Le prix de la crédibilité

Le débat sur la « convergence » sera au centre de l’attention médiatique au prochain congrès de Québec solidaire. S’il est vrai que la décision de s’allier ou non au PQ pourrait être un facteur déterminant à l’élection d’octobre 2018, le plus important pour l’avenir du parti est cependant ailleurs.

Lors du débat entre les candidats au poste de porte-parole, dimanche dernier, Gabriel Nadeau-Dubois a bien résumé le dilemme auquel sont confrontés les militants de QS. Selon lui, QS ne doit plus se contenter d’être la « conscience morale » de l’Assemblée nationale. Il lui faut devenir une « alternative crédible » aux yeux des Québécois. Autrement dit, ce n’est pas le cas actuellement.

De prime abord, cela devrait aller de soi, mais encore faut-il être prêt à payer le prix de cette crédibilité. Depuis sa fondation, QS s’est complu dans le confort de la pureté idéologique qui donne bonne conscience. Quels compromis ses membres sont-ils disposés à faire pour être en mesure d’aspirer au pouvoir ?

M. Nadeau-Dubois a déclaré que QS devrait chercher à répondre davantage aux préoccupations économiques de la population. L’ancien leader étudiant a préféré ne pas approfondir cette idée, mais il doutait manifestement que le programme actuel y réponde. Le modèle proposé par QS est très clair : « Québec solidaire vise, à long terme, la socialisation des activités économiques. » Tout au plus est-on disposé à accorder « une certaine place » à l’entreprise privée, limitée essentiellement à la PME.

 

Manon Massé croit qu’il suffirait d’« expliquer plus simplement les choses pour que les gens sentent que QS leur ressemble ». Personne ne doute de l’empathie de QS pour les moins favorisés. Qui ne rêverait d’« un système économique et politique favorisant le bien commun, qui respecte davantage les communautés et les individus, qui permet de définir nous-mêmes les objectifs de nos vies et qui respecte l’environnement qui nous entoure » ?

Le mieux est l’ennemi du bien, dit cependant le proverbe. Une majorité de Québécois seraient sans doute d’accord pour éliminer la suprématie de la Loi sur les mines sur toutes les autres lois qui régissent l’utilisation du territoire et pour accorder aux communautés concernées un droit de veto sur les permis miniers, comme le prévoit le programme de QS. De là à « placer l’industrie minière sous contrôle public [participation majoritaire de l’État], incluant au besoin la nationalisation complète », c’est une autre affaire.

Jean-François Lessard, qui est également candidat au poste de porte-parole a fait valoir que les travailleurs de l’industrie forestière, dont la nationalisation est également envisagée, seraient très heureux d’avoir des emplois comparables à ceux qu’offre Hydro-Québec. Les conditions de travail exceptionnelles consenties par la société d’État, qui bénéficie d’une clientèle captive, ont certainement de quoi faire rêver, mais la nationalisation n’empêchera pas les poussées de fièvre protectionnistes qui s’emparent périodiquement de nos voisins américains.

 

Quand il a fait le saut en politique, Gabriel Nadeau-Dubois a dit s’inspirer de Bernie Sanders. Selon les critères américains, le « socialisme » dont se réclamait le candidat à l’investiture démocrate était sans doute révolutionnaire, mais il ne proposait pas de rompre avec le système capitaliste. Il s’agissait plutôt d’en éliminer les effets pervers en faisant payer ceux qui en abusent et en mettant davantage l’État à contribution.

Le néo-libéralisme honni par les militants de Québec solidaire, qui lui associent aussi bien le PQ que le PLQ, est moins débridé au Québec qu’au pays de Donald Trump. Les privilèges dont jouissent les membres du club du 1 % demeurent sans doute excessifs, mais les mailles du filet social sont beaucoup plus serrées.

M. Nadeau-Dubois fait manifestement des efforts pour rester dans les limites qu’impose le rôle de porte-parole, d’autant plus que certains le soupçonnent de se considérer davantage comme un chef en bonne et due forme. Il lui faudra faire preuve de beaucoup de doigté et de patience pour amener le parti à se recentrer, même s’il reste encore beaucoup d’espace à la gauche du PQ.

Depuis sa fondation, QS est demeuré un parti marginal, dont la visibilité a été bien supérieure à son poids réel. Ses adversaires n’ont pas senti la nécessité de critiquer sérieusement ses orientations. Sa présence à l’Assemblée nationale était même la bienvenue, dans la mesure où elle démontrait que le système était en mesure de donner une voix aux moins favorisés de la société, ce qui est préférable au fait de les voir descendre dans la rue.

Si la récente poussée de QS dans les sondages se révèle durable et que de nouvelles candidatures prometteuses viennent s’ajouter à celle de M. Nadeau-Dubois, on découvrira soudainement les terribles choses que contient son programme.

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