La chaleur du poêle

René Lévesque disait qu’un remaniement ministériel était l’exercice le plus difficile pour un premier ministre. Même s’il ne fait plus l’affaire, envoyer un collègue sur les banquettes arrière est toujours difficile, ce qui explique pourquoi le Conseil des ministres a généralement tendance à grossir.

Cela n’avait pas empêché M. Lévesque de rétrograder tour à tour son ministre de l’Industrie et du Commerce Rodrigue Tremblay, celui des Transports Denis de Belleval et celui de la Culture Denis Vaugeois.

Jean Charest a montré la porte à Pierre Reid (Éducation), à Yves Séguin (Finances) et à Thomas Mulcair (Environnement). Même avec un cabinet qui comptait 35 membres, Bernard Landry avait écarté deux monuments péquistes, Guy Chevrette et Jacques Brassard.

Il n’est donc pas étonnant que le premier ministre Couillard se soit vu reprocher une clémence excessive, ou un manque de courage, en se contentant de remercier Rita de Santis, dont le ciao bien senti a donné l’impression qu’elle-même était soulagée de quitter un poste pour lequel elle n’était manifestement pas faite.

Il est vrai que M. Couillard a parfois des mouvements d’empathie qui peuvent surprendre. C’est ainsi qu’il disait avoir voulu envoyer « un message à caractère humain » et apporter une « aide psychologique » à Marc-Yvan Côté quand il l’avait invité à se reposer à sa maison de Roberval, après avoir appris qu’il était dans la mire de la SQ.

 

Il n’est ni le premier ni le dernier à se défouler sur les médias parce que son message passe mal, mais cette manifestation de frustration a de quoi laisser perplexe à l’aube de l’année électorale. Quand on ne peut pas supporter la chaleur du poêle, il vaut mieux choisir un autre métier que celui de cuisinier. Jean Charest disait qu’un politicien qui s’en prend aux médias est comme un poisson qui se fâcherait contre l’eau.

Si M. Couillard veut avoir un aperçu de ce qu’une campagne électorale peut réserver à un premier ministre qui doit composer avec l’usure du pouvoir, il devrait visionner le film de Jean-Claude Labrecque À hauteur d’homme, qui a très bien documenté le calvaire vécu par Bernard Landry en 2003.

Outre un déplorable penchant pour le sang et les « drames humains », il a reproché aux journalistes de ne pas avoir porté suffisamment attention aux cinq priorités qu’il a énoncées dans son discours, mais ces lieux communs devraient plutôt faire l’objet d’une publicité du PLQ.

Au début de son mandat, M. Couillard promettait que son gouvernement allait s’occuper des « vraies affaires ». Il entend maintenant se pencher sur les « problématiques réelles ». Peut-être profitera-t-il d’un prochain discours pour nous expliquer la différence.

Confondre nouveauté et changement est chose courante en politique. Un ministre des Transports de 34 ans dépourvu de toute expérience ministérielle constitue indéniablement une rareté, et l’arrivée de trois jeunes femmes également novices ne peut qu’être rafraîchissante, mais la vieille garde n’en demeure pas moins aux commandes.


 

M. Couillard a raison de dire qu’il serait idiot de mettre des gens compétents à la porte sous prétexte qu’ils sont trop expérimentés, mais la longévité n’est pas garante de compétence.

Depuis que son altercation avec les matamores syndicaux de la construction en avait fait une vedette instantanée, Lise Thériault avait vu sa carrière se transformer en pénible démonstration du principe de Peter. D’un remaniement à l’autre, les contre-performances de la vice-première ministre déchue lui ont fait dégringoler l’échelle. On en est rendu à bricoler un ministère bidon pour lui permettre de conserver sa limousine.

Le problème de Gaétan Barrette n’en est pas un de compétence, mais de comportement. M. Couillard n’aurait certainement pas toléré aussi longtemps qu’un autre de ses ministres suscite une telle hostilité, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du réseau de la santé. Peu importe, les médias devraient « porter plus attention » aux bienfaits de ses réformes.

M. Barrette a déclaré qu’il aurait accepté de servir là où le premier ministre l’aurait jugé le plus utile. Il est permis d’en douter. Chose certaine, il n’aurait pas déménagé de gaieté de coeur. M. Couillard n’était manifestement pas prêt à prendre le risque qu’il claque la porte.

René Lévesque, lui, a pris ce risque quand il a retiré le Conseil du trésor à Jacques Parizeau, qui le cumulait avec les Finances, parce qu’il trouvait que le tout-puissant ministre en menait trop large.

