Un thé avec Raël

Un des moments de télévision particulièrement savoureux dont je conserve le souvenir est cette rencontre entre Pauline Marois et le Français Claude Vorilhon, alias Raël, sur le plateau de Tout le monde en parle, en septembre 2004.

Cette pauvre Mme Marois, qui ne s’attendait pas à se retrouver en compagnie de cet énergumène, était abasourdie par ses élucubrations sur le clonage humain, sa rencontre avec Jésus ou encore par son apologie d’une « géniocratie », où seuls les gens supérieurement intelligents auraient le droit de vote.

« Il est fou à lier », avait-elle lancé le lendemain. Mal lui en prit. Indignés, des disciples de Raël ne l’avaient plus lâchée d’une semelle. Une plainte avait été déposée à la Commission des droits de la personne. « Ça me colle à la peau, j’en ai ras le bol, ils me pompent l’air », avait-elle déploré.

Un an plus tard, pour acheter la paix durant la course à la succession de Bernard Landry, elle avait finalement consenti à rencontrer deux membres de la secte. « On s’est sentis écoutés. Mme Marois a manifesté une ouverture à notre égard et nous a assuré qu’il y avait de la place pour toutes les minorités au Québec, y compris la nôtre », s’étaient-ils réjouis. La politique est parfois terriblement exigeante.


 

Le spectre de Raël est réapparu cette semaine dans le débat sur la neutralité de l’État à l’Assemblée nationale, où un amendement au projet de loi no 62 présenté par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a fait bondir les partis d’opposition.

De l’aveu même de Mme Vallée, cet amendement, qui assujettirait les députés aux dispositions du projet de loi, leur ferait obligation de rencontrer les représentants de n’importe quelle organisation religieuse, le mouvement raëlien ou l’Église de scientologie y compris. Simplement les critiquer pourrait même les exposer à des poursuites devant le Tribunal des droits de la personne. Une belle illustration de la différence entre la laïcité de l’État et une simple neutralité.

À la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais, qui s’indignait de cette atteinte à la liberté des élus, la ministre a répliqué qu’il lui apparaissait tout à fait normal de leur imposer le même devoir de neutralité qui sera exigé de l’ensemble des organismes relevant de l’État. Prendre le thé avec Raël laisserait sans aucun doute un souvenir impérissable à Mme Maltais.

D’un mois à l’autre, la ministre de la Justice s’embourbe un peu plus profondément dans un projet de loi que le premier ministre Couillard s’est engagé à faire adopter d’ici la fin de son mandat. Il était clair dès le départ qu’elle ne pourrait pas compter sur l’appui de l’opposition, mais on voit mal comment elle pourrait imposer par bâillon des dispositions qui pourraient affecter aussi ouvertement les droits des députés.


 

Comme si cela ne suffisait pas, voilà maintenant qu’Ottawa s’invite dans le débat. Déjà, à l’automne 2016, la Commission des droits de la personne avait jugé que le principe de la livraison et de la réception des services publics « à visage découvert », qui est au coeur du projet, constituait une « discrimination indirecte », qui aurait des « effets disproportionnés » pour des femmes portant le niqab en raison de croyances religieuses sincères.

Cette semaine, le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, un Sikh pratiquant qui porte turban et kirpan, s’est dit du même avis. S’il est vrai que les responsabilités de M. Bains n’incluent pas les questions de laïcité, ce serait faire injure à ce parlementaire d’expérience que de penser qu’il a confondu le projet de loi no 62 avec la défunte charte de la laïcité, comme l’a mentionné Mme Vallée.

Le PLQ a eu beau combattre la charte avec la dernière énergie, le gouvernement Couillard se retrouve au banc des accusés aux côtés du PQ dans le nouveau procès pour sectarisme (« bigotry ») que le Globe and Mail a intenté à la société québécoise dans son éditorial de vendredi. Son projet de loi est simplement un peu moins odieux que celui de Bernard Drainville.

