Des villes vertes et résilientes

L’Organisation des Nations unies estime que 75 % de la population mondiale vivra en milieu urbain en 2050. Cette concentration démographique aura des conséquences sur la pollution environnementale et la santé physique et mentale des résidants. Les changements climatiques aussi ont et auront de plus en plus d’impacts sur la qualité de la vie en ville et nous obligent à réfléchir à des mesures de mitigation.

Pour y arriver, la solution se trouve, en grande partie du moins, dans la valorisation des infrastructures naturelles, l’utilisation des phytotechnologies et la présence de la nature autour des habitations.

Photo: Lise Gobeille Les espaces verts publics, comme les pistes cyclables végétalisées, favorisent l’activité physique quotidienne, telle que la marche, la course et le vélo, et ils peuvent même la motiver.

Le végétal et la santé

Faire un tour au parc permet facilement d’observer que les espaces verts publics favorisent l’activité physique quotidienne, telle que la marche, la course et le vélo, et qu’ils peuvent même la motiver. On remarque aussi que leur fréquentation améliore l’humeur, diminue le stress, renforce les liens sociaux, suscite l’attachement à la communauté et développe même un sentiment de sécurité.

Selon les études, toutefois, leur accessibilité, leur quantité, leur répartition sur le territoire, leur qualité et celle de leurs aménagements ont un lien direct avec leurs bénéfices. Voilà pourquoi il est si important que chaque ville évalue la proposition des espaces verts et naturels sur son territoire. Et qu’elle alloue les budgets nécessaires pour en créer, les entretenir et les améliorer.

Mais il n’y a pas que dans les parcs que la nature joue un rôle, selon une étude parue ce mois-ci dans The Lancet Planetary Health : vivre entouré d’arbres et de végétation réduit de 8 à 12 % les risques de décès, sauf pour les gens à petit revenu. Ce qui a fait dire au chercheur Dan Crouse, de l’Université du Nouveau-Brunswick, qui a participé à cette étude : « Les parcs sont importants, mais je pense qu’il est tout aussi important d’avoir des arbres le long des rues et des trottoirs, avec lesquels les gens pourront être en contact sur une base régulière. »

Les changements climatiques

De mieux en mieux connues, mais loin d’être utilisées à leur plein potentiel, les infrastructures naturelles et certaines phytotechnologies permettent de créer des îlots de fraîcheur, de réduire la chaleur dans les bâtiments l’été, de gérer nos eaux de pluie et de diminuer le bruit. Les végétaux ont à la fois des effets positifs dépolluants et des effets négatifs allergènes sur l’air ; mais les effets positifs sont nettement plus importants que les négatifs.

En conséquence, depuis quelques années, afin de réduire les effets des changements climatiques, les villes augmentent la présence de la végétation à l’aide de nouvelles pratiques : toitures, murs et saillies végétalisés, agriculture urbaine… Chaque approche a ses atouts, car là où il y a contrainte d’espace pour les arbres, d’autres formes de végétalisation sont les bienvenues.

Photo: Lise Gobeille Vue sur Montréal depuis le mont Royal. Pour créer des villes saines, durables et résilientes, la solution se trouve, en grande partie du moins, dans la valorisation des infrastructures naturelles, les phytotechnologies et la présence de la nature autour des habitations.

Il n’en demeure pas moins que les arbres, étant donné leur performance sans équivalent dans la lutte contre les changements climatiques, doivent demeurer le levier majeur. La plantation d’arbres doit donc demeurer la priorité. Il serait également préférable d’éviter la réduction massive de la végétation au sol, et ce, même si elle est compensée par d’autres moyens.

Par ailleurs, il a été constaté que les approches ne peuvent être standardisées, car chaque ville a son climat, son histoire, sa taille, etc. Finalement, si on souhaite que ces investissements atteignent leurs objectifs, il serait fondamental de prendre en compte la gestion et les conditions de croissance des plantes, comme l’eau, le sol et l’entretien. Car, étonnamment, ces paramètres sont très souvent négligés.

Au jardin cette semaine

Nous voilà rendus au moment de parler de la préparation des jardins pour l’hiver. Pour ma part, je préfère intervenir le moins possible et j’aime voir mon jardin se transformer au cours de l’automne. Et j’aime que les vivaces séchées donnent du volume l’hiver. De plus, c’est beaucoup moins de travail.

