Noir désir

Toute la semaine, j’ai réprimé des haut-le-coeur en parcourant mon fil d’actualité Facebook. Des #MoiAussi et #MeToo pudiques qui se déroulaient sur fond noir, mais parfois accompagnés d’un long descriptif d’épisodes de harcèlement, de voyeurisme, de tripotage, de viol, de 5 à 50 ans. Ça n’arrête pas.

Le danger de se retrouver avec un tribunal populaire sur les réseaux sociaux est bien réel. Voilà lorsque la vraie justice peine à accomplir son travail. 96 % des agresseurs sont des hommes et 84 % des victimes, des femmes, selon les statistiques du gouvernement du Québec. Et seulement 5 % des agressions sont dénoncées. Les Gilbert Rozon de ce monde ont encore de belles nuits devant eux.

 

J’ai aussi lu des hommes. Empathiques, mal à l’aise d’être porteurs du XY, compatissants pour le sexe « faible », outrés, sur la défensive ou carrément idiots. Certains se sentent visés par #Balancetonporc et par #toiaussi (statut que la professeure et féministe Martine Delvaux a dû effacer parce que les « porcs s’emballent »), où des prénoms ont commencé à percoler, Alexis, Simon, Stéphane, Julien, Jason, Daniel, Nicolas, Maxime. De quoi se calmer les dolly sisters et ranger les estampes japonaises. La peur change de camp. Et on espère que les noms de famille suivront.

On a vu cette semaine que même des hommes baraqués de six-pieds-deux craignent un petit Éric Salvail qui s’aère le plumeau.

Quoi qu’il en soit, ce nouvel épisode dans les relations hétéros risque d’être encore plus abrasif que les précédents et d’émousser le charme de la séduction.

Jean-Guy se demande si on peut encore dire à une personne (notez la neutralité du terme) qu’on la trouve belle et désirable ? Claude répond : « À sa femme, oui, mais avec prudence. » Un autre souligne que le dernier refuge de « l’homme à femmes » est le BDSM (bondage, domination, sadomasochisme). Un dernier pense que dans le milieu de travail, c’est à proscrire.

Nos rapports vont-ils devenir si aseptisés que nous ne pourrons plus nous plaire sans formulaire de consentement notarié ? Le harcèlement et l’agression évoquent notamment un manque de vocabulaire dans le grand dictionnaire du jeu amoureux.

N’avoir que bite en poche ou repartir sa bite sous le bras peut-il se traduire autrement que par la goujaterie perpétuelle et la muflerie du jeu de pouvoir ? C’est faire fi de l’intelligence, du non-dit et du plaisir de s’aguicher mutuellement.

Ça se passe tout le temps — à Hollywood et partout… Dans les bars, les restaurants, les magasins. Les femmes sont agressées, abusées, harcelées et vues comme des objets sexuels pour servir les désirs d’un homme plutôt que comme des êtres humains à part entière.

 

Has been, les fleurs ?

À l’heure du swiping à droite et du trois-minutes douche comprise, où les photos de parties intimes font office d’authenticité (Éric n’est pas seul), il est certain que le grand jeu de la séduction (oui, oui, on joue jusqu’à ce que ce ne soit plus un jeu) exige un peu de temps, d’humour, d’élégance et de subtilité, quitte à passer pour ringard.

Disons à l’inverse d’un Gérard Depardieu qui a mentionné devant témoins à l’animatrice Catherine Beauchamp (Le tapis rose) qu’elle le faisait bander et qu’il la baiserait bien dans sa chambre. Ah mais c’est Gérard ! Il faudrait en être flattée. DSK pensait la même chose, je suppose. Gilbert et les autres aussi.

Le pouvoir permet de couper court aux approches cérémonieuses. Expédier des fleurs n’a jamais été aussi has been. On envoie plutôt un dessin de son boudin blanc en passant par l’application Dick Code et en ne risquant pas de représailles futures grâce à la revenge porn, la vengeance publique les culottes baissées.

Beaucoup d’hommes sensibles se demandent désormais comment s’y prendre pour ne pas passer pour de vulgaires peloteurs.

Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons

 

Quelques indices qui ont fait leurs preuves : si la fille ne vous regarde pas dans les yeux ; si elle arbore un petit rire niais ; si elle se tait avec un air de tarte à la ferlouche ; si elle parle météo ; si elle vous demande des nouvelles de votre femme ou de votre mère ; si elle appelle le barman et commande un « Angelot avec glace » (le code pour indiquer qu’on se sent agressée) ; si elle dit non merci ; si elle semble avoir vu un grizzly…

Voilà autant d’indices qu’elle n’est pas intéressée à danser le flamenco ni à jouer les Anne-Marie Losique dans les bras de Ben Affleck. Ce même Ben, protégé d’Harvey Weinstein, paria à la une du Time de cette semaine pour l’Oscar du manspreading, le grand écart.

L’icône d’Hollywood, Mae West, n’en aurait fait qu’une bouchée et l’aurait gratifié d’un : « C’est un pistolet dans ta poche ou tu es simplement content de me voir ? »

J’ai dit à la personne responsable de vos studios que HW m’avait violée. Encore et encore, je l’ai dit. Il a répondu que ce n’était pas prouvé. J’ai dit que j’étais la preuve.

 

Et plus, si affinités

L’approche galante est un art civilisé qui sert les besoins de la reproduction, un art qui se perd, surtout en cette époque virtuelle où les habiletés sociales peu stimulées et la pornographie à portée de main peuvent affaiblir les facultés. Fast-food et fast-fuck sont au goût du jour.

Je prenais un verre avec une amie française cette semaine. Belle femme de 45 ans qui fréquente un Africain de 26 ans depuis 10 mois. « Nous étions dans un bar. Je l’ai ignoré, je lui ai dit d’aller se chercher des p’tites chicks. Il m’a répondu que ça ne l’intéressait pas, qu’elles lui faisaient “ la totale ” en 15 minutes. Je l’ai informé que la pénombre m’avantageait, rien n’y a fait. Il nous a offert des shooters, à mes amies et moi, très old fash, très classe. Il m’a courtisée, ça fait vintage. Moi, j’étais pas là pour draguer ; je célébrais mon anniversaire et je m’amusais. De toute façon, en 22 ans au Québec, j’ai dû me faire aborder deux fois. Ici, c’est sans odeur, sans couleur et sans saveur. Je ne sais pas comment ils font pour se rencontrer ! En France, on se fait draguer chez le boucher, dans la rue, partout. »

Cette amie trouve les Québécoises très autonomes, très « je paye mon addition et tu te branles », mais s’interroge sur la possibilité de jouer à se séduire entre adultes consentants. Elle est loin d’être la première Européenne à me faire part de ses doléances côté drague. « Y’a que les étrangers qui savent encore y faire. Mais je suis obsolète… »

Obsolète ? Si ne pas se sauter dessus comme des gorilles en rut est jugé dépassé par ce qu’on qualifie de civilisation moderne, je veux bien être étiquetée « vieux jeu ». Au fond, c’est le mot « jeu » qui m’intéresse.

Acheté Les Inrockuptibles, « Cantat en son nom ». Je vais vous épargner 10 $ ; il n’y a rien de chez rien dans cette entrevue du meurtrier de Marie Trintignant (et ex-chanteur de Noir Désir) revenu se faire applaudir. Les Inroks se sont fendus d’une lettre d’excuse à leurs lecteurs devant le tollé suscité par ce racolage impudique. J’apprécie par ailleurs la réplique du Elle France avec « Au nom de Marie » : « Marie Trintignant, on ne t’oublie pas. Il faudra davantage que la médiatisation obscène de Bertrand Cantat (Les Inrockuptibles du 11 octobre) pour éteindre ta flamme. »

Aimé Pourquoi les filles ont mal au ventre ? de Lucille de Pesloüan et l’illustratrice Geneviève Darling. Un album québécois à placer entre toutes les mains. Chaque dessin met en lumière un motif de mal de ventre, soit les inégalités salariales ou sociales. « Les filles ont mal au ventre de voir que, quand elles dénoncent un abus, on les traite comme si elles étaient coupables de l’avoir provoqué. » Les filles ont mal au ventre de tant de choses qu’on se demande si cela va changer un jour.

