Gaétan Barrette? Au suivant!

La protectrice du citoyen est une des rares voix que Gaétan Barrette n’a pas encore réussi à faire taire, mais ce n’est sûrement pas l’envie qui manque. Chaque année, son rapport vient jeter un énorme pavé dans la mare du tout-puissant ministre de la Santé.

L’an dernier, elle faisait déjà un constat très sévère. Les politiques d’austérité du gouvernement Couillard avaient été « moins éprouvantes pour la bureaucratie que pour les personnes vulnérables ». Le manque de planification de la réforme « a réduit l’accès aux services » offerts aux personnes âgées ou handicapées. « Les listes d’attente s’accroissent, les délais sont plus grands », ajoutait-elle. Conclusion : « La situation a atteint un point critique. »

Un an plus tard, le portrait est encore plus sombre, notamment au chapitre des soins à domicile. On imagine le drame vécu par cette personne atteinte de sclérose en plaques qu’on a privée d’aide pour les soins d’hygiène. Ou encore par ce handicapé qui s’est vu privé de 12 heures de services par semaine. Au même moment, le vieillissement de la population entraîne « un manque criant de places en CHSLD », où « on a constaté cette année un resserrement des critères d’admissibilité ». Trouvez l’erreur !

Réaction du premier ministre Couillard : « Il est naturel qu’un rapport semblable fasse état des progrès à réaliser qu’il reste à faire, et on est tout à fait à l’aise avec le rapport et la nécessité de continuer notre action. » Ce sophisme est particulièrement tordu : on ne parle pas de progrès à réaliser, mais de reculs qui causent de graves préjudices à des gens dont la vie est déjà suffisamment difficile.


 

Pendant ce temps, la rémunération des médecins ne cesse d’augmenter. La hausse moyenne a été de 33 % au cours des quatre dernières années. Dans le cas des spécialistes, elle est de 46 %. Les omnipraticiens ont dû se contenter de 16 %, mais ils auront droit à 10 % additionnels d’ici 2020.

Au début de son mandat, M. Barrette répétait continuellement qu’il en avait assez de voir que plus l’État investissait dans le réseau de la santé et dans la rémunération des médecins, moins les contribuables recevaient de services. Manifestement, rien n’a changé, si ce n’est que le moral du personnel du réseau n’a jamais été aussi bas.

On peut compter sur M. Barrette pour expliquer qu’en dépit des apparences, les choses s’améliorent. Le problème est que son baratin, qui en avait impressionné plusieurs au départ, ne convainc plus personne. Pire, il est lui-même perçu comme un obstacle majeur au bon fonctionnement du système.

À un an de la prochaine élection, c’est là une bien mauvaise nouvelle pour le gouvernement et pour le premier ministre lui-même, qui a fait exactement le contraire ce qu’il préconisait avant d’effectuer son retour en politique. Il fallait retirer la gestion quotidienne du réseau des mains du ministre et la confier à une société d’État indépendante, disait-il. Au lieu de quoi, il a laissé M. Barrette s’arroger plus de pouvoirs qu’aucun de ses prédécesseurs n’en a jamais eus.


 

M. Couillard a déjà fait valoir l’avantage d’une certaine stabilité à la tête des grands réseaux que sont la santé et l’éducation, mais il arrive parfois que le changement devienne nécessaire.

Voilà presque 15 ans que le ministère de la Santé est réservé à un médecin. Le seul résultat tangible a été l’enrichissement de la profession et le maintien d’un corporatisme étroit. Il serait peut-être temps de faire appel à un simple mortel.

Certes, le poste est exigeant. Celui qui semble le plus apte à prendre la relève est Martin Coiteux. Depuis son entrée en politique, cet universitaire a démontré qu’il avait une grande faculté d’adaptation et des nerfs solides. Soit, il y a plus empathique, mais voyez-vous quelqu’un d’autre ?

Simplement donner l’heure juste à la population constituerait déjà un progrès. Depuis des décennies, chacun a prétendu avoir la recette magique : virage ambulatoire, contrats de performance, méthode Toyota, bulldozer… Avec la même absence de résultats. « Cessons de leurrer les gens », a lancé la protectrice du citoyen.

La plus grande difficulté d’un remaniement n’est pas toujours de trouver le bon candidat, mais de caser le ministre sortant. Dans le cas de M. Barrette, la solution est toute trouvée. Au Conseil du trésor, M. Couillard pourrait se fier à lui pour résister aux pressions de ses collègues toujours en quête d’argent frais. Il faudrait seulement s’assurer que ce soit M. Coiteux qui négocie la prochaine entente avec les spécialistes. Quant à l’actuel titulaire du Trésor, Pierre Moreau, il est le candidat tout désigné pour succéder à Stéphanie Vallée à la Justice. Une autre urgence.

33 commentaires
  • Collette Drapeau - Abonnée 30 septembre 2017 06 h 51

    Merci de votre éclairage sur ce sujet qui devient tragique de conséquences si les valeurs de fond se maintiennent, c'est à dire l'enrichissement de la plutocratie médicale, malheureusement un phénomène mondial sauf pour quelques endroits comme Cuba. Nos valeurs de société ont évoluées vers le narcissisme maladif décadant du pouvoir de l'argent. C'est notre société qui a besoin d'être soigné.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 30 septembre 2017 06 h 59

    M.David ,svp arretez de chercher

    des ministres compétents dans une équipe dont le chef n'est absolument pas fiable,
    visiblement il faut changer l'équipe au complet.
    Je me demande meme si elle pourra former une opposition digne de ce nom. Bref ce fut un désastre total.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 30 septembre 2017 11 h 51

      J’imagine que M. David écrit dans l’instant présent et c’est cette équipe-là qui est au gouvernement présentement, pas une autre. Donc, M. David n’a pas vraiment le choix de proposer des remplacements parmi les personnes qui se trouvent au sein de l’équipe au pouvoir. Faudra voir aux prochaines élections si cette équipe sera remplacée, mais ça c’est dans le futur. En attendant, aime ça, aime pas ça, on est bien obligé de vivre avec le ministre Barette et son PM Couillard, et écrire des chroniques à partir de cette réalité, aussi odieuse soit-ell

  • Pierre Deschênes - Abonné 30 septembre 2017 07 h 28

    Chaise musicale

    Ne manque à votre brassage de cartes que vous comme conseiller du premier ministre.

