Trump, l’Iran et la réalité

Pour ses partisans, Donald Trump est engagé dans une vaste entreprise de restauration d’un passé révolu. Pour le tiers — très motivé et mobilisé — de l’opinion publique américaine qui soutiendra jusqu’au bout le blond milliardaire populiste, cette restauration passe par une démolition méthodique, systématique, de l’héritage du président précédent.

Si ça vient d’Obama, c’est du mauvais, du méchant, du Diable… et cela doit être dénoncé, combattu, démantelé.

On l’a vu dans les décrets sur l’immigration « musulmane », et dans l’attaque contre la régularisation des enfants immigrants, cause chère à Barack Obama. On l’a vu dans les tentatives répétées et ratées, au Congrès, d’abolir le régime d’assurance-maladie de l’ex-président.

Et on le voit ces jours-ci dans les assauts de la Maison-Blanche sur l’ALENA et sur l’entente de 2015 qui a limité et encadré le programme nucléaire iranien, rare réussite diplomatique de l’administration sortante.

Dans tous ces cas, il est remarquable qu’entre les promesses faramineuses du candidat Trump (« On va vous effacer tout ça d’un coup de baguette ! ») et l’action effective du président, il y a un monde.

Confronté à la réalité, Trump n’a pas voulu, ou — plus probablement — n’a pas pu mener à bien ses projets de démolition. Les tribunaux, la société civile, un Congrès plus rétif qu’il ne l’aurait cru, sans oublier la simple résistance du réel, ont multiplié les obstacles.

Il n’est pas dit que certains de ses projets n’aboutiront pas. Donald Trump peut toujours réussir à dynamiter l’Obamacare, l’ALENA ou l’accord international sur le nucléaire iranien. Mais on voit bien que la résistance est plus forte que prévu…

Qu’adviendra-t-il, tout particulièrement, de cet accord sur le nucléaire iranien, que Trump a « décertifié » vendredi, en accablant une fois de plus l’Iran pour avoir « violé l’esprit de l’accord » ?

Pour M. Trump, Téhéran « ne respecte pas » ses obligations découlant du texte négocié à Genève et signé à Vienne en juillet 2015. Il a — sans toutefois le faire — menacé « d’annuler » cet accord et a plutôt demandé au Congrès de « combler les graves et nombreuses lacunes du texte ».

L’approche de Trump, dans cette affaire comme dans beaucoup d’autres, repose sur une présomption erronée de toute-puissance : que ce soit celle de la Maison-Blanche dans le processus législatif, ou celle des États-Unis face au reste du monde. Et sur une ignorance crasse de la diplomatie, du contenu des textes et de l’objectif réel des ententes signées.

Il faut rappeler que l’accord sur le programme nucléaire de Téhéran n’est pas un pacte bilatéral entre l’Iran et les États-Unis. La suspense créé autour de la « certification » ou non, par la Maison-Blanche, de la « conformité » de Téhéran, est une construction américano-américaine : rien à voir avec une obligation internationale.

Et puis, même si le point de vue des États-Unis sur cet accord est important, Washington n’a qu’une signature sur sept et l’avis de la Maison-Blanche n’a pas de valeur légale face à un document international validé par l’ONU.

Quant à la « non-conformité » alléguée par Donald Trump, elle n’a rien à voir avec les obligations de Téhéran décrites dans l’accord.

De l’avis général — et tout d’abord selon l’AIEA, l’agence onusienne de contrôle de l’énergie atomique — Téhéran s’est conformé et continue de se conformer scrupuleusement à ses obligations en matière de démantèlement, de stockage, de production de matières fissiles, d’inspections, etc.

Trump en veut à l’Iran pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’accord : parce que Téhéran est une puissance régionale au Moyen-Orient (intolérable pour Israël), a un programme militaire conventionnel (missiles), intervient en Syrie (et aussi en Irak… du même bord que Washington !), réprime les femmes et les dissidents, etc.

L’accord de 2015, miracle de diplomatie, reposait précisément sur une dissociation stricte entre les aspects proprement nucléaires (bloquer la prolifération) et un supposé « certificat général de bonne conduite » accordé ou non à l’Iran. Pour n’avoir rien pu, ou rien voulu comprendre à cela, le « grand démolisseur » risque aujourd’hui de déclencher une seconde crise nucléaire, alors que la Corée du Nord devrait capter toute son attention. Mais « l’attention », on le sait, n’est pas le fort de Donald Trump.