Ressenti un profond malaise en regardant l’interview accordée par Ben Affleck, en 2004, à l’animatrice Anne-Marie Losique. Même si elle était consentante, le non-dit et l’abus de pouvoir crèvent l’écran.

Trouvé un petit test en huit questions qui nous explique la différence entre du harcèlement et ce qui n’en est pas. Sortir sa bite devant ses collègues de travail, c’est manifestement du harcèlement doublé d’exhibitionnisme (pour ceux qui se posaient la question).

Des années 1920 à 2017

J’ai écouté avec intérêt l’entrevue qu’a donnée l’actrice et réalisatrice porno française féministe Ovidie (Éloïse Becht) à Entrez sans frapper lundi. Invitée à discuter de son dernier livre (on le recevra en novembre), elle y parle de l’industrie, plus violente qu’auparavant et où on demande des choses très hard aux filles. Elle y commente aussi l’affaire Weinstein : « Twitter est plus accueillant qu’un commissariat. La honte change de camp. » D’une autre époque, un siècle plus tôt, ces extraits des meilleures lignes de l’icône hollywoodienne des années 1920 à 1940, Mae West, répliques savoureuses qu’elle écrivait elle-même, font sourire. L’animateur Jacques Beauchamp lui consacrait une émission récemment à Aujourd’hui l’histoire (ICI Première). Un personnage délicieux et une légende hors-norme à qui on ne la faisait pas.

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 20 octobre 2017 01 h 33

    Peut-être que les vrais joueurs sont rares

    A chaque fois que j'ai essayé de normaliser ma relation je fus décu,et pourtant j'ai tout lu le marquis De Sarde et ce avec attention, ni le vice ou la vertue me sont apparus viables, je croient que dans un cas comme dans l'autre, ca doit demeurer un jeu, voila la phrase que j'aime bien, peut-être que les vrais joueurs sont rares

  • Clément Doyer - Abonné 20 octobre 2017 08 h 49

    Et puis merde!

    "Cette amie trouve les Québécoises très autonomes, très « je paye mon addition et tu te branles », mais s’interroge sur la possibilité de jouer à se séduire entre adultes consentants. Elle est loin d’être la première Européenne à me faire part de ses doléances côté drague. « Y’a que les étrangers qui savent encore y faire."

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 octobre 2017 13 h 41

    La sélection de la photo du mannequin japonais est une mauvaise idée

    Nous savons pourquoi.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 20 octobre 2017 15 h 27

    Ça vous a fait du bien?



    On jase.

    C'est l'impression qui me reste une fois cette chronique bien lue jusqu'au bout. Comme dans..."Ben ça a été l'fun d'en parler, pis toi à part ça, pis ton fils, comment y va...?"

    Parce que le "Petit manuel 101 de ce qui passe ou ne passe pas" c'est de la tarte.

    Être dégueux, c'est comme être enceinte: ou tu l’es, ou tu ne l’es pas, point final, il n'y a rien entre les deux. Ça s’arrête là.

    Le mec qui ne l'est pas n'a ici rien appris et celui qui l'est, il le restera.

    La frontière entre les deux, elle fait un mètre de large et elle clignote en rouge, énarvée comme un stroboscope. Mais le dégueux, lui, il est aveugle. Et sourd.

    Le mec qui ne l'est pas pourra avoir 100 filles à diriger pendant 40 ans et il ne se passera strictement rien, alors que l'autre, s'il en a trois, c'est trois de trop, et dès la première journée.

  • Denise Trépanier - Abonnée 20 octobre 2017 15 h 40

    Denise Trépanier

    Le malaise que je ressens viens d'Anne-Marie Losique qui a l'air de prendre un grand plaisir aux avances de ce Monsieur. Elle joue la sainte nitouche alors qu'en sexualité et érotisme, c'est une experte.