Découvrir la cuisine autochtone une bouchée à la fois

Pourquoi n’a-t-on pas davantage accès au répertoire culinaire des communautés autochtones ? Pourquoi est-ce généralement par petites touches, lors d’événements culinaires ? Ou bien on en parle dans le cadre d’une initiative communautaire du type « mieux nourrir la communauté », ou bien c’est toujours de façon dramatique — malbouffe, prix exorbitant des denrées… Il me semble que nous sommes prêts pour aller plus loin.

Métro Atwater, Montréal. Au square Cabot, derrière l’édicule Sainte-Catherine où s’affairent des ouvriers de la construction, se trouve le café autochtone La Maison ronde. Du moins se trouvait, car la troisième saison de ce projet porté par le groupe communautaire L’Itinéraire, en partenariat avec l’arrondissement de Ville-Marie, vient de se terminer.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La coordonnatrice de La Maison ronde, Mélodie Grenier (à gauche), avec Shirley de Wind et Sarah Alaku, qu’elle a embauchées. La saison du café autochtone à vocation communautaire s’est terminée le 20 octobre.

Dans cette vespasienne octogonale, la coordinatrice Mélodie Grenier et sa petite équipe se sont activées, de la fin de mai jusqu’au 20 octobre, pour servir, entre autres, des cafés, des tisanes, des salades et des sandwichs sur pain bannique. Sans le folklore, sans les plumes, mais avec beaucoup d’authenticité humaine. Celle d’un projet de réinsertion remettant dans le circuit social des personnes en difficulté issues de diverses communautés autochtones.

Cette année, la communication fut mieux orchestrée : un dossier spécial autochtone est paru à la mi-août dans la revue L’Itinéraire, les réseaux sociaux ont été proactifs et un chef invité de la Colombie-Britannique, George Lenser, a repensé le menu. Plus de buzz, plus de monde, malgré les journées de pluie estivales, malgré les travaux.

J’ai mangé à l’une des tables colorées extérieures une bannique version taco indien généreusement garnie de viande hachée de boeuf avec tomates, oignons, poivrons et piments, le tout recouvert de cheddar orange râpé et de crème sure. Trop bon. Bien loin de ce qui est vendu dans les chaînes envahissantes alentour. J’y suis même retournée pour goûter à la version bannique sucrée.

Un vaste territoire

Où trouve-t-on, à Montréal, des endroits qui nous connectent juste un peu et à longueur d’année avec ce vaste territoire culinaire autochtone ? À ma connaissance, nulle part. Maintenant, il va falloir attendre que ce projet de café autochtone rempile pour une quatrième saison sous réserve d’une reconduction de l’entente. « Je vais me mouiller en disant que l’arrondissement de Ville-Marie est vraiment satisfait de cette troisième saison, malgré les aléas de la météo et de la construction, et que nous devrions doubler notre impact pour l’an prochain », s’avance Luc Desjardins, directeur général de L’Itinéraire. Réponse officielle début décembre. Et prochain bon sandwich bannique urbain sans travaux en mai 2018.

Photo: Jason Picard-Binet Patrick Boivin, de la nation Atikamekw. L’événement À la rencontre des grands chefs permettait de goûter 11 bouchées pour 11 nations autochtones.

Fin août, début septembre. Une semaine pendant laquelle un plat d’inspiration autochtone fut mis au menu des restaurants participants et un week-end de dégustation où les gastro-visiteurs se sont déplacés de table en table : 11 bouchées pour 11 nations. À la rencontre des grands chefs s’est certes bouclé un peu à la dernière minute en raison de certains feux verts financiers se faisant attendre, mais pour une première, l’événement est parvenu à vendre tous ses billets d’une trentaine de dollars au Fairmont Le Château Frontenac.

Ce qui a plu ? Toutes ces histoires savoureuses racontées derrière chaque kiosque par un binôme constitué d’un chef de la ville de Québec et d’un ou de plusieurs représentants (chef, cuisinier ou autre) d’une communauté autochtone. Ces récits gourmands ont nourri par la suite les commentaires et les retours positifs.

« Personnellement, j’ai envie de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés à une déconnexion ; le transfert de connaissances, le lien avec la terre… À travers ce premier événement culinaire, il y a avant tout un désir relationnel et culturel. Je voulais une façon apolitique d’y parvenir. La gastronomie est un bon prétexte. Nous sentons que nous avons touché quelque chose. Nous allons travailler plus en profondeur ; ce n’est que le début. L’ambition est de devenir la référence québécoise pour tout ce qui touche la culture autochtone culinaire, sans pour autant en faire un brand », m’avait alors confié sur place Steve Barakatt.

Le pianiste québécois de renommée internationale (il venait de recevoir les honneurs du gouvernement de la Corée du Sud lorsque je l’ai rencontré) aurait pu choisir la musique, son terrain d’expression artistique naturel. Mais avec Les Grands Événements artistiques de la ville de Québec, cet OBNL mis sur pied il y a un an et qu’il préside, les partitions retenues peuvent être culinaires.

