La réconciliation des genres

J’ai bien hâte de voir Pieds nus dans l’aube de Francis Leclerc adapté du récit autobiographique de son père Félix. L’atterrissage du film en salle le 27 octobre m’aura du moins incitée à acheter cette chronique d’apprentissage, premier roman du poète.

Pas relu depuis les bancs d’école, le livre en question, et y avais-je compris tant de choses ? Ce titre trône depuis quelque temps à l’étal des librairies, flanqué en couverture, comme le veut l’usage pour les rééditions collées aux adaptations, d’une photo tirée du long métrage. M’y voici plongée. Ah !

De ce merveilleux récit d’enfance de Félix Leclerc à La Tuque, à la fin des années 1920, j’ai vu jaillir la source de ses chansons. De Bozo au Roi heureux, en passant par Tu te lèveras tôt, et tant d’autres. Jusqu’à la révolte de L’alouette en colère, déjà gravée sur ses racines. Ode à l’amitié, à la connaissance de la nature, au partage, aux liens familiaux fécondants, à l’art comme à l’imagination nourrie de contes remplis d’ogres et de fées, on s’y glisse, ravie.

Du coup, j’ai réécouté Félix chanter. Comment faire autrement ?

Tous les arts se parlent si on veut bien les rassembler. D’ailleurs, ils aident les gens à vivre et à mieux décoder leur héritage et celui des autres.

« Hélas, trop d’ennemis attaquent l’enfance, y soupirait le futur barde du Tour de l’île. Un sabre de bois est impuissant à les repousser tous. »

Trop d’ennemis attaquent l’art aussi. Révolution numérique ou pas, préexistent à ce big bang en ondes des notes de musique, des coups de pinceau, trois pas de danse (ceux de Marie Chouinard au théâtre Maisonneuve nous ont éblouis cette semaine), des installations, des formes et souvent des mots.

Photo: Films Séville Une scène du film «Pieds nus dans l’aube» de Francis Leclerc

On a envie de le rappeler en passant à la ministre du Patrimoine, qui semble accorder plus d’importance au contenant qu’au contenu.

Dématérialisons, appuyons la transition numérique et exportons ! exhorte-t-elle au milieu culturel.

Oui, mais protégez mieux la muse fragile, lui réplique-t-on. Tant de vents d’ailleurs et d’ici la font vaciller, celle-là. À croire qu’elle va tomber… Est-ce que Netflix, en roue libre, souhaitera vraiment cofinancer longtemps nos productions francophones ? Vous nous laissez tomber, Madame la Ministre…

Et de ressortir le sabre de bois pour mieux guerroyer dans sa propre cour.

Adapter davantage

Retour au film Pieds nus dans l’aube adapté du récit d’apprentissage d’un géant de notre poésie, bientôt en salle.

Les maillages du genre se multiplient, fortifiant un art au contact de l’autre. De la littérature au cinéma et aux séries télé, on vote pour ce partage. En se passant de Netflix, qui plus est.

La tendance est internationale, à propos. Le cinéma d’Hollywood comprend massivement qu’il y a là un puits où s’abreuver. Nous aussi.

De grands romans méritent d’effectuer le saut, comme le firent Les Plouffe, Kamouraska et Bonheur d’occasion en leur temps. Tout y invite. Si Margaret Atwood a la cote en anglais, pourquoi pas les auteurs québécois de jadis et d’aujourd’hui en séries ou en films ?

Vaste est le champ des possibles. A fortiori quand les oeuvres littéraires encore orphelines d’écrans sont aussi nombreuses et méritantes. Suffit de puiser dans le tas.

Ici, un premier colloque de la SODEC sur le sujet réunissait d’ailleurs mercredi au Centre Phi éditeurs et producteurs québécois. But de l’exercice : proposer des oeuvres à mettre en images, pousser leur production. On approuve.

Percée automnale

Au fil des ans, à force de soupirer devant le nombre restreint d’adaptations littéraires, riche bassin québécois en panne d’écrans, nous voici exaucés, cette saison, avec dans leur foulée ces livres en reprise de lumière, comme le Pieds nus dans l’aube réenchanté.

Tenez : pour l’heure, deux adaptations tiennent l’affiche dans nos salles. Autant dire la manne. Non seulement Léa Pool a revisité le roman de Sophie Bienvenu dans son Et au pire on se mariera, mais Luc Picard, avec le délicieux Les rois mongols, anime l’univers de Nicole Bélanger, sur fond de crise d’Octobre et d’enfance malmenée.

Vu au TIFF le très beau La petite fille qui aimait trop les allumettes, attendu le 3 novembre dans nos cinémas, après escale au FNC. Ce film en noir et blanc glorifie le roman déjà essentiel de Gaétan Soucy, pétri de blocages identitaires en perte de souffle. D’autres adaptations suivront en 2018. Patience !

Trame déjà tissée

Naître d’un livre n’est pas une assurance tous risques pour un film, faut pas croire. Celui de Léa Pool aurait gagné à s’offrir une actrice à la mèche rebelle, là où Sophie Nélisse respire l’aisance des beaux quartiers.

L’adaptation offre du moins en partage une trame déjà tissée et appréciée. Le but n’est pas de mettre les scénaristes en chômage. Il y a de la place pour tout le monde, allez !

Faut-il toutefois rappeler à quel point le scénario constitue souvent le maillon faible du cinéma québécois ? La virtuosité de nos cinéastes et techniciens n’est plus à démontrer. Plus rares sont les histoires à tenir solidement la route.

Oui, il s’écrit aussi d’excellents scénarios originaux. Pas de panique ! N’empêche ! Des récits répétitifs ou nébuleux témoignaient ces dernières années de pannes d’inspiration. Si, si, ça s’est vu…

La tendance à l’adaptation n’est pas neuve, bien entendu. On nommera les Séraphin, Survenant et autres Borderline. Avec coup de chapeau récent au Coeur qui meurt en dernier d’après le livre de Robert Lalonde, sous la réalisation réussie d’Alexis Durand-Brault.

De plus, le théâtre possède son propre champion, Michel Marc Bouchard, au record d’adaptations, six en dix ans, entre autres par John Greyson, Xavier Dolan et Mika Kaurismäki. Robert Lepage, de son côté, s’est trouvé plusieurs fois à la jonction des images mobiles, des planches et des mots.

C’est le boom du phénomène qui réjouit ; une réconciliation des genres remplie de promesses.

Il fut un temps où écrivains et cinéastes se côtoyaient davantage. On est juste heureux de les revoir enfin se parler.

« C’est immense, ici. Vous ne vous perdez pas quand vous allez à la rivière ?

— Nous avons nos sentiers », écrit Félix.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 30 septembre 2017 06 h 05

    chez tous les genres un caratère masculin et un caractere feminin

    chez tous les genres un caractère masculin et un caractère féminin, les amérindiens croyaient que c'était ainsi que nous étions faits, j'ai bien hâte d'en voir le résultat