  • Jean-François Trottier - Abonné 30 septembre 2017 07 h 30

    Un remaniement ? Pour faire quoi au juste ??

    M. David,
    votre lourd constat au sujet de Barrette devrait s'étendre à pas mal tout le cabinet de Couillard. Les uns pour incompétence, les autres pour péché d'idéologie, et le patron pour les deux sans oublier la suffisance en tabarnouche.

    La preuve n'est plus à faire, Couilllard ment comme il respire. La différence entre lui et Bourassa, en tout cas celui de la fin des années '80, est abyssale : le second choisissait ses paroles avec un soin infini (souvenez-vous de son discours au lendemain de Meech), il utilisait la figure de style avec précision et savait laisser un certain flou, question de se garder une marge de manoeuvre. Il respectait ses locuteurs.

    Couillard ment comme un mauvais acteur. En fait il me rappelle le maire de Champignac pour ceux qui connaissent Spirou, ronflant et verbeux jusqu'au plus-que-parfait du subjonctif.
    Mais surtout, il ment tout le temps avec un aplomb qui sent le mépris.

    Leitao n'est simplement pas compétent. Il a menti (forcé?) dès juin 2014 en inventant un trou de 1.3 millliards pour justifier le remède de cheval qu'il a (très mal) administré aux Finances, ce qui donne une idée de ses capacités de jongleur, mais il n'a pas su justifer le retour(?) soudain de 1,5 milliards "trouvé" il y a quelques mois, juste à temps pour la distribution des cadeaux. Il veut qu'on le prenne pour un magicien, il n'est qu'un maquignon qui vend des rosses.
    Et il justifie une partie de son action en se disant contre le capitalisme d'État, parce que "on n'est pas en Union Soviétique" ! Ignorance crasse. Le capitalisme d'État a été appliqué par Roosevelt depuis 1932 et a mené directement aux "30 glorieuses", période de grande force économique mais surtout SANS CRISE, contrairement à ce que crée le libre-marché si vanté par ce gérant de caisse de village.
    Ignorant et idéologue.

    Que reste-t-il ? Deux, trois personnes qui font bien ?

    je vous en prie, sortez de l'événementiel et regardez le paysage global. C'est pas beau.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 septembre 2017 07 h 54

    Ouf !

    « La protectrice du citoyen est une des rares voix que Gaétan Barrette n’a pas encore réussi à faire taire, mais » ; « L’an dernier, elle faisait déjà un constat très sévère » ; « Un an plus tard, le portrait est encore plus sombre » (Michel David, Le Devoir)

    De ces citations, douceur double + une :

    A De ce constat-portrait, relatifs au monde de la Santé et Services sociaux « perdurant », et depuis la mise en place de la Réforme, il est de sagesse de saisir qu’ils s’expliquent par le fait que ladite Réforme, différente de celle Rochon, viserait à dé-placer le citoyen du centre du Système, à le libérer de ses besoins-intérêts-droits, à le remplacer par une vision corporative et à le considérer comme un « patient », une unité administrative plutôt comme une personne d’abord avec le monde ;

    B Elle viserait, aussi, à démanteler des réseaux de solidarité en matières de Recherche-Pratique ; des réseaux qui, essentiels (notamment en « déficience intellectuelle »), permettaient de véhiculer un sens d’appartenance, un regard croisé et respecté entre les organismes-membres, les personnes desservies, la Communauté, et de collaboration participative/partenariale active et pro-active (Universitaire-Communautaire, Autre), et ;

    C Pour éviter la reproduction de ce portrait-constat, le Ministère serait-il invité à ré-humaniser son Réseau (RSSS) ?

    De cette double douceur + une, ce Souhait :

    Tout en reconnaissant des objectifs-système à améliorer possiblement, ceux appartenant aux « clientèles-cibles » (de facture inter/individuelle, corporative/Recherche-Pratique) devraient être priorisés !

    Ouf ! - 30 sept 2017 -

    • Marcel Réhel - Abonné 30 septembre 2017 09 h 38

      Achille Talon!?!

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 octobre 2017 07 h 16

      Grand merci pour cette délicatesse.

      De cette délicatesse, il est bien de se dire que, malgré quelques présumées ressemblances avec le personnage de Goscinny (A), la présente réaction, relevant du domaine de la « DI » (constat contextuel), si retenue, constitue tout un cri de cœur susceptible de !

      Ici, à force de « cœur », Achille, tête haute, dépasse Talon !

      Bref ! - 2 oct 2017 -

      A : « Achille Talon, cerveau-choc, est un homme plein de bonne volonté, et doué d'un savoir puisé dans une encyclopédie... à laquelle il manquait pas mal de pages. Achille Talon n'en a cure ; sûr de lui, il n'hésite jamais à se jeter à corps perdu dans les situations les plus difficiles, avec une remarquable inefficacité. » (René Goscinny, Pilote)