Ces vins qui rendent heureux, et pourquoi

La recherche du bonheur n’a jamais fait de mal à personne. Même à temps perdu. Il n’y a pas de mal à être heureux. Je n’ai jamais vu un être vivant sensible se plaindre d’un trop-plein, voire d’un débordement de bonheur.

« Quand le vin coule hors du verre, il est peut-être temps de redresser la bouteille », nous apprend le dicton.

À l’évidence, oui, mais aussi : « Pour éviter de tacher la nappe », rétorquera tout bonnement l’amphitryon ! Sans doute certains ont-ils le bonheur distrait.

Ce vin qui coule et qui rend heureux n’est peut-être pas celui qu’on pense. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun », nous apprenait l’auteur, musicien, pataphysicien et buveur à ses jours Boris Vian, dans L’écume des jours.

Car il est évident que votre bonheur n’est peut-être pas le mien. Mais alors, comment diable débusquer le bonheur d’autrui ?

Embrasser ses goûts

Avant de se mettre dans la peau de l’autre, encore faut-il se glisser dans la sienne et faire corps avec elle. Sentir ce qui nous embrase pour mieux embrasser ses propres goûts.

Photo: Jean Aubry Et si nous réduisions l’univers du vin à deux expressions, l’une plus simple et l’autre plus complexe; l’une plus immédiate et l’autre plus profonde?

Puis élargir le jardin des possibilités dans un univers où tous les goûts sont dans ma nature, et la vôtre. Mais peut-on aimer tout et son contraire ? Pourquoi pas ?

Tout dépend du contexte. Vous serez peut-être touché par un juteux côtes-du-rhône en janvier, mais moins par un filiforme muscadet en février. Décalez ce dernier en juin et voilà la minuterie du bonheur qui sonne l’heure. À la bonne heure !

Deux pistes possibles

Amusons-nous un peu. Et si nous réduisions l’univers du vin à deux expressions, l’une plus simple et l’autre plus complexe ; l’une plus immédiate et l’autre plus profonde ? Pas tant pour être réducteur que pour démarrer quelque part, pour espérer tirer les choses au clair.

Tenez, imaginons le bonheur tout de suite avec ses vins simples, jeunes, friands, digestes et turbulents. Vos yeux s’écarquillent et vous craquez illico. Vous êtes cuit. Vous ne pouvez vous soustraire, tant la magie opère. Large soif alors.

À cette première piste, ajoutons le bonheur parallèle avec ses vins détaillés, assurés, étoffés et multipistes qui savent d’où ils viennent pour mieux deviner où ils vont.

Une synergie d’ensemble

À l’image d’un millefeuille qui, rivalisant de textures, de profondeur et de densité, permettrait une synergie d’ensemble plus éclatante.

Vos yeux basculent alors et la rêverie s’installe dans une espèce d’oscillation subtile entre des mondes qui jamais ne se touchent, mais que tout pourtant rapproche. S’assagit alors la soif qui devient moins pressante, plus attentive, plus « pensante ».

Ces « bonheurs » maintenant mieux cernés, il ne reste plus qu’à cibler au plus près ce qui vous touche et vous rend heureux. Quel que soit la piste empruntée, l’occasion, la circonstance ou encore le contexte proposés.

Mais le but du jeu ne s’arrête pas là ! Encore faut-il dire pourquoi ces vins vous rendent heureux. J’ai tenté le coup pour vous. À vous de rebondir maintenant.

Le bonheur tout de suite

Blancs. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais ce Sauvignon blanc 2015 du Domaine de la Charmoise de la famille Marionnet, dans la Loire (18,25 $ – 12562529), semble particulièrement survitaminé dans ce millésime en tous points radieux et généreux.

Le fruité a de l’éclat et file en bouche comme une balle de ping-pong soudainement happée par l’apesanteur, tant c’est léger, friand, tonique et lumineux. (5) ★★★

Même ambiance festive avec ce Cheverny 2015 du Domaine Maison (18,20 $ – 11649201), qui franchit la barre avec succès, tant le perchiste maîtrise au millimètre près tout le ressort de sa verticalité.

