Voyages: Investir

Le tissu hôtelier québécois évolue. Dans le créneau haut de gamme en particulier. S'y maintenir exige des entreprises ayant opté pour ce segment de marché certes lucratif mais très concurrentiel de ne pas lâcher la bride. D'où des investissements en conséquence.

L'été dernier, Alain April, directeur général du Château Bonne Entente de Québec, annonçait fièrement que l'établissement venait d'obtenir une distinction «très attendue», à savoir une cinquième étoile de Tourisme Québec, la plus haute cote au palmarès de la classification hôtelière. «Après cinq années de travail acharné et dix millions d'investissements, cette cinquième étoile vient vraiment confirmer notre positionnement comme hôtel de villégiature urbain haut de gamme aux tendances internationales.»

Montréal n'est pas en reste. Depuis quelques années, la métropole assiste à un ballet de changements de bannière au sein des grands hôtels, le dernier en date étant, au Complexe Desjardins, la reprise de l'ex-Wyndham par la chaîne Hyatt qui compte y injecter dès le départ une dizaine de millions de dollars.

Autre phénomène qui vaut d'être relevé: l'apparition de petits hôtels de luxe, souvent apparentés au concept de l'hôtel-boutique, notamment dans le Vieux-Montréal. Par un curieux paradoxe frisant l'illogisme, ce quartier, qui constitue l'un des hauts lieux touristiques montréalais, ne possédait pas d'établissements hôteliers dignes de ce nom. Puis, boum! éclata une floraison qui a donné, pour en nommer quelques-uns, le Saint-Sulpice (affilié au groupe français Concorde qui regroupe plus de 70 hôtels de prestige dans le monde), le Nelligan, le Place-d'Armes et l'Auberge du Vieux-Port appartenant tous trois à la famille montréalaise Antonopoulos.

On aura compris que, dans ce créneau, le contexte d'exploitation et de développement d'établissements de petite taille diffère de celui des hôtels de grande capacité qui ont accès à des capitaux beaucoup plus considérables. Le réseau des Relais & Châteaux au Québec en est un bon exemple.

Voici quatre entreprises, L'Eau à la Bouche à Sainte-Adèle, La Pinsonnière à Cap-à-l'Aigle, l'Auberge Hatley à North Hatley et l'Hostellerie Les Trois Tilleuls à Saint-Marc-sur-Richelieu, qui, de saison en saison, doivent satisfaire les standards élevés de ce regroupement d'établissements indépendants, standards que résument les célèbres cinq C: courtoisie, charme, caractère, calme et cuisine.

Si les trois premiers logent dans des régions touristiques dûment réputées à l'écart des principaux centres urbains, le quatrième a ses attaches en Montérégie, dans le giron immédiat du Grand-Montréal. Cette proximité géographique a son poids: une large partie de sa clientèle se recrute dans la région métropolitaine où se trouvent également ses principaux concurrents.

Son propriétaire-fondateur, Michel Aubriot, n'en fait pas mystère: «Les goûts et les tendances changent, notamment dans un environnement comme celui de Montréal. Un établissement comme le nôtre doit constamment innover et faire des choix judicieux afin de rester ouvert 365 jours par année, tout en offrant une gamme complète de services.»

Voyons l'histoire des Trois Tilleuls. En arrivant de France en 1974, ce Vichyssois d'origine a d'abord ouvert un restaurant. Bientôt, l'ancienne fermette centenaire, installée au bord d'une rivière qui a joué un rôle d'importance au Québec, s'est transformée en «hostellerie champêtre». Ce fut ensuite la montée en grade et l'adhésion subséquente aux Relais & Châteaux qui compte maintenant plus de 460 membres dans une cinquantaine de pays.

«Mais il ne fallait pas s'arrêter là.» En 2001, quelque temps avant les événements du 11 septembre (que personne ne pouvait prévoir), Michel Aubriot prenait le pari d'ajouter aux Trois Tilleuls une toute nouvelle section, en l'occurrence un spa de quatre millions de dollars ainsi que 17 suites à l'enseigne de la maison de cosmétiques Givenchy, faisant elle-même partie de LVMH, «premier groupe mondial de luxe qui développe ses produits autour de valeurs telles que l'audace et l'élégance».

Ce spa, relève-t-il, est le seul du genre au Canada et dans l'Est de l'Amérique du Nord, un atout non négligeable: «La logique de l'expansion du marché du bien-être avec Givenchy visait tout particulièrement les adeptes de soins de qualité et la clientèle féminine, en amorçant par ailleurs une percée prometteuse dans l'univers de l'homme d'aujourd'hui. Nous avons alors conçu des programmes du spa adaptés aux horaires des gens d'affaires en réunion ou en congrès tout comme aux attentes des vacanciers en week-ends d'amoureux.»

Ce n'était pas suffisant, semble-t-il. Au début janvier de cette année, tout de suite après l'achalandage des Fêtes, l'hôtel a connu des travaux d'envergure, d'une valeur de 1,2 million pour refaire — «totalement à neuf» — les 23 chambres du bâtiment initial et «pour s'harmoniser au luxe du spa». Un mandat a donc été donné à la firme montréalaise Camdi Design d'«interpréter les couleurs et le style Givenchy en préservant la discrète atmosphère traditionnelle de l'hôtel.»

Résultat: l'ambiance des chambres «renouvelées» s'alimente au jeu de teintes monochromes associées à des touches de beige, de bois blanc et clair, de verre givré. Recourant aux expressions les plus achevées du design contemporain, leur décor tranche nettement avec celui qui prévalait naguère.

«Il fallait aller en ce sens, conclut-il. La clientèle évolue elle aussi et il importe de la satisfaire. Et même de la surprendre. Ces rénovations représentent des déboursés de 52 000 $ par chambre et portent la valeur totale de notre complexe hôtelier à neuf millions. Elles nous permettent de croire que nous pourrons de la sorte attirer 30 000 visiteurs par année et générer des revenus annuels de quatre millions. Telles sont les exigences de la qualité.»

Et de la pérennité des choix.

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Le tissu hôtelier québécois évolue. Dans le créneau haut de gamme en particulier. Pour se maintenir parmi les meilleurs, Les Trois Tilleuls, à Saint-Marc-sur-Richelieu, n'a pas hésité à investir dans l'établissement, ajoutant un spa et 17 suites, en plus de rénover les 23 chambres déjà existantes.