La «diversité» contre le contrat social

« La prochaine fois qu’un universitaire vous dira à quel point la "diversité" est importante, demandez-lui combien il y a de républicains dans son département de sociologie. »

Cette boutade de l’économiste américain Thomas Sowell pourrait s’appliquer à plusieurs facultés universitaires québécoises, françaises et américaines. Dans nombre de ces cercles, apparemment tous plus vertueux les uns que les autres, la « diversité » est devenue rien de moins qu’une religion. Il suffit d’ailleurs de s’en étonner pour être lynché sur Internet.

Avouons que la répétition incantatoire du mot a de quoi donner le tournis. Il a même traversé l’océan avec l’élection d’Emmanuel Macron. Mais que peut bien cacher ce mot « diversité », qui a surgi dans le vocabulaire de nos gouvernants il y a quelques années à peine pour s’ériger aussitôt en magistère moral incontesté de la mondialisation ?

Il faut beaucoup d’ignorance pour croire qu’il s’agit simplement de souligner le caractère multiethnique et pluraliste de nos sociétés. Car cette conscience ne date pas d’hier. Loin de là ! Qu’on nous permette de dire que cette logorrhée diversitaire masque plutôt le retour, derrière un vocabulaire postmoderne, de la bonne vieille discrimination positive. En France, elle est le signe indubitable de l’américanisation du pays. Même le nouveau président Emmanuel Macron s’est revendiqué d’« une vraie politique assumée de discrimination positive ». Comme si la France pouvait se contenter d’importer des solutions américaines, alors qu’elle a une histoire radicalement différente en ce domaine.

On se rappellera que cette idée développée aux États-Unis visait, par des politiques dérogatoires, à assurer la promotion sociale des Noirs américains (qu’on ne saurait, par ailleurs, confondre avec des immigrants). À l’université, des quotas leur réservaient des places, même si leurs résultats aux examens n’avaient pas le niveau requis.

Il est surprenant de voir nos dirigeants s’enticher avec 50 ans de retard de politiques non seulement qui s’expliquent par un contexte particulier (celui de l’esclavage), mais dont les Américains ont eux-mêmes critiqué certains effets pervers. Le premier, et non le moindre, consiste à faire porter aux principaux intéressés l’opprobre de ne pas avoir été choisis sur la base de leurs seules compétences. De quelle autorité intellectuelle, morale ou professionnelle peut jouir celui qui a été choisi à cause de son origine ethnique ? C’est la raison pour laquelle les membres de ces minorités, comme Thomas Sowell, sont souvent les premiers à dénoncer les quotas fondés sur l’ethnie. Car ils sont les premiers à en souffrir.

 

Aux États-Unis, des études ont aussi montré que l’institutionnalisation de ces quotas a fait exploser le décrochage. Quand elle n’a pas enfermé ces minorités dans des cursus ethniques. Loin d’aider les plus pauvres, ces politiques favorisent souvent les candidats issus des classes moyennes supérieures au détriment des plus démunis.

D’où le caractère toujours très controversé de ces privilèges dérogatoires dans la population américaine un demi-siècle après leur mise en place. Il en va tout autrement des mesures qui offrent une aide en amont. À Paris, une grande école comme l’ESSEC a ainsi choisi d’offrir une aide particulière aux plus défavorisés avant de passer les examens, contrairement à Science Po, qui a adopté le modèle américain et réduit ses exigences.

Dans le premier cas, on aide les plus démunis. Dans le second, on institue des privilèges fondés sur l’ethnie qui brisent le contrat social. Comment expliquer à un bon élève qu’on lui a préféré un élève moyen parce qu’il était noir ? Que dire à la fille d’une femme de ménage qui voit un fils d’ingénieur lui voler sa place à cause de son origine ethnique ? Il n’y a rien de plus destructeur pour la solidarité sociale que cette entorse flagrante à l’égalité des citoyens en droit.

De nombreux auteurs ont aussi vu dans la discrimination positive l’institutionnalisation d’une forme de « tyrannie des minorités ». Parlons plutôt de tyrannie des lobbies ethniques. Composés la plupart du temps de militants qui « racisent » tout (même la langue !), ces groupes de pression s’érigent en interlocuteurs privilégiés, alors qu’ils ne représentent souvent qu’eux-mêmes. Comme si la couleur d’un individu en faisait obligatoirement un représentant de « sa » communauté.

Si la « diversité » est devenue un dieu, c’est aussi parce qu’elle conjugue la haine de soi et le refus de l’intégration. En effet, pourquoi s’intégrer à la majorité, adopter sa culture, sa langue et ses moeurs si la diversité est à ce point valorisée, et si les valeurs communes de la société d’accueil sont à ce point racistes et injustes ?

Aucun immigrant n’a intérêt à se laisser enfermer dans cette victimisation. Celle-ci deviendra vite une prison, peu importe la couleur des geôliers. L’intégration reste en effet la condition essentielle du contrat signé entre l’immigrant et la société d’accueil. Une condition sans laquelle tous les beaux discours sur la « diversité » ne prépareront que des lendemains qui déchantent. Les immigrants en seront évidemment les premières victimes.

