Un rendez-vous manqué

Le dernier Conseil national du Parti québécois a relancé le débat sur les fameux « quotas », c’est-à-dire le fait de réserver des sièges ou des postes à des groupes sous-représentés. En l’occurrence, au Parti québécois, il s’agissait de la place des jeunes et des minorités ethnoculturelles.

J’ai déjà moi-même bénéficié de ces fameux quotas. À l’âge de 25 ans, j’ai été sollicitée pour occuper un siège réservé aux jeunes de moins de 30 ans au sein d’un conseil d’administration dont l’âge moyen était de 65 ans. Pour une autre organisation, j’ai occupé un siège réservé aux communautés culturelles, ce qui m’a permis de me présenter aux élections à la présidence où j’ai eu la chance d’être élue. Mes premiers pas à la radio communautaire ont été rendus possibles grâce à un programme d’intégration de la diversité sur les ondes. Ces premières opportunités ont été autant de déclencheurs qui m’ont ensuite permis de me tailler une place, sur la seule base de l’expérience acquise, et ainsi servir dans d’autres instances, à la radio et ailleurs.

C’est pourquoi j’étais favorable à la proposition de Paul St-Pierre Plamondon dans son rapport « Osez repenser le PQ », rendu public en février dernier, de « réserver » un siège à la diversité dans chacun des 125 exécutifs de circonscription. Cette idée, pleine de bonne foi et de bon sens dans le Québec d’aujourd’hui, n’avait rien de bien révolutionnaire puisqu’un conseil exécutif de circonscription au PQ peut compter jusqu’à une quinzaine de membres.

Or, le Conseil national du PQ a choisi de diluer cette recommandation dans le document « Faire partie de la solution » qu’il a présenté aux délégués. Il n’était plus question de « réserver » quoi que ce soit, mais simplement de « favoriser la présence d’au moins une personne de la diversité » dans les exécutifs de circonscription. On passait donc d’une volonté politique claire à un voeu peut-être pieux qui a lui-même été jugé encore trop contraignant par les délégués présents au Conseil national, qui ont rejeté cette proposition.

Comble du paradoxe, ces mêmes délégués ont appuyé une proposition demandant « une juste représentation de la diversité » au sein de la fonction publique. Autrement dit : demandons à la fonction publique d’accomplir ce que nous nous refusons de faire dans notre propre cour.


 

Le débat rationnel n’est pas toujours au rendez-vous lorsqu’il est question de quotas. C’est peut-être en raison de la persistance de certains préjugés, voire aussi à cause de la crainte de certaines personnes des minorités qui perçoivent les quotas comme un privilège indu. C’est ce qui semble s’être passé au Conseil national du Parti québécois dimanche dernier.

Selon des observateurs, l’argumentaire de Marie Imatta Pierre-Lys, déléguée de l’exécutif péquiste de la circonscription de Vachon, aurait eu une influence sur le résultat du vote. « Que je sois noire ou femme, mes intérêts sont comme [ceux] de toutes les autres personnes. Si je me présente à un poste de conseillère [il ne faut] pas que je sois favorisée parce que je suis noire, mais par d’autres qualités que j’ai », a-t-elle déclaré lors du Conseil national.

Être noir ou être issu d’une minorité visible au Québec, comme dans plusieurs autres sociétés, n’est pas une « qualité » qui est « favorisée ». L’absence criante des minorités visibles dans les postes de direction, les différentes instances, la fonction publique ou sur la scène culturelle témoigne du contraire. Ainsi, les quotas n’ont pas été inventés pour « favoriser » des groupes au détriment d’autres groupes. Plutôt, ils ont pour objectif de réduire une sous-représentation aberrante et d’encourager leur intégration et leur pleine participation politique.

Soyons lucides : reconnaissons plutôt que notre culture politique et institutionnelle favorise généralement le même groupe, majoritaire, qui obtient la plupart des meilleures places par le jeu d’un réseautage largement endogame. Cette « consanguinité » est répandue et n’est pas propre au milieu politique. Mais ce qui est problématique, c’est de ne pas reconnaître qu’une telle réalité politique doit être fermement contrebalancée.

Les quotas ne garantissent jamais un poste blindé à vie, tant s’en faut, ils ne sont qu’une toute petite poussée pour corriger une sous-représentation injuste. Par-dessus tout, ces mesures sont la mise en pratique d’un principe d’accès à l’égalité réelle des chances. Issue d’une famille immigrante, mon intégration pleine et entière à la société québécoise doit beaucoup aux premières portes ouvertes par ces fameux quotas. Dix ans plus tard, je n’en ai plus besoin pour ouvrir de nouvelles portes.

20 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 16 juin 2017 06 h 59

    Bien dit.


