La couleur de la diversité

Il existe une multitude de façons de célébrer la diversité. Prétendre que nous sommes « tous pareils » n’en est pas une.

Parmi les projets cautionnés par la Société du 375e anniversaire de Montréal : Les gens de couleur. Un projet d’Ilotopie, une entreprise française, mettant en vedette des personnages « colorés de la tête aux pieds. Entre mimes et statues, ils prennent la rue d’assaut pour composer leurs tableaux ludiques et sympathiques ». À mon sens, c’est effectivement amusant, des personnes peintes en bleu, rouge, ou jaune circulant ici et là.

Le hic, c’est que ce projet s’inscrit dans une volonté de célébrer la diversité montréalaise.

Dans un article du 4 juillet dernier, le journal Métro rapporte qu’Isabelle Pelletier, chef des relations de presse à la Société du 375e, a dit : « On aime vraiment l’idée derrière ça. […] Peu importe le sexe, la couleur de la peau ou la forme du corps, on est tous pareils. C’est un beau message qui correspond à Montréal. » Euh, pardon ?

Les personnes qui soutiennent que nous sommes « tous pareils » ont une bonne intention. C’est positif et optimiste de souhaiter que, comme société, chaque individu voie son prochain comme une personne humaine, ni plus ni moins.

L’enjeu, c’est que cet argument réduit à des facteurs cosmétiques les différences entre individus. Cette posture ignore la valeur qui réside dans l’expérience différente de l’autre. Elle nie aussi les rapports de force entre les différents groupes qui composent la société ainsi que les privilèges et désavantages qui en résultent. J’accepterais l’argument « tous pareils » plus facilement s’il n’en était que de la couleur de ma peau et de la texture de mes cheveux. Mais il n’en est pas ainsi.

Je suis un homme noir hétérosexuel. D’origine haïtienne. Né à Montréal et ayant grandi dans l’est de la ville. Dont les parents ont payé l’école privée de la maternelle au cégep, en plus des études universitaires en droit. Ces caractéristiques ne déterminent pas l’ensemble des relations que j’entretiens avec le monde, mais les influencent.

Certains de mes privilèges ont facilité mon cheminement. Cela étant dit, j’ai fait le choix d’adopter un accent québécois dès la 4e année du primaire parce que j’ai observé que je me ferais plus d’amis de cette manière. À l’âge adulte, j’ai vécu ce phénomène sur le marché du travail, ajustant désormais mon accent de manière inconsciente. De plus, on m’a souvent dit que je ne suis « pas un Noir comme les autres ». Ou que je ne suis « pas un vrai Noir ». Je désespère en pensant à comment « les autres Noirs » sont perçus malgré eux. D’ailleurs, je réfléchis tous les jours aux inégalités socio-économiques qui plombent les communautés noires et qui s’inscrivent dans un lourd historique de colonialisme et d’esclavage.

J’appartiens à la société québécoise tout en revendiquant qu’on soit sensible à ma réalité particulière, riche de mes enjeux et de mes contributions.

Ces raisons expliquent pourquoi, dans le cadre d’événements symboliques comme les célébrations du 375e, une période marquante de la société que nous construisons ensemble, je m’attends à ce que les organisateurs de ces célébrations reconnaissent la valeur de la diversité culturelle qui compose notre ville plutôt que d’arguer que nous sommes « tous pareils ». Surtout si c’est par l’entremise d’un projet nommé Les gens de couleur !

Un tel souhait est réalisable. D’autres projets soulignent de façon appropriée la valeur de la diversité montréalaise. Notamment, le Forum Jeunesse de l’île de Montréal a su mobiliser de jeunes leaders de tous les arrondissements représentant la diversité sous toutes ses formes afin de réfléchir au futur de la ville. Ceci est le résultat d’une compréhension du Montréal d’aujourd’hui.

Je vous recommande également la lecture d’Aime comme Montréal, un livre sublime relatant en photos et textes l’histoire de 60 couples interculturels montréalais.

Enfin, soulignons l’événement artistique et festif Nova Stella. Selon la Société du 375e, Nova Stella appelle notamment « à ouvrir une ère nouvelle dans notre rapport à l’Autre, à abolir le clivage eux/nous pour ne conserver qu’un nous inclusif, dans lequel chaque Montréalais·e trouve sa place ». Cet événement donne suite aux recommandations d’un groupe de travail bénévole dont j’ai fait partie cet hiver et qui a permis un dialogue franc et ouvert avec l’équipe du 375e sur le thème de la diversité culturelle.

Nos échanges ont permis l’élaboration d’un concept qui, je le souhaite, rendra fier tout Montréal. Espérons que la Société du 375e s’inspirera de ces échanges pour le positionnement du projet Les gens de couleur. Ce projet a une valeur ludique et sympathique, sans plus. De grâce, ne dites pas qu’il célèbre la diversité.
 


Note de l'éditeur : Fabrice Vil a participé bénévolement à un comité de travail du 375e de Montréal sur la diversité culturelle.

 

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