De retour après la pause

Quand la souveraine cinquantaine se rend visible et nargue notre regard en se dépouillant de ses artifices. Cinquante est le nouveau quarante.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quand la souveraine cinquantaine se rend visible et nargue notre regard en se dépouillant de ses artifices. Cinquante est le nouveau quarante.

Avec tout cela, nous avons oublié de souligner la Journée mondiale de la ménopause (pause des ménos), le 18 octobre. J’allais vous en parler et puis #MoiAussi est venu souligner la semaine mondiale de la pulsion hormonale et de la gonade dégoupillée, pour rester polie.

J’allais lever un autre tabou sur cette période de vie houleuse qui frappe les femmes dans la cinquantaine (et certaines bien avant), ces créatures au pinacle de leur expérience professionnelle, à qui on ne la fait plus et qui deviennent peu à peu invisibles en société.

Plus jeunes, on nous agresse, plus vieilles, on nous jette. Nous sommes à la fois coupables de susciter le désir et de ne plus faire bander. Quel programme ! De viande fraîche à viande séchée, pour terminer en « viande froide », une expression journalistique qui désigne cet ultime papier sous forme de panégyrique pour une personne qui vient de trépasser.

 

C’est l’époque où nous passons de fée à sorcière, comme l’a écrit la sexologue Jocelyne Robert dans Les femmes vintage. Et la valse des hormones amène son lot de désagréments plus ou moins sérieux. J’ai lancé une bouée sur Facebook, certaines m’ont envoyé des messages de détresse privés. Un homme aussi, désemparé de voir sa conjointe sombrer sans aide du corps médical, ces femmes complètement larguées avec leurs symptômes de mégères, leur anxiété cyclique, leurs insomnies chroniques, leurs vertiges, leur acné gênante, leurs trous de mémoire, leurs bouffées de chaleur, leur peau sèche, cheveux secs, vagin sec mais yeux et coeur humides.

La léthargie, le spleen, la perte de libido, tout y passe. Tiens, une « qui préfère demeurer anonyme » m’écrit sur son calvaire dès 39 ans : « Idées suicidaires, crises de panique paralysantes, impression douloureuse d’être prise dans un étau, fatigue extrême de jour et énergie survoltée la nuit, dormir deux-trois heures pendant des mois complets. » Des années qu’elle décrit comme la grande noirceur. Les hormones semblent lui avoir sauvé la vie et la mémoire…

Lorsque la gynéco m’a tendu une ordonnance pour faire de la physio de la vulve, je suis restée pétrifiée. Je m’étais luxé le frifri ? Pourtant, je n’abuse pas, je suis mariée à un féministe andropausé qui pousse l’empathie jusqu’à se taper les sueurs nocturnes à ma place, pas à un dragon alpha libidineux. On préfère la qualité en vieillissant.

Effets secondaires de la ménopause, semble-t-il ! J’étais déjà passée par la vestibulodynie à 23 ans, une affection dont on ne parle ja-mais et qui touche 8 à 21 % des femmes. Et ne comptez pas sur moi pour vous l’expliquer ici. C’est mon côté niqab. Chacune ses pudeurs. Googlez-vous un mot en « v » et faites-vous infuser une camomille.

Finalement, j’ai réglé ça par moi-même avec de l’acide hyaluronique et des incantations de sauge. À 23 ans, j’étais passée au laser. Je suis même allée consulter une sorcière qui m’a donné une crème lubrifiante (Lubriva) à base d’huile de rose musquée et d’onagre. « Tu peux aussi t’en servir comme crème de nuit anti-âge », m’a dit la sorcière. Vous devriez me voir le sourire. Métamorphosée.

Chacune son truc : mon amie Suzanne, aujourd’hui âgée de 76 ans, est allée consulter les herboristes du Chinatown il y a 25 ans. Ils lui ont prescrit du ginseng et de la vitamine E. Ouste, les symptômes durant dix ans.

Pour ma part, les hormones bio-identiques depuis quatre mois ont déplacé les problèmes d’insomnie, de manque d’énergie, de sécheresse, pour les transformer en anxiété, nausées, perte d’appétit et reflux. J’ai le choix entre la peste et le choléra. L’hormonothérapie est loin d’être une science exacte : chaque femme est unique.

Comme me l’a souligné ma médecin de famille, on se retrouve avec de nouveaux médicaments pour traiter les effets secondaires des premiers. Antidépresseurs, somnifères et anxiolytiques sont très présents dans la pharmacopée de la femme de cinquante balais, quand elle n’est pas carrément référée en psychiatrie. Nous sommes de bonnes clientes au département des « folles finies » ou à la SAQ. Si le chardonnay est efficace pour Hillary Clinton, c’est bon pour nous aussi.

En désespoir de cause, je me suis inscrite à des cours de yoga hormonal (si, si, on verra), je me remets aux aiguilles chinoises et j’opte pour la tisane de framboisiers ; une adepte m’a écrit que c’est ce qui l’a sauvée du naufrage. Pourquoi faire simple quand on est née « compliquée » ?

La crise de la ménopause coupe en deux avec brutalité la vie féminine ; c’est cette discontinuité qui donne à la femme l’illusion d’une “ nouvelle vie ”

 

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Se faire traiter de « ménopausée » est une insulte, n’en doutez pas ; je me rappelle la réaction outrée de la comédienne Anne Casabonne aux Dieux de la danse encaissant cette pique de Serge Denoncourt qui faisait sûrement de la projection.

En principe, de la glorieuse trentaine nous passons à la splendide quarantaine, puis à la souveraine cinquantaine et à la sereine soixantaine. C’est sans compter sur le DNBC, le déficit neurobiologique de la cinquantaine.