    Votre témoignage vient confirmer que dans certains secteurs, les quotas peuvent avoir un effet positif et que tous sont gagnants quand on voit le résultat final. Ce rendez-vous manqué au PQ est la continuité du "bon vieux" système de voeux pieux et Paul St-Pierre Plamondon, qui travaille d'arrache-pied pour moderniser ce parti et élargir sa base traditionnelle, réalise maintenant l'ampleur de la tâche.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 16 juin 2017 08 h 11

    Que dire de plus!

    Merci Madame Wrong.

    Tout est dit et bien argumenté dans votre texte. Et je suis heureux qu'une politique d'action positive ait favorisé votre émergence comme excellente journaliste.

    • Gilles Théberge - Abonné 16 juin 2017 12 h 50

      Que dire de plus?

      Dire ce qu'a dit madame Pierre Lys...

    • Hermel Cyr - Abonné 16 juin 2017 15 h 56

      Drôle votre faute de frappe : Right or Wrong ?

    • Jean Jacques Roy - Abonné 17 juin 2017 19 h 43

      Je m'excuse pour ma faute de frappe, Madame Wong!

      Merci de le signaler M. Cyr.

      @ M. Théberge, mon commentaire était en direction de l'auteure du texte et je ne porte aucun jugement de valeur sur les dire de Madame Pierre Lys. Les décisions prises au CN du PQ relève de la majorité de cette instance, non d'une seule déléguée, n'est-ce-pas?

      Jean-Jacques Roy

  • Gilbert Turp - Abonné 16 juin 2017 08 h 43

    Vous avez raison et madame Pierre Lys aussi

    De même que Pierre Paul Plamondon, publié dans la même page que vous.
    Nous sommes dans la nuance fine, ici. De cela, il faut se féliciter. La nuance fine, c'est le pont vers la convergence des gens de bonne foi.

    • Christiane Gervais - Abonnée 16 juin 2017 16 h 43

      Je trouve, quant à moi, de Christian Rioux a également drôlement raison.

    • Marc Lévesque - Inscrit 17 juin 2017 15 h 09

      Mme Gervais,

      "Christian Rioux a également drôlement raison"

      Je ne suis pas sur, il me semble que c'est toujours plus complex qu'il ne le laisse entendre.

      Il a comdamné la diversité et les quotas de minorité, mais si au lieu des minorités il avait plutôt comdamné les quotas de femme, je suis pas mal sur que plusieurs changeraient leur fusil d'épaule.

  • Luc André Quenneville - Abonné 16 juin 2017 09 h 24

    vous avez tellement raison

    Le PQ est resté accroché aux années 1980. Le Québec est pluriel dans sa diversité et on ne voit que la partie blanche de l'iceberg. Dans son intention de donner un Québec souverain à la population, il exclut ceux qui feront le Québec de demain. Je retiendrai ce paragraphe qui résume à lui seul le bien fondé des quotas, qui selon moi devrait être imposé à toutes les sphères de notre société : la télé d'état, le et la poilitique, le communautarisme (certains organismes pourraient donner des leçons à nos leaders), les organismes publique, les CA de bien des entreprises.

    «Ainsi, les quotas n’ont pas été inventés pour « favoriser » des groupes au détriment d’autres groupes. Plutôt, ils ont pour objectif de réduire une sous-représentation aberrante et d’encourager leur intégration et leur pleine participation politique.»

    Il faudrait que les Québécois cessent d'agir en victimes (va-t-on finir par en finir avec cette foutue conquête) afin qu'un jour, au lieu de voir ses «quotas» comme quelque chose qu'on leur enlève, mais plutôt comme quelque chose qu'on donne à notre société.

  • David Cormier - Abonné 16 juin 2017 09 h 29

    Quand être "racisé" constitue une aptitude

    Quel contraste avec la chronique de M. Rioux!

    Tout ça est un débat stérile, car pour Mme Wong, le PQ ne sera jamais assez ouvert à la diversité et elle passe son temps à critiquer ce parti ainsi que tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une posture "identitaire".

    Le PLQ et QS ont-ils de ces quotas que Mme Wong réclâme à cor et à cri pour les sièges à l'exécutif du PQ? Si de tels quotas n'existent pas non plus dans la fonction publique et si la représentation des personnes dites "racisées" est faible dans cette fonction publique, peut-être devriez-vous vous en prendre au PLQ, au pouvoir depuis 2003 (faut-il vous le rappeler?), plutôt que de frapper encore une fois sur le PQ, qui est encore bien loin du pouvoir.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 16 juin 2017 13 h 20


      Cette discrimination positive et, ajouterais-je, exogame à cette «consanguinité» (sic et re-sic) du groupe majoritaire engendre-t-elle de meilleurs talents?

      Ne vaudrait-il pas mieux d'œuvrer à discriminer toute discriminations afin de bâtir ensemble un socle de valeurs communes ou tous et chacun trouverait sa place dans une société libre, juste et égalitaire?