Le nouveau mouton noir est cependant le député néodémocrate de Longueuil–Saint-Hubert, Pierre Nantel, qui a osé dire tout haut ce que n’importe quel organisateur politique de n’importe quel parti pourrait confirmer : les signes religieux qu’arbore le favori dans la course à la direction du NPD, Jagmeet Singh, opposé lui aussi au principe du « visage découvert », sont de nature à indisposer de nombreux électeurs québécois, qui y voient plutôt une règle élémentaire du vivre-ensemble et qui estiment que les élus devraient refléter la laïcité de l’État.

Là où le Globe a raison, c’est quand il dénonce l’hypocrisie d’une laïcité qui, sous couvert de respect du patrimoine, s’accommode aussi facilement de la présence du crucifix à l’Assemblée nationale.

47 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 23 septembre 2017 01 h 25

    Décidément...

    «Dieu»™ est un sacré «passe-temps» (toutes acceptions confondues), mais reste, depuis son invention, un très «mauvais (en)jeu de «sociétés». Sectarisme, bigoterie, etc. Je me reprends la lecture du «Sermon sur la montagne». Bref. Misère et miserere. (!) Au suivant!

    JHS Baril

  • Michel Lebel - Abonné 23 septembre 2017 06 h 26

    La rigolade du samedi!


    Je n'ai pas très bien compris où cet article voulait en venir! Un ou une députée serait obligée de prendre le thé avec Raël ou tout autre représentant d'une secte ou d'un mouvement religieux quelconque. C'est quoi cette histoire digne d'une rigolade à la Ionesco! Pourquoi ne pas limiter pour le moment la question ''au visage découvert'' et à quelques accommodements raisonnables.
    Pour le reste, y compris la présence du crucifix à l'Assemblée nationale, on verra... Il y a plus urgent et impérieux à faire. Le thé ou le café pourra bien être de nouveau réchauffé et distribué plus tard!

    M.L.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 23 septembre 2017 08 h 45

      Une décision simple devient une affaire compliquée. Enlever le crucifix à l'assemblée nationale-laïque, c'est simple, il faut une échelle et un tourne-vis et le placer ailleurs dans une salle loin dans l'édifice. Un état laîc n'est pas si compliqué à décider. On l'a fait pour les commissions scolaires et les écoles et personne n'est mort.

    • Jacques Patenaude - Abonné 23 septembre 2017 10 h 26

      Tout ce qu'on peut déduire de cette histoire de la loi 62 est que les libéraux tentent par tous les moyens de provoquer les partis d'oppositions en particulier le PQ et la CAQ dans l'espoir d'un dérapage linguistique pour ensuite pouvoir les accuser de racisme et d'intolérance. La meilleure chose à faire est de ne pas répondre à ces balivernes juridiques, les libéraux s’embourberont eux-mêmes dans leur absurdités. Suite à tuerie de la mosquée de Québec, les partis d'opposition s'entendaient sur une loi qui oblige à recevoir les services à visage découvert et la solution Bouchard. Qu'ils fassent front commun là-dessus les libéraux seront ainsi coincés.
      La campagne électorale des libéraux est commencée, ils n'en sont pas à une absurdité près pour gagner des votes.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 septembre 2017 11 h 27

      "Une décision simple devient une affaire compliquée. Enlever le crucifix à l'assemblée nationale-laïque, c'est simple" (Chantale Desjardins)

      De cette citation, et comme il se dit au Québec ("aussi simple que ça, on meurt"), serait-il possible de la réfléchir sur le Fleurdélisé qui, ce dernier, est muni, avec les quatre fleurs de lys, d'une croix blanche, symbole du catholicisme romain ?

      Bref ! - 23 sept 2017 -

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 septembre 2017 14 h 24

      Au contraire! Retirer le crucifix du Salon bleu est la première chose à faire si l'on veut montrer quel'État est laïque.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 23 septembre 2017 22 h 55

      @Michel Lebel 23 septembre 2017 06 h 26

      Vous dites (je cite) "Pourquoi ne pas limiter pour le moment la question ''au visage découvert'' et à quelques accommodements raisonnables." ... Pour créer diversion, possiblement - jeter un os aux chiens et les laisser s'épuiser autour. Ce gouvernement et cette ministre sont plus dangereux que jamais

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 24 septembre 2017 09 h 52


      Vous dites M. Lebel que vous n'avez «pas très bien compris où cet article voulait en venir». Rien de mieux qu'un peu de lumière pour bien s'éclairer.

