La disparition des monopoles sous l’ALENA?

Le récent rapport de l’Association des vignerons du Canada et de ses partenaires rendait compte de la situation actuelle de l’industrie de la vigne d’un océan à l’autre. Des chiffres qui revêtent, en cette période de renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec nos voisins du Sud, une signification toute particulière.

On y apprend que les retombées économiques de l’industrie canadienne du vin sont passées de 6,8 milliards à 9 milliards de dollars de 2011 à 2015 (une augmentation de 33 %) et qu’elle emploie plus de 37 000 personnes. Cela, en tenant compte du fait que le Canada ne représente que 0,5 % des volumes et qu’il contribue à l’exportation sur la planète vin à hauteur de 0,15 %. Enfin, c’est 1,7 milliard en taxes et impôts que génère l’industrie vinicole, sans compter les marges brutes pour les monopoles respectifs.

Si ces chiffres paraissent encourageants pour l’industrie d’ici mais comptent pour des peanuts chez ces éternels insatisfaits au sud de la frontière, il demeure que les semaines à venir en matière de négociation donneront l’impression que les négociateurs étasuniens ne se contenteront certes pas de quelques peanuts rances, et qu’ils voudront au contraire piger dans le bol au complet de Fresh-Planters-Deluxe-Whole-Cashew-Salted-with-100 %-American-Salt.

Photo: Jean Aubry Regardez rapidement cette photo. Votre première impression, sans trop vous y attarder? Que re­marquez-vous?

D’ailleurs, dans un marché actuel où les vins élaborés aux États-Unis comptent déjà pour 67 % du marché intérieur, par rapport au marché des vins canadiens qui n’en occupe, lui, que 32 % — sans compter le surplus commercial de 450 millions dégagé de l’autre côté de la frontière par les États-Unis —, il serait ironique de penser que ces mêmes négociateurs sont soudainement devenus allergiques à toute forme de noix, quelle qu’elle soit.

Des monopoles encore justifiés ?

Ce qui nous amène bien évidemment sur le terrain de ces organismes gouvernementaux canadiens qui nuisent à la libre circulation des capitaux… liquides. Car, vous l’aurez deviné, on n’a que faire, au pays de l’oncle Sam (Don), de cette espèce de protectionnisme déguisé que constituent les monopoles, qu’il s’agisse de la Société des alcools du Québec, du Liquor Control Board of Ontario ou de la BC Liquor Board Distribution.

L’État avantagerait les vins québécois en favorisant la vente directe sur place, dans les épiceries ou dans ses propres magasins à l’échelle du Québec ? Une plainte qui m’apparaît particulièrement gonflée étant donné l’impressionnante progression des ventes de vins made in USA sur notre marché au cours des cinq dernières années.

Ceux-ci caracolent dorénavant derrière les vins français et les italiens, tout en faisant la vie dure aux espagnols. Pas si mal, tout de même, dans un contexte « protectionniste ». Je doute que les vins canadiens, à l’inverse, auraient la chance de bénéficier de telles envolées commerciales chez nos voisins.

Quel serait, alors, l’impact pour l’ensemble du Canada de l’adoption du modèle de commercialisation composé du trio importateur-distributeur-vendeur si cher à l’industrie au sud de la frontière ?

Je verrais difficilement les gros joueurs de cette même industrie faire la fine bouche sur le potentiel du marché d’ici.

À mon sens, plus que la fine bouche, ces gens ne feraient qu’une bouchée de ce segment de marché en jouant les rouleaux compresseurs, ne serait-ce que sur le plan des économies d’échelle.

Les négociations qui démarraient cette semaine pourraient changer le paysage du commerce du vin au Canada.

Subliminal ?

Avec l’ALENA, il y aura notamment un impact sur nos embouteilleurs locaux. Acquisitions, fusions, transformations : des chamboulements sont à prévoir.

En contrepartie, cependant, cela permettrait de décloisonner ces vins d’épicerie qui brouillent encore et toujours les cartes de la traçabilité du produit quand ils ne font tout simplement pas mention des cépages comme des millésimes sur l’étiquette.

Un exemple récent ? La mise en marché d’un blanc, d’un rosé et d’un rouge en provenance d’Italie, et conditionnés en Montérégie. Regardez rapidement, maintenant, la photo qui accompagne cette chronique.

Votre première impression, sans trop vous y attarder : que remarquez-vous ? Que vous êtes en face de deux bouteilles de chianti. J’en ai fait l’expérience avec plusieurs personnes cette semaine. À l’exception d’une seule personne, la réponse fut unanime envers la célèbre appellation toscane. Subliminal, dites-vous ?

C’était ma première impression lors de la réception de l’échantillon de droite, soit la bouteille de Cantini. À moins que ce ne soit… Chiantini. Même la calligraphie a des airs de famille.

Attardez-vous maintenant aux blasons respectifs. Des airs de famille aussi. Il faudra remonter près d’un demi-millénaire en arrière pour asseoir celui de la famille Ricasoli (sur la gauche) ; je parierais que celui de la maison de Francesco Mancino (nom fictif sur la droite ?), de l’embouteilleur Triani, est une prouesse graphique digne du nouveau millénaire. Le pedigree en moins.

Le subliminal vire toutefois rapidement au « subliminable » puisqu’au-delà de la mention « Produit d’Italie » — évidemment rédigée en tout petits caractères —, il n’y figure aucune indication sur le fait que le produit en question est embouteillé ici, au Québec.

Il n’est nullement fait mention non plus qu’il l’est en Italie. Du point de vue qualitatif, la chose a son importance. Est-ce à penser que la mise en bouteille se pratique au-dessus de l’Atlantique Nord ?

Ne soyons pas cynique car, au-delà du flou artistique entourant ce Cantini, il s’avère tout de même que le vin n’est pas mal, sans vices cachés ni vertus révélées.

Un vin de soif calibré pour plaire à une majorité de consommateurs.

Puis, il insuffle cette portion de rêve qui laisse croire que nous nous frottons à un bon chianti. C’est déjà ça de pris. Il s’avère cependant que, pour 3 $ de plus, vous obtiendrez à la SAQ, avec celui de Ricasoli (15,55 $ –13188858 – (5) ★★1/2), l’original au lieu de la copie.

La rentrée vins

Vous voulez rencontrer des gens qui partagent la même passion que vous pour le vin afin d’échanger dans un contexte à la fois sain, fiable, intègre et pas snob du tout ? Que ce soit pour les cours ou pour des dégustations thématiques, j’oserais vous recommander trois options.

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Quant aux Amis du vin du Devoir, tout recommence évidemment en septembre avec un premier volet de l’a b c de la dégustation prévu les lundis 11 septembre et 23 octobre prochains. Information ☎ 514 932-6516, guideaubry@gmail.com