Et si Montréal s’autochtonisait?

Le regard positif des autres sur notre environnement lui confère souvent un attrait que nous ne lui reconnaissions pas d’emblée.

Prenons par exemple l’offre touristique autochtone. Ce sont d’abord les étrangers, au premier chef les Français, qui se sont enthousiasmés pour les visites et les séjours qu’organisent depuis plusieurs lunes les Hurons-Wendats, les Attikameks, les Mohawks et les Inuits.

Dormir sous le tipi, assister à un pow-wow, taquiner le doré, partir en traîneau à chiens ou en rabaska… C’est un beau programme qui aujourd’hui nous séduit, les Québécois représentant la majorité des 800 000 clients annuels des entreprises de tourisme autochtone.

Photo: Montréal autochtone La Maison des Premières Nations à l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, conçue par l’architecte autochtone canadien Alfred Waugh

À Mont-Saint-Hilaire, l’artiste André Michel, natif d’Avignon mais Amérindien de coeur, valorise lui aussi la culture autochtone.

Depuis 17 ans, dans sa superbe Maison amérindienne, il organise des concerts, des ateliers d’artisanat et des expositions comme celle en cours, 375 ans d’histoire, les premiers contacts. Chapeau !

À Montréal, où il n’y a pas un seul restaurant autochtone, les Premières Nations sont surtout présentes au musée, de Pointe-à-Callière au Centre d’histoire de Montréal en passant par McCord. La construction de leur fameuse « ambassade » culturelle et touristique, annoncée l’an dernier, se fait d’ailleurs attendre…

Soit, le belvédère du mont Royal porte le nom du chef huron-wendat artisan de la Grande Paix, Kondiaronk.

Au Jardin botanique, un jardin a été créé en hommage aux 11 Premières Nations du Québec à l’occasion du tricentenaire de cette paix, en 2001. Les armoiries de la Ville arborent depuis peu un pin blanc, qui les représente.

Et d’année en année, depuis plus de deux décennies, ces nations se rappellent à notre bon souvenir le temps du festival Présence autochtone. Mais encore ?

Ici et ailleurs

Présentée ces jours-ci dans le cadre du Sommet mondial du design et de la programmation du 375e anniversaire de la ville, l’exposition Autochtoniser Montréal est loin de répondre à cette question !

Photos à l’appui, elle explore comment la culture autochtone s’exprime dans l’architecture des centres culturels, des écoles et autres établissements publics de la Colombie-Britannique, de la Nouvelle-Zélande et même de Taïwan, et… on en a plein la vue !

Chez nous, elle nous emmène entre autres à Odanak, au Musée des Abénakis réalisé par l’Atelier Pierre Thibault, ainsi qu’à Oujé-Bougoumou, à l’Institut culturel cri dessiné par l’architecte autochtone Douglas Cardinal. Mais, au final, elle met surtout en relief l’absence de constructions autochtones à Montréal.

Les 25 000 autochtones vivant sur ce fameux territoire non cédé — et pas de danger qu’on l’oublie par les temps qui courent —, représentent moins de 1 % de la population. Ceci explique donc cela.

Pour le Mohawk Philippe Meilleur, directeur général de Montréal autochtone, l’organisme à l’origine de l’expo, une ville qui s’enorgueillit de sa diversité culturelle, et ville UNESCO de design en plus, se doit néanmoins d’être à l’image de toutes ses communautés. « Mais ici, quand on pense à ce qu’on pourrait faire pour les autochtones, on pense à changer le nom d’une rue ! » dit-il.

« Des esplanades, des lieux publics avec une représentation de notre culture et de notre histoire, accessibles aux touristes et aux citoyens, c’est bien, ajoute-t-il, mais il faut aussi des milieux de vie autochtones. »

Des milieux de vie demandés

L’expo donne à voir un projet concret en ce sens : Nations sur le fleuve, de Johanne Aubin Design. Proposé à Verdun, en bordure du Saint-Laurent et à proximité de la maison Nivard-de-Saint-Dizier, site d’une occupation amérindienne datant de plus de 5000 ans, il consiste en un centre culturel et un camping urbain. « Ce serait un lieu qui nous reconnecterait avec la nature, à l’histoire, qui serait ouvert aux Montréalais, mais où les communautés autochtones pourraient aussi tenir certaines cérémonies, pow-wow et potlatch », dit le directeur.

Ultimement, Philippe Meilleur souhaite l’élaboration, de concert avec le Bureau du design de la Ville, d’un guide de design autochtone, comme il en existe un, souligne-t-il, à Auckland, en Nouvelle-Zélande.

Ses principes s’appliqueraient aux prochains chantiers de construction montréalais destinés aux Première Nations, comme le projet de logement social de l’organisme, rue Gaétan-Laberge à Verdun. « C’est en faisant des chantiers qu’on va développer nos compétences et interpréter notre culture dans du concret », fait-il valoir.

En attendant, installés dans le hall Viger du Palais des congrès, tipi, maison longue et tupik inuit servent littéralement de supports à une exposition qui nous fait voyager dans les possibles de l’architecture autochtone, jusqu’au 25 octobre prochain.


 

Ces jours-ci, je dévore un essai qui vient de paraître chez Boréal : Le piège de la liberté. Les peuples autochtones dans l’engrenage des régimes coloniaux. Il est signé par Denys Delâge et Jean-Philippe Warren. C’est une histoire bien laide, on la connaît, que celle de la rencontre des Européens et des « sauvages ».

Les auteurs l’analysent du point de vue de la nouvelle place à laquelle les dominants reléguaient les Amérindiens dans l’ordre du monde, une place qui les a désemparés avant de les briser.

Avis aux intéressés : l’anthropologue Serge Bouchard animera l’entretien public que donnera Denys Delâge au Salon du livre de Montréal, le 19 novembre prochain à 14 h.

2 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 21 octobre 2017 01 h 23

    «Dormir sous le "tipi"» au Québec (!)

    Sans commentaire.

    JHS Baril

  • Denis Paquette - Abonné 21 octobre 2017 08 h 26

    des milliers années avant nous

    Allons-nous avoir le courage de reculer d'avant notre venu, et jeter un regard sur les milliers d'années avant notre apport, ils devaient sans doute avoir des règles viables puisqu'ils ont survécus pendant toutes ces années, il est évident qu'en Amérique du sud ou du nord, que notre venu a changer, leur vie, en fait n'étaient-ils pas des sortes de transhumants, des gens, capables d'observer attentivement la terre et le ciel, que savons-nous des mythes qu'ils respectaient, sommes nous capables d'y revenir, meme si ce n'est que comme curiosité