      Le Québec - et le Canada et son fameux préambule sur la primauté de Dieu - sont en train d'édifier une société où le poids des dieux surpassera bientôt celui des hommes, où les croyances religieuses de ceux qui les portent primeront sur le droit des humanistes non croyants, des agnostiques et des incrédules.

      Le Québec - comme Le Canada - interdit toutes les discriminations, mais octroie des privilèges discriminatoires au détriment d'individus non croyants ou sceptiques, sous prétexte que les «identités religieuses», avec comme prime la promotion des signes religieux, font partie des «patrimoines culturels» (notion chère à Charles Taylor).

      Au Quebec, comme au Canada, il serait aussi insupportable, en regard de la liberté de conscience de tous et chacun, de concevoir des fonctionnaires du gouvernement en fonction, arborant des signes religieux que de voir par exemple un ou une enseignante en salle de classe, ou un juge ou un policier en fonction portant épinglette, badge, insigne, casquette ou chandail où serait inscrit «Dieu est mort» (F. Nietzsche)!

      Les incrédules et autres «mécréants» auront-ils toujours les mêmes droits que les croyants et leurs privilèges dans un avenir rapproché? Pire, verrons-nous, sous peu, le retour de la peine pour crime de blasphème?

      Le droit des uns commence dangereusement au Québec à primer sur le droit des autres... merci bien pour le thé!

    • Pierre R. Gascon - Abonné 24 septembre 2017 09 h 53

      Urgent et impératif

      Un projet de loi a été déposé à l'Assemblée nationale; ainsi, il devient perfectible, afin que nous puissions nous reconnaître et nous rassembler autour de valeurs communes avec comme objectif impératif : construire et vivre ensemble dans un imaginaire commun.

      Cependant, depuis la déchristianisation vécue ici, tout est planifié pour réduire, supprimer et bannir du vocabulaire et de l’imaginaire collectif tout ou presque de ce qui reste de notre héritage religieux.

      C'est la vision d'un monde sans Dieu. Ce n'est pas la mienne.

      J'ambitionne vivre dans une société, non pas où on muselle les religions, mais une société qui permet à celles-ci d'apporter toutes leurs composantes et d'enrichir ainsi la vie sociale elle-même.

      Plusieurs veulent nous imposer le laïcisme alors qu'au contraire la laïcité n'est autre que le respect de toutes les croyances de la part de l'État, qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants.

      Il devient urgent qu'un sain dialogue se dégage entre l'État et les Églises; ces deux entités qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires, peuvent sans aucun doute favoriser le développement intégral de la personne humaine et l'harmonie dans la société.

      Merci monsieur Lebel.

    • Céline Delorme - Abonnée 24 septembre 2017 10 h 12

      "Il y a plus urgent et impérieux à faire".
      Je suis bien d'accord avec vous, et les libéraux aussi: Mais il faut détourner l'attention du peuple des sujets importants.
      Donc on amuse le bon peuple avec des discussions infinies de détails sur les "accomodements". Pendant ce temps, il y a moins de questions sur la dégradation flagrante des soins de santé, des écoles, de l'aide aux démunis, et de tous les sujets d'importance quand on prétend gérer une société.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 24 septembre 2017 10 h 40

      @J. Patenaude 23 sept. 2017 10h26

      Bien d'accord avec vous. Je ne peux d'ailleurs pas croire que même S.V. soit aussi disjonctée. C'est possible, mais je vois surtout une tactique provocatrice, qui même aussi grossière, a quand même des chances d'être efficace tellement l'apparatus à l'oeuvre pour la faire paraître sensée est bien huilé.

      Mais c'est tout aussi vrai que le PLQ est vraiment 'pogné' avec son projet de loi, jugé d'une part trop mou par l’opposition officielle et la CAQ, reflet d’une bonne partie des Québécoi(e)s - toutes ethnies, langues et religions confondues - qui sont favorables à la laïcité assumée, et, d'autre part, jugé trop dur et même anti-constitutionnel par les promoteurs du 'state multicuralism' et de la centralisation fédéraliste, qu’ils soient du ROC ou d’ici.

