La crise est finie!

La Réserve fédérale emprunte la voie de la normalisation et tourne la page de la crise de 2008. Neuf années à ramer en solitaire, à faire face à des vents contraires soufflés par une mauvaise réaction politique. Du point de vue monétaire, la crise est finie, alors que jamais, en 30 ans, le fossé entre riches et pauvres n’a été aussi prononcé dans la plupart des pays membres de l’OCDE.

La banque centrale américaine estime que l’assouplissement monétaire exceptionnel pratiqué en réponse à une crise toute aussi exceptionnelle n’a plus sa raison d’être. En enclenchant le processus de dégonflement graduel de son bilan, la Fed range au placard un programme d’achat d’actifs visant à gorger le marché de liquidités dont l’efficacité reste autant à démontrer que celle des taux négatifs. Mais à leur défense, les banques centrales ont eu à conjuguer avec la réaction politique empruntant à l’austérité budgétaire.

Les chiffres de la crise déclenchée avec la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 sont plutôt étourdissants. 420 milliards pour les pertes mondiales liées à l’éclatement de la bulle des subprimes derrière la faillite de la banque d’affaires new-yorkaise, déclencheur de la crise financière de 2008 ; 700 milliards pour le plan Paulson pour venir en aide au secteur bancaire, mais 1400 milliards pour les pertes potentielles des banques mondiales ; 1000 milliards pour les pertes liées à la crise globale, estimées par le Fonds monétaire international ; 4500 milliards pour l’actif accumulé au bilan de la Fed ; un point de pourcentage pour la ponction sur la croissance mondiale en 2009, et presque autant pour celle sur le PIB des pays développés…

Alignement de chiffres

On peut bien aligner les chiffres, il aura tout de même fallu sept ans à l’économie américaine pour effacer son déficit de croissance découlant de la crise. Pendant la Grande Récession qui a suivi, avec 8,5 millions d’emplois perdus, les États-Unis ont vu leur PIB se contracter de 3,7 % et ont comptabilisé un taux de pertes d’emploi de 6 %, de loin supérieur à celui mesuré au cours des plus sévères récessions. Au Canada, la contraction du taux d’emploi a été de 1,8 %, avec un peu plus de 400 000 emplois perdus, avait chiffré Statistique Canada.

Neuf années ont été nécessaires pour récupérer les emplois perdus depuis la crise. Mais la croissance des salaires reste toujours anémique. Aussi, les chômeurs de longue durée et les jeunes déscolarisés et sans emploi se font encore plus nombreux en pourcentage qu’en 2007. Vue globalement, cette crise a accéléré le creusement des inégalités et élargi le fossé entre les riches et les pauvres en l’absence d’une réaction budgétaire appropriée, le politique n’en ayant eu que pour un endettement public remonté à des sommets jamais vu depuis la Dépression.

Il est désormais accepté comme explication que, s’il a fallu tout ce temps aux banques centrales, les politiques d’austérité (ou de rigueur budgétaire, c’est selon) ont plombé la relance et accentué davantage la progression sur le chômage et les inégalités.

Maintenant que l’économie a retrouvé une certaine vitesse de croisière, les gouvernements auraient intérêt à ne pas répéter les erreurs du passé. Cette montée d’un certain populisme et du mouvement antimondialisation ayant conduit Donald Trump à la présidence des États-Unis s’est nourrie d’une libéralisation du commerce n’ayant pour thème principal que les mots croissance économique. L’an dernier, l’économiste en chef de la Banque mondiale proposait une dialectique opposant l’objectif de création de la richesse à celui de réduction de la pauvreté. Il rappelait que la croissance économique n’était pas un remède suffisant contre la pauvreté. Pire, qu’elle masquait un accroissement des inégalités et de l’extrême pauvreté

Mais dès décembre 2013, l’OCDE publiait un rapport dans lequel on pouvait lire que la redistribution est le moyen le plus direct de corriger les inégalités. Que les bienfaits de la croissance ne se propagent pas d’eux-mêmes aux couches les plus modestes et que cette redistribution n’est pas un frein à la croissance. En fait, toute amplification de ces inégalités fait chuter la croissance. À l’inverse, disait encore l’OCDE, « les politiques qui contribuent à en enrayer le développementou à inverser la tendance feront les sociétés les plus riches, en plus de les rendre moins injustes ».

Les banques centrales ne peuvent rien faire pour cela.

2 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 21 septembre 2017 04 h 57

    La crise n'est pas finie.

    Avec le ministre Blais, la crise s'accentue pour les plus pauvres.

    Heureusement, l'aide aux familles de Trudeau a atténuée l'austérité bête de Couillard.

    S'il est un bienfait du fédéralisme, c'est qu'un niveau de gouvernement peut corriger les bêtises de l'autre.

  • Réal Ouellet - Inscrit 21 septembre 2017 16 h 01

    La machine à piastres...


    "la Fed range au placard un programme d’achat d’actifs visant à gorger le marché de liquidités"

    Dans mon jeune âge, il y avait le Crédit Social de Réal Caouette et le Crédit Social rêvait d'appliquer la théorie économique du major Douglas. La théorie en question consistait simplement à imprimer de l'argent suivant les besoins. On appelait ça la machine à piastres!

    De façon générale, les créditistes faisaient rire d'eux-autres.

    ...Et pourtant la réserve américaine a fait exactement la même chose sous le nez de millions d'économistes soi-disant chevronnés.