La puissance du hip-hop

Le hip-hop, outil pédagogique ? L’idée fait sourire ceux que ce genre artistique rebute, mais c’est le pari qu’a fait l’école secondaire James Lyng, dans Saint-Henri. Non seulement pour ancrer l’enseignement dans un univers collé au vécu des élèves, mais aussi pour les aider à devenir de meilleurs citoyens. Parce que, oui, le hip-hop peut servir à cela.

Le plus récent numéro du magazine Urbania fait état de cette expérience menée par Michael Lipset, un Américain faisant son doctorat en éducation à l’Université McGill. Ce dernier collabore avec l’école secondaire afin que celle-ci devienne la première école secondaire canadienne avec immersion en arts urbains : rap, breakdance, graffiti et DJ-isme.

L’utilisation de ces formes d’expression artistique proches du quotidien des jeunes favorise non seulement l’enseignement des matières traditionnelles, mais le développement d’individus plus complets. « Pour les élèves, c’est encore plus que d’apprendre par le moyen des arts urbains. C’est de les connecter à leur apprentissage par une prise de conscience critique, une pédagogie qui les rend actifs et impliqués dans leur communauté », explique Michael Lipset à Urbania.

Le rap a cela de particulièrement puissant qu’à l’origine, il est l’expression d’une sous-culture qui décrit poétiquement, et qui parfois dénonce explicitement, les injustices vécues par certains groupes de la société. Si certains rappeurs se sont égarés dans l’expression d’une musique prônant le matérialisme, la violence et l’hypersexualisation de la femme, d’autres, comme Kendrick Lamar, prennent de front les défis sociaux qui les interpellent. Et ils sont populaires.

Avec son album DAMN, Kendrick Lamar trône cette semaine au sommet du palmarès Billboard 200, avec 603 000 albums vendus la semaine dernière, le plus grand nombre vendu en une semaine en 2017. Le record précédent était détenu cette année par Drake, avec 505 000 albums vendus au cours de la semaine se terminant le 23 mars.

Le hip-hop comme levier de participation citoyenne, donc. Pour les jeunes et tous ceux qui vibrent au son du beat et des lyrics.

À ceux qui en doutent, pensez aux échanges qu’auraient pu nourrir chanson La vi ti nèg du groupe Muzion. Encore aujourd’hui, presque vingt ans après sa sortie, il n’est pas rare d’entendre sa mélodie dans les meilleurs clubs. Cette chanson est en quelque sorte un hymne appelant à la solidarité des personnes d’origine haïtienne vivant en situation de précarité au Québec. Ses paroles ont beaucoup résonné dans l’ivresse des partys, mais auraient pu susciter des discussions plus profondes dans le débat public.

En 2010, la Fédération des syndicats de l’enseignement a célébré avec fierté, et avec raison, l’hommage aux enseignants qu’a rendu Webster, rappeur et historien de Limoilou, dans la chanson La force de la multitude :

« J’exprime ma gratitude / Pour tous ces héros oubliés / Restés vaillamment au front / Tandis que les autres se repliaient. »

Or, c’est le même Webster qui, en collaboration avec Karim Ouellet, a créé la chanson Qc History X, qui propose en poésie un véritable cours sur l’histoire des Noirs au Québec.

« En 1629 arrive Olivier Lejeune / Premier esclave répertorié dans la jeune ville de Québec / Au moins 10 000 esclaves au Canada / Jusqu’à l’abolition de ce droit en 1833 / Yo c’est fou, à force de fureter en masse / J’ai découvert que Lionel Groulx prônait la pureté des races / C’est la même pour Garneau, F.X.-Garneau / Québec History X, ils nous ont effacés du tableau / Mais pourtant, il y avait des hommes d’affaires noirs / On était dans les régiments et d’autres étaient coureurs des bois / Il y avait aussi des aubergistes / Et ils veulent nous faire croire que les Noirs sont ici depuis les années 70. »

Malheureusement, la richesse de cette chanson est inversement proportionnelle à sa notoriété. C’est là que réside la dissonance entre la pertinence du hip-hop dans le paysage sociétal et sa faible utilisation comme outil pédagogique.

Les Webster et Muzion ne sont que des exemples d’une panoplie d’artistes ayant créé un trésor culturel pouvant non seulement faire évoluer les méthodes d’enseignement, mais pouvant aussi jeter un éclairage différent et pertinent sur des phénomènes sociaux contemporains. Il ne tient qu’à nous d’apprécier le hip-hop comme tel.

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4 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 28 avril 2017 07 h 41

    Musique et poésie


    Oui, la musique et la poésie, c'est important, surtout au secondaire quand les adolescents ont besoin de découvrir qu'ils ont une âme sensible et ne sont pas que des numéros dans un système où il faut apprendre à se protéger.
    Mais ce serait bien d'ouvrir l'horizon des œuvres proposées. Un poème de Nelligan par-ci, un air des noces de Figaro de Mozart par là, entre deux beat and lyrics. Surtout que Nelligan et Mozart étaient, eux aussi, des artistes urbains.

  • Martin Beaudin-Lecours - Abonné 28 avril 2017 11 h 49

    Heu...

    J'aime beaucoup ce que fait Karim Ouellet, et je comprend la pertinence d'une "black history" inspirée de ce qui se fait aux États-Unis. Mais, faut pas tomber dans le révisionnisme historique simplement pour faire de belles rimes. Oui, pour la quasi-totalité des Québécois d'origine canadienne-française, les premiers Noirs sont apparus dans les années 70. Tant mieux si on connaît mieux aujourd'hui leur lointaine et éparse présence en terre québécoise, mais de là à chanter "ils nous ont effacés du tableau"!

  • Serge Morin - Inscrit 29 avril 2017 10 h 01

    C'est du révisionnisme pur et simple, vous avez raison.

  • Serge Morin - Inscrit 29 avril 2017 10 h 19

    Ces chroniques du vendredi m'exaspère, ces propos victimaires du hip-hop ne sont pas nouveaux, la cible a seulement changée.
    Chaque semaine,notre chroniqueur néophyte a sa victime désignée et débusque en vous un raciste héréditaire ignoré.