      Ainsi, pour aller dans votre sens - et comme je disais ailleurs sur ce fil -, il serait stratégique de retrouver la sagesse arabe de la caravane et des aboiements en laissant le PLQ s'enliser dans le filet de mailles qu'il a lui-même lancé. Reste que ce gouvernement est majoritaire et qu’il faut continuer de lui résister fermement sur ces questions vitales, pendant que l’opposition parlementaire a encore des droits. Sur le PdL 62, Lisée avait d’ailleurs prédit cet embourbement du PLQ, ce qui lui avait valu la volée de tomates pourries habituelles sur ses blasphèmes, dont le dernier en date était sur les 'invités de Trudeau'. Comme on dit, qui veut tuer son chien l'accuse de la rage.

      La justice immanente sans magie, c'est ça aussi, à avoir que les actions et les énoncés faux portent en eux leur propre Waterloo. Il faut l'espérer en tout cas et surtout ne pas cesser de dénoncer les apories de ce système faussement libéral en redonnant ses droits à la raison devant cette débauche de fausse rationalité ... apparente, car pour ma part rien de tout ce qu'on voit dans la gouvernance actuelle, de première ligne et en coulisses, ne me semble innocent (genuine).

    • Michèle Lévesque - Abonnée 24 septembre 2017 16 h 50

      @J.M. Rodrigue 24 sept. 2017 09h52

      Bien que croyante et pratiquante, je partage votre position, qui en est une de justice démocratique dans un état de droit qui fait son pain et son beurre des libertés individuelles. Il est effarant de voir le Canada et le Québec faire passer les droits religieux (collectifs, par définition) pour des droits individuels, en abusant du concept de croyance.

      On en vient à cette absurdité qui forcerait les athées à s'organiser en religion pour défendre leurs droits. Car, pour ne nommer qu'un des aspects de ce bourbier, qui a les moyens de se défendre seul jusqu'en Cour suprême ?

      Outre cette considération, il y a toutes celles que vous et d'autres invoquez quant à la théocratie effective qui s'installe de plus en plus dangereusement dans le droit canadien et international. Pour l'instant, la canadienne est multicéphale, mais l'humain et la force titanesque de la croyance étant ce qu'ils sont, combien de temps avant qu'une religion, actuelle ou à venir, ne s'impose en assimilant les autres ?

      Cela dit, je sais qu'il y a des personnes totalement athées néanmoins soucieuses de préserver les symboles religieux patrimoniaux dans les espaces publics, incluant à l'AssNatQc. L'athéisme n'est pas monolithique.

      Votre propos éclairant me fait encore plus prendre conscience que, à chaque étape de la discussion et quitte à se répéter souvent, il faudra sans cesse clarifier les concepts et distinguer les registres. Et en particulier, tenir fermement le principe directeur français selon lequel c'est l'état laïc (et non athée) qui garantit la liberté de culte et d'expression publique de la foi dans les limites du vivre-ensemble. Le défi sera, de ces antipodes que sont la foi et la non-foi, de garder la cohésion sociale et le dialogue ouvert, non prosélytisme et non agressif (les 2 clés) pour construire une véritable tolérance - versus la parodie de tolérance qui nous gouverne présentement et avec de moins en moins de gants blancs.

  • Normand Carrier - Abonné 23 septembre 2017 06 h 59

    L'art de s'embourber et avoir l'air de parfaits imbéciles .....

    Ce projet de loi 62 est a l'origine de tous les dérapages et s'embourbe dans la médiocrité ... Il est difficille a croire que la ministre Vallée invente elle même cette absurdité d'obliger les députés a rencontrer n'importe représentants de sectes religieuses de tous acabit lorsque l'on sait que ces sectes de tous genres pullulent dans notre société ..... On peut croire que la demande vient du gourou qui a s'évit en Arabie Saoudite et qui a blanchit l'usufruit dans un paradis fiscal ...

    Ce n'est pas suffisant que nos élus libéraux croient et pratiquent le multiculturalisme , voila que la bande de Couillard se fait donner une lecon par leur homologue fédéral le ministre Bains qui porte le turban et le kirpan .....Il nous faut espérer que Justin n'intevienne pas dans ce débat lui le grand manitou du multiculturalisme .....