Profondément blessé, M. Parizeau avait aussitôt rédigé sa lettre de démission. Au bout de deux jours, il avait finalement décidé de ne pas l’envoyer. Pendant ces 48 heures, il faisait très chaud près du poêle.

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15 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 octobre 2017 01 h 18

    Un gouvernement usé et sans vision!

    Une transformation cosmétique de chaises musicales ne changera pas les effets négatifs de l’austérité libérale ni aux drames qu’elle a entrainés. C'est un gouvernement usé qui n'a pas de vision progressiste pour la société. Même le FMI vient de dénoncer les inégalités et les mesures d'austérité privilégiées par les gouvernements néolibéraux. J'espère que les citoyens vont se rappeler devant les urnes.

  • Robert Beauchamp - Abonné 14 octobre 2017 06 h 45

    Le chaud et le froid

    On pourrait peut-être souhaiter qu'il passe un purgatoire politique dans la froideur de l'hiver ce qui collerait mieux à son tempérament. Il fait de la politique systémique. Il ne prend pas de décision, il utilise les entourloupettes des changements de structure pour se débarasser de certains candidats et donner l'illusion d'un remaniement, il s'agit plutôt d'un maniement. Jusqu'à la toute fin il nous aura pris pour des minus et ne comprendra pas ce qui lui arrive et ne réalisera jamais qu'il est le seul à avoir raison. Lle passé tout récent de Louis-Hébert est garant de l'avenir.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 octobre 2017 13 h 08

      Votre commentaire est un direct sur la cible.
      Plus on les regarde aller,plus Couillard et Trump
      ont des points communs ,ils sont les seuls a avoir raison et n'ont pas la
      capacité de distinguer "l'ami de l'ennemi" et le bien du mal.
      Peuvent-ils marcher sur les eaux ?

    • Jacques Morissette - Inscrit 14 octobre 2017 22 h 45

      En effet, ce monsieur a apparemment beaucoup de réponses et très peu de questions.

  • Pierre Martin - Inscrit 14 octobre 2017 08 h 52

    La compétence du ministre Barrette

    Monsieur David, vous évoquez sans bémol la compétence du tyranique ministre de la santé. J'aimerais vous rappeler que la notion de compétence signifie qui «est acquise, et mise en œuvre pour remplir les tâches qui sont attendues». Dans le cas de Barrette pouvons-nous vraiment affirmer que ses réformes ont améliorer le sort des usagers? La seule véritable amélioration notable de l'ensemble de ses interventions concerne la rémunération de ses collègues médecins. Cette série d'augmentations outrancières est insultante pour les contribuables, en plus d'avoir toutes les apparences d'un conflit d'intérêt assez grossier.

    En outre, est-ce qu'on peut dire que malgré tous ses avantages consentis à ceux qui empochent plus du tiers du budget de la santé, que les médecins sont véritablement au service de la population? Il est assurément permis d'en douter.

    • Louis Sévigny - Inscrit 14 octobre 2017 13 h 52

      Cher ami, en ce qui concerne la compétence, tout est dans cette phrase: «est acquise, et mise en œuvre pour remplir les tâches qui sont attendues». Barrette est compétent... il a rempli les tâches qui étaient attendues de lui!

  • Christian Montmarquette - Abonné 14 octobre 2017 08 h 55

    Ce n'est pas la crainte de perdre Barrette

    À mon avis, ce n'est pas la crainte de perdre Gaétan Barrette - le ministre le plus impopulaire du gouvernement - qui a motivé son maintien à la direction de la Santé.

    C'est que si Philippe Couillard lui avait retiré son ministère, c'eût été l'équivalent de la reconnaissance de l'échec de son gouvernement au ministère le plus imposant du Québec, et aussi bien dire l'échec de son gouvernement point. Et ce, à l'aube même des nouvelles élections.

    Christian Montmarquette

  • Jean-Charles Morin - Abonné 14 octobre 2017 09 h 37

    Les susceptibilités des uns et les vrais besoins des autres.

    Ainsi donc, Philippe Couillard a décidé de doter la "deuxième plus grande province du Canada" (sic) d'un nouveau cabinet, usure du pouvoir oblige.

    Son humanisme déclaré à ne pas déranger les grosses pointures est remarquable, sauf que le cabinet d'un premier ministre est sensé servir d'abord et avant tout les intérêtes de l'ensemble de la population et non de flatter les égos surdimensionnés de ses plus proches collaborateurs.

    (Pour ceux et celles qui ne comprennent pas le premier paragraphe, Philippe Couillard a défini le Québec comme la "deuxième plus grande province du Canada" dans une récente allocution, en oubliant sans doute que le Nunavut n'est pas une province, mais un simple territoire géré par le fédéral. On ratatine sa province comme on peut...)