Une deuxième édition

D’où une deuxième édition déjà entérinée qui se tiendra à la même période, au même endroit, avec les mêmes partenaires (Fairmont Le Château Frontenac, Tourisme autochtone Québec et d’autres, sans doute), avec une place plus grande faite à la culture autochtone. On pense à des danses, à des conférences, à des démonstrations culinaires, à un espace boutique…

Photo: Sophie Suraniti Une bannique servie au café La Maison ronde

Surtout, le comité organisateur devrait s’y prendre beaucoup plus tôt pour obtenir plus de moyens, afin qu’une « vraie » relation culturelle entre les participants se noue et que l’événement reflète cette relation construite au fil des mois. Car la plupart des chefs de la première édition ont dû se contenter du téléphone ou du courriel. « J’espère aussi que nous aurons les infrastructures pour reproduire les modes de cuisson autochtones, comme les feux sur perches ou la cuisson dans le sable. Il faudrait également mettre la main sur certains produits, notamment le gibier sauvage, qui goûte vraiment différent », indique déjà Frédéric Cyr, directeur culinaire au Château Frontenac. Rendez-vous, donc, en septembre 2018.

D’ici là, je peux courir les rares tables du Québec qui s’inspirent de ou qui se rapprochent le plus de… Mais forcément, nous sommes constamment dans une cuisine de réinterprétation, une cuisine de métissage. 11 nations, 55 communautés, une population jeune, il y aurait de quoi faire non? Aussi, je vous propose quelques chroniques à venir sur le sujet. Rendez-vous la semaine prochaine avec des saveurs malécites et inuites. Pour goûter davantage.


Dans mon panier d’hiver bio, plus de flexibilité !

Ma première rencontre avec les Bio locaux remonte à 2014, au marché Jean-Talon de Montréal. Enfin, il était possible de mettre la main sur des produits issus d’une poignée de fermes locales maraîchères certifiées biologiques ! Depuis, je leur ai acheté des kilos de tomates italiennes, de betteraves et de fruits pour faire des conserves.

Et depuis, d’autres producteurs biologiques ont rejoint ce regroupement membre de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPE) et du réseau des fermiers de famille d’Équiterre. Aujourd’hui, Bio locaux est devenu un « gros » fermier de famille, en fait le principal fournisseur pour le Grand Montréal et Sutton (le réseau d’Équiterre couvre neuf régions québécoises).

Grossir lui permet d’offrir plus de variété et plus de flexibilité. Ainsi, deux choses vraiment intéressantes s’ajoutent cet hiver aux abonnements paniers. 1) On peut commander d’autres produits, comme des oeufs, du pain (dont un sans gluten), de la viande. 2) La formule mini-marché permet de recomposer un peu son panier lorsqu’on va le chercher à son point de livraison.

Par exemple, n’étant pas une dévoreuse de chou rouge, je peux le remplacer par autre chose. Si on s’inscrit aux paniers avant le 23 octobre, on court la chance de se faire rembourser 20 % de son abonnement.

fermierdefamille.ca
2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 octobre 2017 09 h 04

    ne dit-on pas que dans certains vins, il y a tout le mondede compris

    N'est-ce pas ainsi qu'évolue la cuisine, n'est ce pas la parfaite image de ce que nous sommes et que nous allons devenir, pouvons nous, nous imaginer sans l'apport de la nourriture, les futures molécules, ne sont-elles pas ce que nous allons devenir, je sais, je sais, je me complais dans un certains syncrétisme, mais c'est une partie de mes rêves d'enfance, pourquoi pas, imaginer que les belles fraises mures que je mangeais font parti de moi , les catholique n'ont-ils pas imaginés plus fantaisiste

  • Danielle Brossard - Abonnée 21 octobre 2017 17 h 53

    Dommage d’avoir manqué cet été (1) ce café autochtone que je ne connaissais pas et en plein cœur de Montréal … en plus, ce qui en fait une attraction touristique et (2) les «11 bouchées pour 11 nations» au Château Frontenac qui a eu lieu la dernière fin de semaine d’août et dont je viens tout juste de prendre connaissance dans le Devoir d’aujourd’hui.

    Rien n’est aussi fascinant que la nourriture autochtone, ne serait-ce que son fameux pain bannique, un pain traditionnel amérindien, qui est un pain plat, sans levure, composé d’eau et de farine dont les ingrédients étaient trouvés dans la nature comme divers types de racines trouvées dans la forêt ou le plus souvent de maïs, auquel on pouvait ajouter des noix, des baies sauvages ou du sirop fait de la sève des arbres, comme le sirop d’érable et enfin cuit dans le sable, à la broche ou sur une branche comme nos guimauves. Le pain bannique est une traduction du mot «pakwecikan» dans la langue atikamekw qui est de la famille algonquienne et qui veut dire «prendre avec ses mains» pour en prendre une bouchée.

    Un régal assuré que j’ai pourtant découvert dans un restaurant non autochtone !

    C’est une cuisine à découvrir et qui mérite certainement plus de visibilité.