    Que le Globe and Mail nous invente un procès pour sectarisme est la cerise sur le gâteau et reflète bien cette mentalité anglo-saxonne que tous doivent être acceptés tels qu'ils sont sans obligation d'intégration .... On peut constater ce que cela a donné en Grande Bretagne ....

    Tant qu'au NPD , il se dirige vers les bas-fond au Québec avec cet important clivage sur la neutralité et la laicité de l'état ..... Il est manifeste que le fossé entre le Québec et le ROC se creuse dangereusement sur toutes ces questions de laicité et de multiculturalisme ....

    • Robert Beauchamp - Abonné 23 septembre 2017 13 h 04

      Surtout que Trudeau est le premier ministre d'une chef d'état monarque et à la fois chef religieux de l'Église anglicane.

    • Marc Lacroix - Abonné 23 septembre 2017 14 h 12

      J'arrive aux mêmes conclusions que vous, M. Carrier. Nos libéraux québécois qui espéraient ramasser la portion du vote des modérés au Québec se font "baptiser" de racistes..., par le reste du Canada y compris par les cousins libéraux fédéraux !

      Cette histoire nous indique bien que la vision de l'intégration et du multiculturalisme du Québec et celle du ROC divergent profondément. Ce qui est également amusant, c'est de voir jusqu'à quel point le multiculturalisme est en perte de vitesse..., même en Grande-Bretagne:

      http://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europ

      Il n'y a que nos bons Canadiens anglais pour croire aux vertus de l'acceptation du refus d'intégration des communautés en tout genre. Peut-être sont-ils encore tellement coincés dans leur rectitude politique bétonnée qu'ils se refusent à réfléchir !?!

    • Gilles Théberge - Abonné 24 septembre 2017 09 h 29

      Merci monsieur Lacroix, c'est un excellent article qui dresse un portrait actuel de ce qui accable la Grande Bretagne, et qui nous guette désormais.

      Étant donné que nous ne décidons que peu de choses en ce pays...!

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 septembre 2017 11 h 26

      La reine du Canada est-elle vraiment à la tête de l'Église épiscopale du Canada?

    • Jean Duchesneau - Abonné 24 septembre 2017 14 h 02

      M. Lacroix vous dites: "Il n'y a que nos bons Canadiens anglais pour croire aux vertus de l'acceptation du refus d'intégration des communautés en tout genre." Selon plusieurs auteurs, dont Pascal Bruckner dans "Un racisme imaginaire" cette attitude proviendrait du passé collonial des Anglais, qui visait l'enrichissement de l'empire tout en préservant la pureté de leur race WASP). Lors de la décolonisation, en Affrique du sud, la solution fut l'appateid, alors que le communautarisme fut le modèle retenu pour les immigrants en sol britannique. Donc, rien de glorieux dans la génétique multiculturaliste. De son côté, le colonisateur français, était convaincu d'apporter aux colonisés un plus haut niveau de civilisation. Ils visaient l'assimilation afin de "les rendre comme nous". En somme, affirme Bruckner, c'est pour cela qu'aujourd'hui, l'Anglais dit "faites comme chez vous" et le Français "faites comme chez nous". N'est-ce pas aussi solidement ancré dans notre inconscient collectif que l'on soit anglophone ou francophone.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 24 septembre 2017 18 h 36

      @S. Auclair 24 sept. 2017 11h26

      Pas épiscopale, anglicane, même s'il y a des recoupements entre les deux.

      Un long article sur wikipedia ("Anglicanisme") à https://fr.wikipedia.org/wiki/Anglicanisme.

      Pour ce que j'en sais et comprends, car c'est complexe, l'Anglicanisme (Église d'Angleterre) est assez décentralisée, beaucoup plus que la catholique romaine. L'Église anglicane n'est toutefois pas totalement multicéphale comme c'est le cas de l'Orthodoxie qui est organisée en grands patriarcats nationaux ou supra-nationaux. Note : il y a trois grandes familles, ou confessions dans le christianisme : l'Orthodoxie dite aussi 'des Églises d'Orient', le Catholicisme romain et les Églises nées de la Réforme protestante au XVIe siècle. L'Anglicanisme fait partie de cette troisième grande famille.

