Les hommes en chiffres

Les hommes forment 49,7 % de la population québécoise. Comment vont-ils ? Sont-ils en bonne santé physique et mentale ? Leur vie sociale est-elle satisfaisante ? Savent-ils aller chercher de l’aide en cas de besoin ?

Les chercheurs Jacques Roy (sociologie) et Gilles Tremblay (service social) se penchent sur la question dans Les hommes au Québec. Leur but n’est pas de victimiser leurs semblables, mais « de stimuler la réflexion sur les hommes au Québec, sur le plan social et sur celui de la santé, et dans le contexte de leur rapport aux services », afin de contribuer à l’amélioration de leur situation. L’exercice, par moments étourdissant étant donné son caractère statistique, s’avère éclairant.

En ce qui concerne la scolarité, la situation des hommes québécois n’est pas rose. En maternelle, déjà, selon des données de 2013, le tiers des garçons sont identifiés comme vulnérables dans au moins un domaine de développement, ce qui n’est le cas que de 18,5 % des filles. Dans les classes du collégial, on retrouve 19,8 % plus de filles que de garçons. En 2006, 22 % des femmes ont obtenu un diplôme universitaire par rapport à 20,7 % des hommes.

Le taux de décrochage des moins de 20 ans s’est amélioré au Québec. En 1979-1980, 43,8 % des garçons et 37,2 % des filles décrochaient. En 2009-2010, 21,5 % des garçons et 13,6 % des filles quittent l’école sans diplôme. Ça va mieux qu’avant, mais la situation des garçons ne s’est pas améliorée autant que celle des filles.

Rapprochements

En matière d’emploi et de revenu, la situation des hommes et celle des femmes tendent à se rapprocher. Les taux d’emploi et d’activité des hommes dépassent légèrement ceux des femmes et le taux de chômage est à peu près le même. Entre 1980 et 2010, le revenu moyen des femmes a doublé, pendant que celui des hommes restait stable. Toutefois, en 2010, les hommes gagnent toujours, en moyenne, 29,1 % plus que les femmes, une réalité qui devrait changer dans les prochaines années, étant donné ce qui a été dit de la scolarité des uns et des autres précédemment.

D’après les données recueillies par les chercheurs, les pères d’aujourd’hui consacrent plus de temps que leurs prédécesseurs aux tâches familiales, même si l’égalité avec les femmes reste à atteindre à cet égard.

Sur le plan de la santé physique et mentale, le portrait des hommes tend à s’améliorer, mais reste préoccupant si on le compare à celui des femmes. Les premiers seraient ainsi plus nombreux que les secondes à être physiquement actifs (44 % contre 36,5 %), mais ils auraient de moins bonnes habitudes alimentaires, feraient plus d’embonpoint (41 % contre 27,1 %) et consommeraient plus d’alcool et de drogue de manière excessive. Retenons aussi que, « en 2014, les trois quarts des suicides complétés au Québec ont été commis par des hommes ». Malgré tout, l’espérance de vie de ces derniers tend à se rapprocher de celle des femmes (79,8 ans contre 83,8 ans en 2012).

Résistance

En gros et en moyenne, donc, les hommes vivent moins longtemps que les femmes, ont plus de dépendances (alcool, drogue, jeu), décrochent plus, se laissent plus souvent aller à la délinquance et à la criminalité (« en 2012, les hommes composent 81 % des personnes ayant commis une infraction criminelle ») et se suicident plus. Pourtant, constatent les chercheurs, ils consultent nettement moins que les femmes les services de santé et les services sociaux.

Cette résistance à recourir à ces services d’aide s’explique, selon Roy et Tremblay, par « la socialisation de genre ». Les hommes ressentiraient un malaise à faire part de leurs faiblesses et cultiveraient un fort sens de l’autonomie qui les mènerait à vouloir régler leurs problèmes par eux-mêmes ainsi qu’à préserver leur vie intime. De plus, les hommes des classes populaires seraient particulièrement allergiques à la « culture technocratique » des services.

Bien des hommes sont vulnérables, donc, mais ils ne consultent pas. Au lieu de plaider pour leur « rééducation », les chercheurs proposent que les services tentent de les rejoindre en respectant leur volonté d’autonomie, c’est-à-dire en développant « des rapports égalitaires entre les clients et les intervenants », une approche valable autant pour les femmes que pour les hommes, d’ailleurs.

Les hommes au Québec. Un portrait social et de santé

★★★

Sous la direction de Jacques Roy et Gilles Tremblay, avec la collaboration de Linda Cazale, Richard Cloutier et Aimé Lebeau, PUL, Québec, 2017, 176 pages

2 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 12 août 2017 20 h 25

    Les hommes en actions

    Parmi les effets de la socialisation de genre, il y a aussi que les hommes préfèrent l'action davantage que la parole, ce qui fait que les psychothérapies traditionnelles par la parole les intéressent moins. Ce qui fait aussi qu'ils "accomplissent" davantage leurs projets de suicide que les femmes qui font autant de tentatives suicidaires qu'eux.

    Quand on observe comment fonctionne le système éducatif dès l'entrée en garderie et ensuite le système d'aide et de soutien psychologique, on peut certes se demander si cette culture est encore faite pour ces hommes qui se fatiguent plus vite de parler.

    Marc Therrien

  • Jean-Yves Arès - Abonné 13 août 2017 12 h 41

    Chiffres jamais vus.

    5.7% plus de naissance de garçons que de filles en 2016, soit 44,467 contre 42,074.

    Pourtant, a l'autre bout du spectre, dans les 100 ans et plus on compte 156 hommes pour... 1,601 femmes !


    Et voyez qui se plaint d'inégalité ...

    Y'a vraiment pas de justice.
    :)