La triple alliance

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, n’est-ce pas ? Comme s’il n’était pas assez difficile de s’entendre à deux, voilà que l’association péquiste de La Prairie propose une triple alliance entre le PQ, QS et la CAQ pour chasser les libéraux et modifier un mode de scrutin qui garantit pratiquement leur réélection en raison de la division du vote francophone.

Dans sa chronique de jeudi dernier dans Le Journal de Montréal, l’ancien président du Conseil du trésor Joseph Facal allait dans le même sens. Face au fossé idéologique qui sépare les partis d’opposition, leur désir de changer le mode de scrutin est la seule chose qui les unit, constatait-il. L’entente ne durerait donc que le temps nécessaire pour le modifier, après quoi une élection anticipée permettrait à chacun de reprendre ses billes et le paysage politique serait reconfiguré pour traduire réellement la volonté de la population.

On peut toujours rêver, mais une sorte d’union sacrée pour débarrasser le Québec des libéraux relève de la chimère. Sans même parler de contenu, la mécanique d’une éventuelle alliance ne serait pas facile à régler. On évoque la tenue de primaires pour choisir des candidats communs ou encore un partage des circonscriptions, mais après des années de discussions sur la « convergence » au sein de la famille souverainiste, ces questions n’ont jamais été résolues. Les étendre à la CAQ augmenterait la difficulté de façon exponentielle.

 

Au lendemain des élections de 2012, Jean-François Lisée avait proposé à Pauline Marois de former un gouvernement de coalition en offrant des ministères à la CAQ et à QS, mais cela semble maintenant hors de question. « Ni QS ni nous ne voulons qu’il y ait des ministres de QS au gouvernement du Parti québécois », a-t-il déclaré dimanche à l’occasion du congrès régional du PQ de la Capitale-Nationale.

Dans le cas de la CAQ, M. Lisée ne s’est jamais fait d’illusion. « François Legault veut être premier ministre, et c’est sa dernière chance. Il ne fera d’alliance avec personne », avait-il déclaré en septembre dernier. Il est clair que la proposition des péquistes de La Prairie ne présente aucun intérêt aux yeux de M. Legault.

Quand il a quitté le PQ pour la CAQ au début de 2016, l’ancien conseiller de Mme Marois Stéphane Gobeil a expliqué en être arrivé à la conclusion que la fuite en avant vers l’indépendance ne pouvait que faire le jeu des libéraux, même si lui-même demeurait souverainiste. « Pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet alliant prospérité et fierté », c’est-à-dire derrière la CAQ.

Si M. Legault veut devenir premier ministre un jour, il faut que la CAQ remplace le PQ comme véhicule du nationalisme québécois. Dès lors, il a tout intérêt à ce qu’une nouvelle défaite le plonge dans une crise qui pourrait remettre son existence en question, quitte à ce que cela se traduise par un autre mandat libéral.

Une entente incluant la CAQ pourrait sans doute avoir un plus grand impact en nombre de sièges, mais il est bien connu qu’« un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Une alliance, même de portée limitée, avec QS est la seule que le PQ peut envisager de façon réaliste. On peut toutefois se demander si l’ultimatum lancé aux militants solidaires, qui se réuniront en congrès dans dix jours, était la meilleure façon d’y parvenir.

 

La conclusion d’une triple alliance n’en garantirait d’ailleurs pas le résultat. L’expérience démontre l’extrême difficulté de s’entendre sur une réforme du mode de scrutin, même entre des gens qui la souhaitent. Penser que l’opération pourrait être réalisée en quelques mois est une hypothèse très optimiste.

Entre-temps, le gouvernement devrait s’attaquer à de nombreux dossiers qui ne feraient pas forcément l’unanimité. Certains pourraient sans doute être mis en veilleuse ou faire l’objet de compromis, mais il faudrait bien présenter un budget dont l’adoption serait indispensable à la survie du gouvernement. Comment la CAQ pourrait-elle renoncer à des baisses d’impôt qu’elle ne cesse de réclamer, mais dont le PQ et QS ne veulent pas ? Inversement, QS pourrait difficilement renoncer aux augmentations qu’il souhaite imposer aux plus fortunés.

Le report du référendum à un deuxième mandat permettrait théoriquement la conclusion d’une trêve avec la CAQ sur le front constitutionnel, mais si le premier mandat prenait fin dès que la réforme du mode de scrutin serait faite, cela signifierait-il que la date du référendum serait devancée ou qu’il serait au contraire reporté à un troisième mandat ? Cela provoquerait de passionnantes discussions au PQ.