      Les Églises réformées sont très nombreuses. Il y a les grandes organisations - Anglicanisme, Église Unie (Canada), Calvinisme, Église presbytérienne, etc., elles-mêmes gérées par territoires, mais aussi une multitude de petites Églises (assemblées) diversifiées et aussi des sectes. Leurs organisations, cultes et fondements (corps de croyances et doctrines) sont aussi très variés. Au niveau du rituel, l'Anglicanisme est très proche de la pratique catholique romaine, la différence la plus remarquable étant l'ordination des femmes, prêtres et même évêques – en plus de la non-reconnaissance du pape de Rome et de divergences sur des points de doctrine, mariale (Vierge Marie) notamment. Des femmes prêtres, on n’est pas près de voir cela à Rome car même le diaconat permanent leur est refusé ! Par contre, selon wikipedia, l'Anglicanisme est divisé quant à la place des homosexuel(le)s dans le clergé.

      Tout cela étant dit, je crois que les signes de la fonction religieuse de la Reine sont bel et bien présents à l'AssnatQc, entremêlés aux symboles de pouvoir politique (sceptre, écussons, etc.)

      En vrac, mais ça donne une idée.

  • Jean Lapointe - Abonné 23 septembre 2017 07 h 34

    Comment peut-on être contre la laïcité de l'Etat?

    «les signes religieux qu’arbore le favori dans la course à la direction du NPD, Jagmeet Singh, opposé lui aussi au principe du « visage découvert », sont de nature à indisposer de nombreux électeurs québécois, qui y voient plutôt une règle élémentaire du vivre-ensemble et qui estiment que les élus devraient refléter la laïcité de l’État.» (Michel David)

    Cela m'apparaît tellement évident et comme allant de soi que je me demande comment des gens sérieux et sincères peuvent être contre cela.

    Comment se fait-il qu'ils puissent prétendre que des signes religieux semblables à ceux qu'arbore Jagmeet Singh ne les dérangent pas parce que c'est là d'après eux respecter la liberté religieuse des gens?

    Est-ce qu'elle n'est pas plutôt là l'hypocrisie?

    Est-ce que ce n'est pas hypocrite que de prétendre que ça ne vous dérange pas alors que ça ne peut pas ne pas vous déranger?

    Est-ce que ce ne serait pas parce qu' ils ne veulent pas leur faire de peine? Et alors est-ce que ce n'est pas du paternalisme? Et alors est-ce que ça ne révèle pas un manque de franchise.

    Comment se fait-il qu'ils soient si nombreux à considérer l'hypocrisie comme acceptable dans ces cas-là?

    Et si nous sommes nombreux au Québec à tenir à la laïcité de l'Etat, est-ce que nous ne devons pas nous en réjouir parce que c'est manifestement faire preuve de beaucoup plus de franchise?

    Dans la vie de tous les jours nous nous devons bien sûr faire de preuve de tolérance mais quand il s'agit de l'Etat il me semble qu'il va de soi qu'il devrait être laïc si on veut qu'il soit l'Etat pour tout le monde?

    Serait-ce que ce serait parce que nous aurions au Québec bénéficié davantage de l'esprit des Lumières qui a prévalu en France au 17e siècle si nous acceptons mieux la laïcité?

    Il y a sûrement des lecteurs qui en savent plus que moi là-dessus.

  • Sylvain Deschênes - Abonné 23 septembre 2017 07 h 52

    Radotage sur le crucifix

    Le radotage sur le crucifix continue.

    Le crucifix fait partie de la quincaillerie religieuse de l'Assemblée nationale avec la couronne anglicane et ses multiples croix et avec le slogan idoine: Dieu et mon droit.

    Et si on enlevait tout, en même temps que la monarchie constitutionnelle et son droit divin? Le Globe applaudirait?

    • Jean-Marc Simard - Abonné 23 septembre 2017 08 h 35

      Voir Goy George sur le crucifix à l'assemblée nationale;

      https://youtu.be/ZUfsRri_WVg

    • Gilles Théberge - Abonné 23 septembre 2017 08 h 46

      Oui c'est fatiguant ce rappel du crucifix, un objet culturel qui fait partie de notre patrimoine.

      Un doigt d'honneur au globe and mail, de Toronto !