Ajoutez la rondeur du chardonnay pour plus d’épaisseur et voilà l’apéritif propulsé à bout de bras. (5) ★★★

Aussi : Pinot blanc Réserve 2016, Willm, Alsace, France (15,15 $ – 029983 – (5) ★★1/2) ; Loureiro 2015, Vinho verde, Quinta de Gomariz, Portugal (16,30 $ – 11895233 – (5) ★★1/2).


Rouges. Il y a une appétence pour le bonheur tout de suite ; d’ailleurs, pourquoi attendre ? Que ce soit avec le Gamay 2015 du Domaine de la Charmoise (16,75 $ – 329532), gorgé de fruits comme un terrain en bordure de rivière après l’inondation printanière et libre comme une hirondelle qui fait décidément le printemps. (5) ★★★

Ou encore le festif Côtes-du-Marmandais 2015 d’Elian Da Ros (21,90 $ – 11793211), qui sait plus que quiconque dérider les zygomatiques du plaisir avec cet assemblage original et percutant à base d’abouriou, de cabernet franc et de merlot.

Un bio sec et léger qui sent bon, qui goûte bon et qui rend bon, simplement. (5) ★★★

Aussi : Le Bois Jacou 2015, gamay, J.F. Mériau, Loire, France (20,30 $ – 12572858 – (5) ★★★) ; Morandina Valpolicella 2015, Prà, Vénétie, Italie (23,45 $ – 12131964 – (5) ★★★)

Le bonheur parallèle

Blancs. Il semble qu’avec le Pinot gris Rosenberg 2014 de la maison alsacienne Barmès-Buecher (33,25 $ – 11655811) le cépage cède sa sève et sa puissance épicée à ce grand terroir qui ne se gêne nullement pour prendre le dessus.

Il est sec, modéré sur le plan de l’alcool, avec, enroulée dans le ressort, une capacité de détente qui avive son fruité tout au long du parcours en bouche. Un bio de haut vol qui ne cesse d’étonner ! (10+) ★★★★ ©

Votre bonheur ne prendra certes pas non plus de plomb dans l’aile avec ce Chardonnay 2013 de la Sonoma Lake Winery, qui profite visiblement des climats frais de la Russian River Valley (27,05 $ – 12830271) pour tracer en longueur.

À ce prix, nous avons là un vin qui non seulement souligne son origine avec autant de fierté que de sincérité et de conviction, mais qui taille aussi des croupières aux meilleurs pouillys-fuissés.

Un blanc sec qui offre droiture et texture, fruité et vivacité, sève et densité, le tout porté par un boisé intégré particulièrement évocateur. Longue finale qui culmine sur une amertume des plus nobles. Un régal. (5+) ★★★1/2 ©

Aussi : Bandol 2015, Domaine de la Suffrene, France (26,45 $ – 11903491 – (5) ★★★1/2) ; Pouilly-Fuissé 2014, Bouchard Père Fils, Bourgogne, France (30,75 $ – 13116256 – (5 +) ★★★1/2 ©)

Rouges. À tout juste 20 $, la cuvée Les Quatre Terres 2014 du Domaine Santa Duc dans les Côtes-du-Rhône (19,95 $ – 12598548) propose, à vol d’oiseau, une exploration fruitée et épicée de belle ampleur et, parallèlement, une fouille plus soutenue du sous-sol local où principalement grenache et syrah semblent gagner en densité et en prestance, tout en demeurant d’une fraîcheur exemplaire. C’est sérieux sans en avoir l’air. (5) ★★★ ©

Mais ça se corse nettement plus avec cet Aenorio d’Otazu 2009, Pago d’Otazu d’Espagne (31,25 $ – 12382827), qui offre au cabernet sauvignon, ici majoritaire dans l’assemblage, un terroir d’exception.

Si 6 ans de bouteille et 18 mois de barrique ne l’ont pas encore dégriffé en lui conservant l’expression pleine et entière de son fruité, ce rouge corsé et structuré demeure encore consistant, compact mais aussi long et racé. À méditer. (5+) ★★★1/2 ©

Aussi : Barbaresco 2012, Cantina del Pino, Piémont, Italie (40,50 $ – 11910131 – (5+) ★★★1/2 ©) ; Daumen 2014, Châteauneuf-du-Pape, France (40,50 $ – 13085630 – (5+) ★★★1/2 ©)