35 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 16 juin 2017 04 h 36

    Bottines et babines

    Des bottines qui suivent les babines, voilà ce dont nous manquons au Québec depuis trop longtemps.
    Au travers des âges et époques, la diversité a toujours été garante du succès de l'humain. La recherche de l'uniformité n'a toujours menée qu'à la chute des civilisations et espèces.
    Comme société, plutôt qu'user encore de la contrainte par la force, tentons donc l'intelligence pour une fois...
    Ce n'est pas parce que nous serions divers en personalités individuelles que nous briserions pour autant notre personalité collective.
    Québécois de toutes couleurs, de toutes origines, de toutes convictions religieuses (ou sans...), de toutes langues maternelles, unis dans la poursuite d'un objectif commun, celui de donner une Amérique différente à aimer aux humains qui croient que le bonheur peut venir avant la fin de nos jours.
    Comme le disaient mes deux vaillants grands-pères qui, à l'exemple de leurs propres mères et de leurs propres compagnes, ont toujours refusé de baisser les bras devant celui qui se défini comme le seul à pouvoir définir ce qu'est, justement, le bonheur...

    Condamner la diversité, je ne le ferai jamais. Il y a longtemps, très longtemps, je m'y suis engagé pour des raisons qu'il ne sert ici en rien d'exposer.
    Et ce n'est certainement pas des approximations sur les discours du nouveau président français (qui n'est pourtant pas mon ami politique...) ni des explications tortueuses, pour ne pas dire simplement tordues..., du genre de celles de l'avant dernier paragraphe du très décevant article de monsieur Rioux aujourd'hui, qui me feront changer d'idée.
    Idées qui servent à alimenter toujours plus le délire connu des accusations de racisme envers les Québécois, venant du Canada.

    Quel est ce charabia d'idées confuses et pire, d'idées semant la confusion, qui nous est aujourd'hui servi dans notre journal ?
    Mauvais jour pour un journaliste, sans doute ?
    Mais avec quelles conséquences négatives pour nous tous encore...

    Merci de votre lecture.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 juin 2017 10 h 51

      Je suis toujours heureux de vous lire, monsieur. Encore plus quand je suis d'accord avec vous.

      Mais pas de salutations républicaines, ce matin ?

    • Yves Côté - Abonné 16 juin 2017 19 h 43

      Monsieur Maltais Desjardins, en forme de clin d'oeil ; pu d'place pour les salutations dans mon commentaire d'à matin...

      Mais je n'en pense pas moins, soyez en certains.

      Merci pour l'amitié que vous me faites de me lire, Monsieur.

  • Pierre Desautels - Abonné 16 juin 2017 06 h 38

    Quelle est la solution?


    Alors, quelle est la solution, face à la discrimination rampante en emploi, dans le logement, dans les universités? C'est vrai. Dans cette terre très accueillante qu'est la France, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et les mots diversité, racisme et islamophobie sont désormais des termes tabous.

  • Denis Gaumond - Abonné 16 juin 2017 07 h 05

    Denis Gaumond

    La diversité n'a de sens que dans l'union à la majorité qu'elle veut enrichir et de laquelle elle s'enrichit également, et non dans la division qu'elle viendrait accentuer. La diversité doit renforcir la solidarité sociale et l'identité collective. C'est en développant des ressemblances qu'on s'associe et en conservant des différences qu'on s'apprécie si, et seulement si, la cohésion sociale globale est solidifiée. Jamais la diversité ne doit devenir la manifestation d'un égoïsme dogmatique où chacun se met à vivre en silo sans partage d'intérêts communs, sinon que de sucer la sève de la majorité établie en criant le droit à son du et en refusant tout devoir de concession au profit de cette majorité accueillante qui doit surtout assurer sa pérennité sociale, historique, politique, économique, culturelle, et autres ! La diversité oui, bien sûr, mais dans une intégration renforcée et enrichie.

  • Michel Bernier - Abonné 16 juin 2017 08 h 23

    En lisant votre article et surtout ce passage "Parlons plutôt de tyrannie des lobbies ethniques. Composés la plupart du temps de militants qui « racisent » tout (même la langue !), ces groupes de pression s’érigent en interlocuteurs privilégiés, alors qu’ils ne représentent souvent qu’eux-mêmes" ça m'a immédiatement fait penser à Québec Solidaire...

  • Raynald Rouette - Abonné 16 juin 2017 08 h 24

    «La diversité» le mantra de l'heure!


    Le mot «diversité» n'est rien d'autre qu'un synonyme du mot «multiculturalisme» qui est devenu obsolète en raison de son usage excessif!

    La diversité ou multiculturalisme est à la base de la mondialisation des affaires.

    L'Union Européenne n'est rien d'autre, ou de plus ou de moins, qu'une structure économique, au profit des puissants de ce monde.

    Faire des affaires avec les «théocraties» du Moyen-Orient (vente d'armes) entre-autres, impliquerait-il des concessions de la part de l'occident pour faciliter l'implantation de l'islamisme sur son territoire?

    »L'argent parle» ou l'argent n'a pas d'odeur» cela expliquerait-il aussi, l'inertie et la sourde oreille de nos gouvernements face aux récriminations de la population sur l'implantation croissante de l'islamisme en occident et tout particulièrement au Québec?