Un jardin propre, propre, où l’on a coupé tous les feuillages, n’est pas enrichi par cette belle matière organique disponible gratuitement. Du reste, en laissant les feuillages, ils protègent les racines de vos vivaces et favorisent l’accumulation de neige. Les petits animaux peuvent s’y cacher et les oiseaux se nourrir des graines des fleurs.

Le fait de laisser le feuillage ne vous plaît pas ? Alors, coupez-en une partie et laissez-la au sol, puis cachez-la derrière un arbuste si vous ne voulez pas la voir. Au printemps, ce feuillage sera décomposé et il ne vous restera plus qu’à couper les vivaces qui sont encore debout.

Quant aux protections hivernales, encore là je préconise le moins d’intervention possible ; les fantômes de géotextile, ce n’est pas trop pour moi. J’aime quand le jardin est beau à regarder l’hiver. Mais il y a des végétaux qu’il faut protéger : les plantes, surtout celles aux feuillages persistants, qui sont exposées aux grands vents, celles qui reçoivent la neige du toit d’un bâtiment ou lors des opérations de déneigement, celles qui seront soumises aux embruns salins et les moins rustiques.

Il y a des plantes en pot à l’extérieur ? Si les pots sont isolés avec du styromousse, il n’y a pas lieu de s’inquiéter ; dans le cas contraire, il faut couvrir le pot d’une toile isolante ou le mettre en terre afin d’assurer une protection aux racines.

Le savoir des professionnels

La réalisation de villes vertes nécessite plus de compétence en matière de milieux naturels, de substrats et de végétaux, notamment. Les professionnels de l’horticulture et du paysage et les biologistes ont ces connaissances et le savoir-faire. C’est leur rôle de faire connaître les limites d’un projet, sa gestion dans le temps, les exigences des plantes…

Comme ces professions se complètent, elles devraient travailler en collaboration afin d’assurer le succès des projets. C’est aussi leur devoir de faire comprendre que les végétaux ne sont pas seulement les faire-valoir des bâtiments et qu’ils ne sont pas de simples matériaux que l’on remplace !

Les coûts et des bénéfices

La décision des élus d’investir dans les infrastructures naturelles, les phytotechnologies et les parcs dépend de leur estimation du rapport entre coût/bénéfices pour la collectivité et ses habitants. Une des approches est l’évaluation financière. Le premier exemple dans le domaine est la Ville de Philadelphie en 2008.

Sans entrer dans les détails, soulignons que les résultats ont démontré que les coûts pris en charge par la collectivité pour leur entretien et leur développement sont compensés par de nombreux bénéfices individuels et collectifs.

Dans la bibliothèque

La bible des plantes  qui soignent
Michel Pierre
Éditions du Chêne
2017, 672 pages


Cet ouvrage de référence colossal de l’herboriste renommé Michel Pierre permet de découvrir 400 plantes médicinales et plus de 350 remèdes pour le bien-être. Il présente d’abord la petite histoire des plantes médicinales, la phytothérapie, les substances actives, la récolte, etc. Puis vient le catalogue des fiches de plantes, illustrées par de belles reproductions botaniques, et ensuite les maladies et leurs remèdes de A à Z. Un beau et rigoureux livre pour soigner les petits maux de tous les jours.

Fin de saison

Chers lecteurs, ce fut encore cette année une riche, fructueuse et agréable saison en votre compagnie. Je vous souhaite un bel hiver. Profitez-en pour parfaire vos connaissances en horticulture : le Jardin botanique de Montréal et de nombreuses sociétés et associations offrent des cours et des conférences. Au plaisir !

Changer de paradigme de projet

« La pensée dominante du XXe siècle a fait de la ville un objet fonctionnel, une machine à habiter et à artificialiser. La nature n’y est acceptée le plus souvent qu’en tant qu’“espace vert”, concept abstrait pour une nature ordonnée et appauvrie.

« Mais la nature urbaine est en train de devenir un oxymore fertile. […] De nouveaux paradigmes de projets s’imposent : le projet urbain devient projet de territoire et se pense dans sa relation à la géographie, aux systèmes écologiques et à l’agriculture de proximité. »
Bernard Brunet, «Des solutions végétales pour la ville», Plantes & Cité, mai 2016