanné des petits rois comme Coderre ou Labeaume ou autres roitelets ?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 1 novembre 2017 08 h 08

    Comme professeur avec Jean Chrétien

    et ses commandites,on a vu mieux.Les magouilles sont passées de mode.Ne pas répondre a combien de billets vendus et donnés situe le personnage amplement.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 1 novembre 2017 08 h 18

    Je voterais quand même Coderre

    Coderre a mis Montréal sur la carte, a mis de l’ordre dans la ville. Ce qui lui nuit : sa suffisance, notamment dans la formule de courses électriques. Un excès de suffisance! Si j’étais Montréalais, je voterais quand même Coderre en raison:- de l’inexpérience de son adversaire -- du bilan positif de l'administration Coderre -- de l'équipe entourant le candidat.

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 1 novembre 2017 09 h 08

      De l'ordre dans la ville? Cher monsieur, dans quel quartier vivez-vous? Et avez-vous essayé de vous déplacer récemment? Et comment peut-on dire, comme le fait François Cardinal de La Presse (!), que M Coderre a réglé le problème de la corruption? Je demande des preuves. Et si on ne votait que pour les politiciens expérimentés, on se retrouverait toujours avec les mêmes partis et les mêmes idées, ou plus exactement, le même manque d'idées. Au fait, n'est-ce pas exactement ce qui se passe au niveau provincial depuis une bonne quinzaine d'années?

    • Jacques Morissette - Abonné 1 novembre 2017 09 h 25

      Un politicien qui a trop d'expérience, parfois douteuse, c'est dangereux. Et puis, si on parle d'expériences avec les politiciens sur la carte du politique, mise-à part la science de l'opportunisme personnel dont souvent ils se servent, très peu en ont.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 novembre 2017 11 h 09

      @ Mme Jeannotte

      Oui, Coderre a mis de l’ordre dans la Ville après l’ère du maire Tremblay dont l’administration a été jugée à la Commission Charbonneau.
      D’ailleurs un des bras droits de Coderre, soit M. Bergeron, est un ancien de Projet Montréal.

      Quant aux problèmes de circulation, ils sont justement reliés : - à la négligence sous l’administration précédente –à l’augmentation du nombre de véhicules dans les rues.

    • Hélène Paulette - Abonnée 1 novembre 2017 11 h 17

      Monsieur Grandchamp, vous répéter une ânerie issue du "marketting" du 375ème. Montréal est sur la carte depuis longtemps...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 novembre 2017 12 h 37

      @ Mme Jeannotte

      Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Oui, Coderre a apporté une solution pour contrer la corruption en nommant un inspecteur général à la Ville de Montréal, soit Denis Gallant. Ce dernier était, auparavant, procureur en chef adjoint de la Commission Charbonneau.

      On est très loin de l'ère Tremblay! Montréal a fait un gros pas en avant!
      Oui, Coderre a mis Montréal sur la carte en sortant sa Ville de l'ère misérable des Tremblay, Applebaum et cie.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 novembre 2017 19 h 30

      Vous voteriez Coderre à quelle condition?