    • Pierre R. Gascon - Abonné 23 septembre 2017 10 h 59

      En décrochant ce crucifix inoffensif d'un homme en train de mourir sur une croix, l'Assemblée nationale manquera de respect envers plusieurs personnes;

      Historiquement, l’Église de Rome et ses institutions se sont substituées à l’État démantelé de la Nouvelle France pour assumer les deux missions essentielles de notre État naissant : peupler et mettre en valeur le territoire.

      De 1760 à 1960 ce sont ces institutions qui serviront d’armature aux assises de notre État qui va nous permettre de conserver notre cohésion nationale ; garantie de notre existence comme nation française en Amérique.

      Ensuite arrive avec l'ère de l'ultra modernité, la déconfessionnalisation et la déchristianisation; cette ère d'incertitudes après celle de la modernité des certitudes de la Charte universelle des droits et libertés, adoptée par l'ONU à la suite des deux guerres mondiales.

      Revenons au crucifix.

      Je dis non aux personnes qui manifestent cette intolérance cultuelle parce que qu'elles sont guidées par leur incapacité de rejoindre l’autre dans sa différence, voire le refus délibéré de cette différence.

      Mais pourquoi transformons-nous nos particularismes en barrières discriminatoires, comme si les bons étaient tous d’un côté et les méchants tous de l’autre?

      Le Dieu de nos ancêtres nous veut humains et fraternels; il n’est pas un tyran prompt à éliminer les opposants.

      Ensemble, nous formons un champ sur lequel Dieu fait lever le soleil et tomber la pluie.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 23 septembre 2017 11 h 21

      La croix n'est pas qu'un bibelot; elle constitue un symbol national.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 23 septembre 2017 14 h 04

      C'est Maurice Duplessis qui en 1936 a fait accroché le crucifix au-dessus du trône du Président de l'Assemblée nationale en opposition aux huit autres symboles de la Couronne Britannique qui ornent aussi ce trône présidentiel...Selon l'historien Goy George le crucifix n'est pas un symbole catholique mais plutôt le symbole de la mort du Judéen Jésus de Nazareth, crucifixion demandée aux Romains par les Rabbins de l'Église juive d'alors, justement parce que ce Jésus prônait la séparation de l'Église, de toutes les Églises ou confessions religieuses, de l'État: «Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu». En ce sens le crucifix serait davantage un symbole affirmant la laïcité de l'état qu'un symbole qui donnerait préséance à l'emprise cléricale de l'Église catholique.Le véritable symbole représentatif de L'Église catholique ( ses armoiries) sont une Tiare entourée de deux clés, et non le crucifix qui n'est que le symbole de Jésus crucifié. Donc avant d'enlever le crucifix pour affirmer la séparation de l'Église et de l'État, il faudrait d'abord enlever les huit symboles qui ornent le dit trône présidentiel qui, eux, affirment la main-mise de la Couronne britannique et de l'Église anglicane sur le peuple du Québec, dont le Monarque britannique est le chef suprême, autrement dit le Pape. Ces huit symboles de la Couronne britannique rappellent en fait que le peuple du Québec a été conquis par les Anglais et qu'ils doivent soumission à la Couronne Britannique et à son Église anglicane...Pour confirmer la laïcité de l'État du Québec il faudrait d'abord le séparer de l'emprise de l'église anglicane par le biais du Monarque britannique, la Reine Élisabeth...

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 septembre 2017 14 h 26

      Ce crucifix n'est pas un symbole national ou patrimonial. Il a été mis là par M. Duplessis, 60 ans après l'ouverture du bâtiment abritant ce qui était alors le Salon vert, dans le but de se moquer du parti libéral.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 septembre 2017 20 h 56

      @ JMD un instant j'ai crû que vous parliez de Boy George...
      un autre canular de QS du Lac ...

    • Marie Nobert - Abonnée 24 septembre 2017 01 h 13

      «Le crucifix fait partie de la quincaillerie religieuse de l'Assemblée nationale avec la couronne anglicane et ses multiples croix et avec le slogan idoine: Dieu et mon droit.»
      Désolé. «Dieu et mon droit» est «antes» Henry VIII - dit l'anglican de première génération, mais bon. L'Ordre de la jaretière vous attend.(!)