4 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 16 octobre 2017 08 h 07

    Que présomption?

    Pour laisser entendre que la tactique habituelle du porte-parole d'un groupe dominant de la bourgeoisie mondiale reposerait sur une présomption, "de plus erronée de toute-puissance", faut être déjà persuadé qu'il est un hurluberlu. En fait, faut tout simplement partager le jugement général à l'effet que Trump est atteint de folie. Ce qui paraît être le cas, tant les médias relaient cette médisance. Ceci ne contredit pourtant pas son rôle, comme président américain, de représenter les intérêts bourgeois en Amérique.
    Ses provocations mêmes déroulent le tapis à la reprise économique qui exigera de consommer un surplus de marchandises pour ne pas avorter. Qui dit reprise économique, dit progression du profit, qu'une guerre entre capitalistes pourrait bien soutenir, ... en autant que l'adversaire croie que la toute-puissance américaine ne soit que présomption.

  • Michel Lebel - Abonné 16 octobre 2017 10 h 53

    À encadrer de très près!


    Bien des personnes aux États-Unis sont fort perplexes devant les agissements de Donald Trump. On réfère beaucoup à sa santé mentale. Sa garde rapprochée verrait à le contenir, à l'encadrer. Obama avait déjà dit que Trump était inapte pour le job de président.
    J'étais aux États-Unis très récemment et beaucoup de personnes y sont fort inquiètes. Un très influent sénateur parlait de danger de troisième Guerre Mondiale. Il faut fortement souhaiter que Trump ne termine pas son mandat et que d'ici là l'homme soit fortement encadré par plusieurs, y compris le Congrès américain. L'homme est dangereux, ne comprenant strictement rien aux relations internationales, voire à la politique tout court. Sans oublier qu'il n'a aucune autorité morale et qu'il ne fait que diviser de plus en plus les Américains.


    Michel Lebel

  • Jacques-André Lambert - Abonné 16 octobre 2017 13 h 13

    Les USA lavent plus blanc

    Le président Rouhani a réagi à la décision du POTUS en l'invitant à s'informer sur l'histoire des États-Unis aux Moyen-Orient rappelant:

    1) l'Opération Ajax, coup d'État de la CIA qui a mis fin à la démocratie en Iran et installé la dictature jusqu'à la révolution iraienne ;

    2) la guerre avec l'Irak commanditée par les Américains;

    3) le silence complice des États-Unis quand l'Irak a fait usage d'armes chimiques et des milliers de victimes civiles contre les Kurdes à Halabja et à Sardasht, etc.

    4) le soutien indéfectible au développement de l'arme nucléaire par son allié israélien;

    5) les agressions américaines au Vietnam et en Amérique du Sud.

    Et puis, pourquoi ai-je toujours l'impression d'entendre l'écho de Nétanyahou dès que Nicky Haley ou Donald Trump s'expriment sur le Moyen-Orient?

  • Colette Pagé - Inscrite 16 octobre 2017 17 h 42

    Ce malade qui dirige les États-Unis !

    S'en prendre à l'Iran pour plaire à Israël et à l'Arabie saoudite alors que l'État juif possède l'arme nucléaire qu'elle refuse à l'Iran puis développer tout azimut des colonies en Jordanie réduisant ainsi les chances de paix au Moyen-Orient et fermer les yeux impunément sur le non respect des droits humains et sur les décapitations en Arabie Saoudite ainsi que sur ses exactions au Mali sans oublier l'exportation du wabbaisme démontre que désormais le Président américain est devenu la marionnette d'Israël et de l'Arabie saoudite.

    Ce Président ignorant du succès historique de la diplomatie découlant de cette entente est devenu la honte de l'Amérique en plus d'être narcissique et bonimenteur.

    Un provocateur qui sème le chaos et dont l'objectif principal est de démolir l'héritage du Président Obama alors qu'il ne lui arrive pas à la cheville.

    Souhaitons que le propriétaire de la revue Hustler qui a offert 20 M pour sa destitution obtiendra la transmission de renseignements suffisants pour débarrasser l'Amérique de ce grand malade dont plus de 6 000 pyschologues dans une pétition considèrent que son type de narcissique est incompatible avec une bonne gouvernance.