18 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 mai 2017 00 h 27

    Il est impératif de remplacer le mode de scrutin uninominal par le vote proportionnel.

    Il est impératif que le mode de scrutin uninominal soit remplacé, le plus vite possible, par le vote proportionnel qui traduirait mieux la volonté des citoyens. Il faudrait aussi se rappeler que le mode de scrutin proportionnel est utilisé partout dans le monde , surtout au sein des pays européens, membres de l'OCDE. Ils ont de meilleurs résultats pour la majorité et ils gouvernent par le biais des coalitions, qui travaillent très bien ensemble pour le bien commun, contrairement à nos gouvernements qui s'entêtent avec la partisanerie.
    Il faudrait que les trois partis d'opposition s'unissent pour destituer les libéraux.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 mai 2017 10 h 36

      Il faut bien réfléchir avant de faire la proportionnelle. Celle-ci est plus démocratique, c'est clair, mais...

      Par exemple, avec la proportionnelle, nous n'aurions-nous pas eu un gouvernement comme celui de 1976 - les gens qui ont alors voté pour l'UN et le PLQ n'auraient probablement pas voté pour un parti souverainiste et progressiste - et le PQ avait été élu majoritaire avec 41% du vote... grâce aux distorsions du vote de notre système actuel et à la division du vote entre l'UN et le PLQ, disons-le brutalement.

      Pour en revenir à aujourd'hui, la CAQ va davantage piger chez des gens qui, sans la CAQ, voteraient pour le PLQ. Un peu comme l'UN en 1976.

      Dans le sondage de mars 2014 de Léger, peu avant les élections d'avril, on avait posé la question du deuxième choix des répondants. Le PLQ est de loin le "premier deuxième choix" des électeurs de la CAQ.

      On retrouve ces résultats à la page 9 de cette étude, ici: http://leger360.com/admin/upload/publi_pdf/2014031

      La proportionnelle pourrait nous condamner pour l'éternité à être gouvernés par une alliance centre et centre-droite (ce qui est maintenant représenté par le PLQ et la CAQ). Ça serait plus démocratique et refléterait mieux l'état de la population - c'est vrai, mais...

      Bien réfléchir.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 9 mai 2017 14 h 03

      "Il est impératif que le mode de scrutin uninominal soit remplacé"... Nadia Alexan

      Cette réclamation est loin d'être nouvelle. Il semblerait même que les 3 partis d'opposition s'entendent sur ce point et que seul le PLQ s'oppose à réformer la loi électorale.

      Or les 3 parties d'opposition représent au moins 65% de la population du Québec. Jusqu'ici, pour pousser le gouvernement Couillard à légiférer, ils n'ont utilisé que la voie parlementaire. Ce dernier refuse la proportionnelle pour des raisons partisannes.

      Il est donc temps que la population civile s'en mêle, si c'est son voeu de changer le mode de scrutin. Pourquoi donc les 3 partis d'opposition ne pourrait-il pas s'entendre pour informer et consulter la population sur cette nécessité de changer le mode de scrutin? Devant des tonnes de pétitions et de la mobilisation citoyenne, Couillard qui se présente comme un grand démocrate, imiterait-il l'entêtement de Charest à dire Non? Croyez-vous que le roi aimerait être le roi nu?

      Avant de se mettre en frais de monter une coalition complexe de partis sur cette unique question... Allons au bout d'une démarche de pression sociale! On a tout à gagner. Si Couillard refuse d'entendre raison dans un délais raisonnable avant l'automne 2018, c'est son parti qui va se délégitimiser et la question de la réforme électorale deviendra un enjeu électoral.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 9 mai 2017 15 h 55

      Monsieur Labelle, c'est certain que la proportionnelle ne règlerait pas tous les problèmes. Mais pensons surtout à des correctifs qui s'imposent. Le premier, du point de vue des citoyens et citoyennes appelé.es à voter c'est de pouvoir, sans la contrainte du fameux vote stratégique, d'aller mettre leur bulletin de vote pour le candidat ou la candidate et pour le programme de parti de leur choix.

