Timide décarbonisation

Depuis le temps… La Caisse de dépôt a structuré sa stratégie d’investissement face au défi climatique. Un premier pas, dit-elle, qui n’emprunte pas la voie du désinvestissement, sauf, éventuellement, pour le charbon. Tout est transition, vers un portefeuille global plus sobre en carbone et à empreinte réduite.

La Stratégie climat de la Caisse de dépôt annoncée mardi se veut encore timide. Elle repose sur un gradualisme plutôt lent et s’appuie sur une année de référence (2017) suivant une hausse notoire des investissements de l’institution dans l’univers des énergies fossiles. Mais elle a l’avantage d’être bien structurée, de s’appuyer sur des cibles et paramètres touchant l’ensemble de ses catégories d’actif et, au bout du compte, d’associer la rémunération au processus, le facteur climatique entrant dans l’évaluation de la performance.

L’approche se veut évolutive. « Il y aura des changements, mais il faut savoir marcher avant de courir. Nous ne pouvons pas mettre à risque notre capacité à générer du rendement. Pourquoi ? Parce qu’il faut payer les pensions de huit millions de Québécois », a martelé le président et chef de la direction, Michael Sabia.

En septembre dernier, en faisant ses adieux au charbon, le Fonds de solidarité FTQ avait également annoncé prendre le chemin d’une transition énergétique se voulant, dans son cas, « respectueuse des travailleurs ». L’institution rappelait alors sa double mission, à savoir la création et le maintien des emplois et l’offre d’un rendement correct à l’actionnaire. Une transition respectueuse de la mission de ces institutions que reconnaissent désormais les groupes écologistes.

Dans l’élaboration de sa stratégie d’investissement, la Caisse indique s’être appuyée « sur l’analyse des mesures adoptées par des fonds comparables à travers le monde. Nous avons utilisé un échantillon de 18 fonds totalisant quelque 4500 milliards de dollars afin d’obtenir un portrait représentatif des mesures les plus appliquées en matière de changements climatiques ». Elle souligne qu’elle « devient ainsi le premier investisseur institutionnel en Amérique du Nord à s’imposer une cible de réduction de GES couvrant l’ensemble de ses catégories d’actif ». Ce qui comprend les placements privés.

Pas de liens coupés

On ne va donc pas dans le sens de couper les liens avec l’exploration, le transport et la distribution de gaz et pétrole de schiste, avec le pétrole venant des sables bitumineux, avec les mines et centrales de charbon, comme on le voit ailleurs… Dit autrement, la Caisse ne se contredit pas en conservant son rôle d’actionnaire majoritaire dans Ciment McInnis, une présence importante dans les entreprises exploitant des pipelines, et un portefeuille de 16,7 milliards (à la fin de 2016) dans les énergies fossiles, selon les calculs de Recycle ta Caisse. D’ailleurs, l’organisme saluait, mardi, le « premier pas » de la Caisse vers la décarbonisation, ajoutant que « moins il y aura de carbone dans le portefeuille de la Caisse, plus limité sera le risque d’exposition au phénomène de la bulle de carbone ».

À cette problématique des actifs échoués se greffe le potentiel de rendement découlant de la transition énergétique « vers des emplois verts ». La Caisse s’en inspire. Dans sa démarche en quatre temps, le facteur climatique devient un élément pleinement intégré au processus d’investissement de la même manière que le risque. Aussi, d’ici 2020, elle augmentera de 50 % ses investissements sobres en carbone par rapport à 2017. Autre engagement : entre 2017 et 2025, l’objectif est de réduire de 25 % l’intensité carbone de chaque dollar investi du portefeuille global, soit pour les portefeuilles de marchés boursiers, de placements privés, d’actifs réels et de revenu fixe.

Des budgets annuels d’intensité carbone seront déterminés pour les différents portefeuilles et mandats d’investissement, imposant une limite aux émissions de GES permises pour un portefeuille donné. Le respect des budgets d’intensité carbone influencera l’évaluation de la performance des employés et, donc, la rémunération, souligne l’institution.

À titre d’actionnaire et d’investisseur, la Caisse s’engage aussi à exercer son influence et à jouer un rôle actif auprès des entreprises en portefeuille.

Ce virage d’une institution gérant un actif net de 286,5 milliards ne peut qu’être bien accueilli. D’autant qu’on prévoit de passer de la marche à la course.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 19 octobre 2017 08 h 21

    La Caisse

    C'est elle qui finance ma pension et celle de centaines de millers sinon d'un million de Québécois. Elle doit obligatoirement avoir un rendement financier intéressant. Si le monde entier y compris les États-Unis, l'Arabie Saoudite et l'Alberta étaient convaincus de l'urgence de diminuer rapidement la consommation d'hydrocarbures, les rendements financiers de l'industrie pétrolière baisseraient et ceux des énergies propres augmenteraient et il serait facile pour la Caisse d'être à la fois rentable et vertueuse! Aujourd'hui, elle est oblogée de ménager à la fois la chèevre et le chou.