Recomposition politique

Premier tour sans précédent à la présidentielle française. Avec la percée d’un novice en politique devenu favori et probable président — Emmanuel Macron —, on a assisté hier à l’effondrement des forces politiques traditionnelles de l’Hexagone, et à l’ébauche d’une recomposition.

Tout d’abord, il y a le quasi-anéantissement de la formation actuellement au pouvoir, le Parti socialiste dont le candidat officiel, Benoît Hamon, s’est écrasé avec moins de 7 % des suffrages.

Dans une moindre mesure, c’est aussi la claque pour François Fillon, du parti Les Républicains. Le candidat de la droite « classique » (ex-gaulliste) avait espéré faire oublier son rapport trouble à l’argent et sa main baladeuse dans les coffres de l’État, en misant sur une plateforme à la fois patriotique et néolibérale. Un programme devenu plus radical au fur et à mesure que la campagne progressait et que le scandale des emplois fictifs le rattrapait.

Avec 20 % — et beaucoup de votes partis provisoirement ailleurs, justement à cause du personnage —, on peut imaginer que les couteaux vont sortir. On disait encore, en janvier, cette élection « imperdable » (sic) pour les républicains. Mais la droite classique reste une force présente dans la France profonde, campagnarde, avec laquelle il faudra compter.

Et puis, malgré un résultat décevant (moins de 22 %), correctement prévu par les ultimes sondages, c’est quand même une percée historique pour Marine Le Pen. Il y a quinze ans, la présence du Front national de papa Le Pen au second tour était un accident de parcours. Cette fois, rien d’accidentel dans la présence de sa fille au second tour, annoncée de longue date et mûrement préparée.

Mme Le Pen profitera des deux semaines avant le 7 mai pour marteler sa dénonciation du « système » (représenté par tous les politiciens, sauf elle) et d’une « mondialisation sauvage » dénoncée avec des accents apocalyptiques dignes de l’extrême gauche.

À l’extrême gauche justement, Jean-Luc Mélenchon s’est dit déçu par ses 19 %, qui le relèguent au quatrième rang… mais représentent tout de même une percée remarquable pour un candidat qui voulait quitter l’OTAN, renégocier l’Europe ou en sortir, et distribuer à tout va avec un taux marginal d’imposition porté à 100 % pour les hauts revenus !

On assiste donc au fractionnement en quatre blocs de l’opinion française, divisée par plusieurs clivages : gauche-droite, mais aussi et peut-être davantage par ceux qui opposent nationalisme et mondialisation, ville et campagne, protection et libéralisme économique.

Avec en prime l’émergence fulgurante d’un centre politique, incarné par un nouveau venu insaisissable. Arrivé en première place, face à une Marine Le Pen toujours sulfureuse, il fait figure de grand favori… sans que l’on sache exactement quel est son programme, ni sur quelle majorité il pourra s’appuyer pour gouverner après les législatives cruciales du mois de juin.

 

Ce premier tour est aussi la revanche des sondeurs, qui ont prévu « pile-poil » les résultats réels.

Ah, les sondages ! Ont-ils eu assez mauvaise presse depuis un an ? « Complètement dans le champ », « outils de désinformation », « opium du peuple »… a-t-on répété dans la foulée du référendum sur le Brexit et de l’élection présidentielle aux États-Unis.

Vraiment ? En gros, les derniers sondages nationaux aux États-Unis, avant le fatidique 8 novembre 2016, accordaient à Hillary Clinton environ 46-47 % des intentions de vote. Elle obtint 48 % et presque 3 millions de voix de plus que son adversaire… élu par un capricieux et archaïque système indirect. Quant au Brexit, les toutes dernières enquêtes avant le référendum du 23 juin 2016 donnaient grosso modo du 50-50. Ce fut 52-48.

Et puis, au référendum constitutionnel turc, il y a une semaine, encore là, plusieurs enquêtes prédisaient un résultat proche de 50-50. Résultat officiel : 51-49, avec une petite dose de tricherie (fraude marginale et localisée, à la sauce russe) pour faire la différence en faveur du projet autoritaire du président Erdogan.

Enfin, hier en France, c’était l’apothéose des instituts de sondage. Pour la plupart des candidats, ils ont correctement prévu – au point, voire au demi-point près — les résultats sortis des urnes. Avec eux, on peut le dire aujourd’hui, sans grand risque de se tromper : Emmanuel Macron sera le prochain président de la République française.

Mais avec quels moyens et pour quoi faire ? Bon sujet d’une prochaine chronique…

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