      C'est certain que le changement implique une façon différente d'organiser une campagne électorale, dans une société comme la nôtre, habituée à l'alternance du pouvoir entre 2 partis. Le problème se pose non pas pour l'électorat pour qui le changement à la proportionnelle offre des choix plus éclairés. Dans ce cas, il revient aux partis de convaincre les électeurs que leur programme politique correspond le mieux aux exigences des différents conjonctures politiques.
      Est-ce que la proportionnelle poussera à former des gouvernements de coalition? Pourquoi pas? Ce ne peut être pire que d'endurer l'hégémonie d'un parti qui, dans la réalité, gouverne en représentation d'une minorité.

    • Jacques Patenaude - Abonné 9 mai 2017 18 h 51

      Personnellement personne ne m'a encore convaincu des vertus démocratique du scrutin proportionnel, mais je crois que les partis qui prône cette réforme doivent au moins profiter de cette occasion pour nous démontrer qu'un gouvernement de coalition peut fonctionner. Inévitablement la proportionnelle implique la formation de gouvernement de coalition donc des gouvernements pragmatiques et capables de s'allier à d'autre formations qui n'ont pas les mêmes vues. La proportionnelle suppose un renforcement des appareils de partis par la désignation de liste de candidats choisit par le parti au détriment des simples citoyens qui y perdent le pouvoir voter directement pour la personne qu'ils veulent dans leur localité. Il faut nous montrer l'avantage démocratique à réduire ce pouvoir que le simple citoyen a dans sa localité. Peut-être que la capacité de développer des gouvernements de coalition peut compenser cette perte démocratique pour le simple citoyen. C'est aux promoteurs de cette formule de le démontrer.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 10 mai 2017 10 h 29

      Monsieur Patenaude.
      Il ne m'appartient pas, comme individu, de vous convaincre et ce rôle (vous avez raison) appartient aux partis qui proposent la réforme du mode actuel pour adopter la proportionnelle.

      C'est d'ailleurs pour ce motif que je propose que les 3 partis d'opposition s'entendent pour lancer une vaste campagne en faveur de la proportionnelle... Ils devraient ainsi expliquer et convaincre la société civile des améliorations qu'apporteraient cette réforme!

      Donc, pas besoin de "la triple alliance" et d'une coalition électorale pour arriver à ce but. Si le PLQ refuse de légiférer, le prochain gouvernement le fera.

      Pour en venir à l'objection des possibles "coalitions" au sein de l'AN, en cas d'un gouvernement minoritaire. Un bien pour un mal? Un moindre mal? C'est le défi que devront relever les partis. C'est à eux de démontrer devant la population la valeur de leurs propositions!

      La proportionnelle a une double fonctions. Aux citoyen.nes elle permet, sinon de faire élire le ou la députée de leur choix, que leurs votes servent à ce que par la proportionnelle le parti de leur choix soit mieux représenté à l'AN. Quant aux partis, surtout les partis minoritaires, la proportionnelle leur assure une représentation quantitative équitable au sein de l'AN.

  • Pierre Deschênes - Abonné 9 mai 2017 06 h 26

    Quadrature et circonférence

    La toile électorale québécoise s'est complexifiée de telle sorte que l'électeur francophone ne sait plus à quel saint se vouer, hésitant désormais entre la quadrature du cercle ou la circonférence du carré.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2017 10 h 10

      L'enjeu est foncièrement démocratique. Il n'est pas associé au pouvoir des francophones, mais à un régime politique qui banalise le pouvoir des citoyens et des citoyennes du Québec parce qu'il repose sur l'élection d'une majorité d'élus d'un parti dont le chef accède au statut de PM contrôlant le Conseil des ministres et dictant les dossiers législatifs de l'Assemblée nationale.

      En faire une affaire de francophones versus d'anglophones brouille cet enjeu et, comme le fait monsieur David, invite à une lecture des visées des chefs politiques sous un angle qui banalise l'essentiel et plonge la réflexion dans des dédales partisanes.

      Il importe de sortir de cet enfermement pour mettre de l'avant un projet de réforme du régime politique qui permette d'assoir le pouvoir du peuple québécois, qui comprend l'ensemble des Québécois et Québécoises qui résident au Québec.

      Le régime actuel n'enpêche pas l'émergence d'un projet de la sorte. Elle peut provenir d'une entente entre des partis qui partagent une même lecture de la nécessité de le revoir pour assurer qu,il correspond aux attentes du peuple québécois. Elle pourrait aussi provenir d'un mouvement à cette fin à l'image de celui qui a conduit à l'élection du président Macron en France.