La ménopause se vit dans un linceul de solitude car elle est synonyme de perte de pouvoir. Et les hommes sont pour le moins réticents à en parler avec nous. Les pauvres, il faut que le mystère subsiste. Heureusement qu’il nous reste la sagesse et les groupes privés sur Facebook.

Pour me « dérider », je lis Une apparition de la journaliste Sophie Fontanel, une quinqua courageuse qui a décidé de se laisser pousser la raie et de vivre l’arrêt de la teinture en photo-réalité sur Instagram. La Cruella la plus sympa de Paris décrit avec humour la progression de son enneigement capillaire, sans économie d’autodérision, de vérité et de complicité pour le genre féminin sur le « déclin ».

Son délicieux récit est un cri de liberté qui va bien au-delà de l’esthétique, une reprise de soi qui nous révèle combien la pression sociale impose aux femmes d’être le miroir du jeunisme ambiant. Celles qui osent arborer une crinière blanche nous narguent en se rendant visibles. « Je le fais pas pour assumer mon âge. Je le fais pas par renoncement à une puissance que serait la jeunesse. […] Je le fais pour apparaître », explique Fontanel.

Ainsi soient-elles, bordel.

Le docteur l’a dit

Cher Dr de l’ORL,

Lorsque vous m’avez diagnostiqué une pharyngo-laryngite de reflux reliée au stress cet été, je me suis dit que j’étais en vacances depuis trois semaines et que c’était bien étrange d’avoir l’estomac dans la gorge. Puis, j’ai découvert que les hormones que je prenais étaient la cause de mes maux et raclements énervants. Vous m’avez aussi détecté un type A (motivée, ponctuelle, disciplinée) pour expliquer ce stress. Je ne sais si cela fait partie de vos compétences, mais j’ai tout gobé. Et pour finir, la phrase qui tue : « Les femmes de votre âge, avec votre shape, sont toutes des compulsives. » Voyez, le problème avec les bonnes femmes, c’est toujours perdante-perdante. Nous faisons de l’embonpoint, c’est notre faute ; nous sommes minces, ce l’est aussi.

Personne, jamais, ne dirait cela à un mec. Bon, un mec ne pleurerait pas non plus en sortant du bureau du médecin, je vous l’accorde. Ce doit être hormonal. Je vous prescris à mon tour un remède fort efficace, qui illustre le deux-poids-deux-mesures, cette vidéo de l’humoriste française Blanche Gardin. Avec elle, pas de sentiments, elle vous remet les gonades mâles à leur place. Elle y parle fellation, massage et drague. Répétez au besoin.

Suivi Sophie Fontanel sur Instagram. Elle ensorcelle les hommes avec sa crinière blanche après avoir écrit dans L’envie qu’elle se mettait au chômage côté libido. Elle souligne que le hashtag #grannyhair comprend 200 000 occurrences (290 759 en date d’aujourd’hui), #whitehair 500 000 (passé à 811 809 maintenant) et #greyhair à 600 000 (1 142 286 publications). Ça donne vraiment envie de passer chez le coiffeur.

Lu avec attention le texte de Martine Delvaux dans La Gazette des femmes. M.É.N.O.P.A.U.S.E. Ça fait un bien fou. Même chez les féministes, le sujet demeure tabou, comme si nous avions peur de nous-mêmes et de ce que nous ne contrôlons pas du tout. Un vent de liberté nous traverse enfin, et Martine, 47 ans, a l’impression d’avoir renoué avec l’adolescence.

Aimé le blogue de la méno pin-up, Christine Foley. Tout y est, et sans niqab. C’est l’antisexe assuré, mais une catharsis comme une autre. 

Apprécié la proposition d’Ashton Applewhite de s’unir contre l’âgisme envers les femmes comme nous nous sommes unies contre le sexisme dans les années 1960-1970. Ce sera long, si on en juge par la révolution « culturelle » des deux dernières semaines. Mais cette autre révolution est nécessaire vu le nombre de femmes de plus de 50 ans : 1 milliard 200 millions en 2030. 

2 commentaires
  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 27 octobre 2017 07 h 50

    Avoir la sagacité de récuperer autrement . . .


    " La consigne n'a pas changé , dit l'allumeur . C'est bien là le drame . "
    ( Le Petit Prince - Antoine de Saint-Exupéry )

    Mais , j'OSE croire qu'intérieurement , nous pouvons individuellement ,
    s'élever au - delà comme " Jonathan Livingston le goéland "
    et interpréter notre vie de femme autrement et plus favorablement ! ? !

  • Nadia Alexan - Abonnée 28 octobre 2017 11 h 38

    Il faut voir le bon côté de chaque étape de la vie!

    Je ne comprends pas l'angoisse exprimée par madame Blanchette ici, sur la condition féminine durant la ménopause de femmes occidentales. Et pourtant, dans les pays du tiers monde, la ménopause se passe dans toute sérénité, pendant une étape naturelle de la vie des femmes.
    Tout ce que j'ai ressenti au courant du passage de la ménopause c'est un peu de chaleur surtout la nuit, alors j'ouvrais les fenêtres même en hiver! Chaque étape de notre vie a sa beauté et son épanouissement, pourvu que la santé soit au rendez-vous.
    Les ainées sont choyées ces jours-ci, car elles ont le choix de s’inscrire à des cours universitaires, poursuivre des études, s'impliquer dans des comités politiques pour changer les choses, faire du sport, voyager, etc. Les poursuites intellectuelles ne manquent pas! Il faut voir le bon côté de chaque étape de la vie!