      Chose certaine, comme en France, les divisions traditionnelles au Québec ont depuis belle lurette fait leur temps. S'impose quelque chose d'autre, qui passe par une démocratie renforcée et une lecture du Québec de demain.

  • Pierre Martin - Inscrit 9 mai 2017 06 h 58

    La valse des égos

    Est-elle déjà si loin l'époque où un homme de la stature d'un véritable chef d'état, tel que Jacques Parizeau a délibérément choisi de céder sa place à monsieur déficit zéro: Lucien Bouchard? Si ce dernier avait été moins froussard, nous serions sans doute une nation libre du carcan fédéral aujourd'hui. Mais là n'est pas le propos. Si Lisée et Legault délaissaient leur nombril-centrique, nous pourrions impérativement changer notre tradition parlementaire héritée des conquérants britanniques qui accorde à l'empereur élu à la majorité unimodale, un pouvoir quasi tyrannique sur l'état.

    Nous ne pouvons que constater dans le contexte actuel des enquêtes «tronquées» de l'UPAC et des jeux de coulisses au bureau du DPCP, que le pouvoir gouvernemental est démesuré. Si Lisée ne peut entreprendre cette démarche d'alliance qu'il confie ce délicat mandat à une parlementaire capable de voir plus loin que la simple partisanerie, Véronique Hivon. Si Legault est trop accroché à ses fantasmes politiques, qu'il délègue cette tâche à quelqu'un qui saura mettre son égo au placard le temps «de faire un ménage» vraiment utile cette fois, pour les électeurs du Québec.

    Notre nation est à nouveau en péril et plusieurs s'entendent pour dire que notre survivance ne pourra durer encore très longtemps au fanatisme «multi-canadianiste» qui anime notre actuel premier ministre et son parti d'affairistes. S’il-vous-plaît messieurs les chefs de la majorité francophone, pouvez-vous essayer, ne fut-ce qu'un court moment, de vous abstenir de nous embarquer encore cette fois dans une élection cul-de-sac ? Êtes-vous à ce point incapable de saisir les véritables enjeux de la situation présente ? Où sont vos stratèges politiques ? Comment pouvez-vous croire que séparément vous avez encore une chance face à la puissante machine libérale et au vote massif des non-francophones pour l'option Canada. Je ne peux croire qu’il n’y a personne dans vos organisateurs d’élections qui n’anticipe la plus que prévi

    • Pierre Raymond - Abonné 9 mai 2017 11 h 24

      Très intéressant M. Martin... mais j'aurais bien aimé lire la conclusion de votre commentaire.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 mai 2017 13 h 07

      M.Martin,comme disait quelqu'un récemment dans les commentaires
      "Vous m'enlevez les mots de la bouche."
      Ce matin ,j'ai vérifié ce qu'au college j'avais cru comprendre que les deux triumvirats dans la Rome d'avant Jésus avaient été un succes,non
      mais ca duré quand meme quelques années.
      Ici au Québec que ca ne dure que le temps des fleurs pour que ca sente
      bon,qu'on respire fort ce qui automatiquement amene le sourire et qu'on
      discute bien calmement et fraternellement.Ca s'impose absolument.

  • Jean Lapointe - Abonné 9 mai 2017 07 h 25

    Il faut tout tenter pour éviter le pire.

    «Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, n’est-ce pas ?» (Michel David)

    Ça vaut peut-être la peine d'essayer. Si ça ne marche pas, cela aura au moins servi à faire voir à la population qu'il y a des hommes et des femmes au Québec qui considèrent qu'il serait extrêmement grave que le PLQ soit réélu.Ça permet donc de dramatiser la situation avec raison pour que les gens ne l'oublient pas. il faut tout tenter pour éviter le pire.

    Évidemment les gens qui sont engagés dans l'action ne peuvent voir les choses de la même façon que ceux qui sont gérants d'estrades et qui voient donc les choses d'une façon abstraite comme si c'était un problème uniquement théorique.

    • Pierre Michaud - Inscrit 10 mai 2017 01 h 42

      Le probleme c'est que ca part bien mal une discussion quand un chef de parti ici le PQ et qui s'immisce dans les affaires internes d'un parti (QS) en question et essaye de lui imposer son agenda politique en tant qu'amiral en chef auto Proclamé tout en lui criant un ultimatum de se presser au plus sacrant de se décider. Cela ressemble plus a un acte hostile a mon simple avis.!