La nouvelle croisade

Avec un impôt sur le revenu résolument progressif, un réseau de garderies subventionnées incomparable et des droits de scolarité remarquablement bas, les Québécois se plaisent à croire que la « société distincte » est celle où l’égalité des chances est la plus grande au Canada, pour ne pas dire en Amérique du Nord.

Paradoxalement, parmi toutes les provinces canadiennes, c’est au Québec que l’école privée est la plus fortement subventionnée — à hauteur de 75 %, selon le rapport Champoux-Lesage (2014) — et la plus fréquentée (12,6 % des élèves du primaire et du secondaire en 2012-2013). Elle n’est financée par l’État que dans quatre autres provinces canadiennes. En Ontario et au Nouveau-Brunswick, où elle ne bénéficie d’aucune subvention, le taux de fréquentation était de 5,2 % et 0,7 % respectivement.

La proportion d’élèves en difficulté tout comme le taux de décrochage sont sensiblement plus bas dans les écoles privées, qui dominent les palmarès année après année. On peut facilement comprendre qu’un nombre grandissant de parents souhaitent y inscrire leurs enfants. Conséquemment, le poids des élèves en difficulté que doit supporter l’école publique ne cesse de s’alourdir.

Le débat n’est évidemment pas nouveau. En 1996, le rapport des États généraux sur l’Éducation avait recommandé un moratoire sur l’ouverture de nouvelles écoles privées et la diminution progressive de leur financement public. En plus de vingt ans, aucun gouvernement n’a osé s’engager dans cette voie.

À l’automne 2012, la ministre de l’Éducation dans le gouvernement Marois, Marie Malavoy, semblait déterminée à agir. Les écoles privées allaient devoir « accepter tout le monde » ou renoncer à leurs subventions. Le temps lui a cependant manqué et le retour au pouvoir des libéraux a eu pour effet de clore le dossier.

 

Personne n’a dû être vraiment surpris d’entendre Gabriel Nadeau-Dubois relancer le débat. Il va cependant plus loin en proposant l’abolition pure et simple du financement public des écoles privées. « Il n’y a aucune raison de perpétuer un système qui crée deux catégories d’enfants au Québec. Surtout pas à même les fonds publics », a-t-il déclaré dimanche, à l’occasion de son investiture dans Gouin.

M. Nadeau-Dubois reprend simplement le programme de Québec solidaire, qui prévoit déjà un « réseau scolaire public mixte » au sein duquel coexisteraient des écoles publiques totalement financées par l’État et des écoles privées qui n’auraient pas droit au financement public, mais qui seraient néanmoins soumises aux mêmes exigences relativement au programme d’études et à l’intégration des élèves en difficulté.

L’éducation n’était cependant pas le chapitre du programme sur lequel les différents porte-parole de QS ont mis le plus d’accent au cours des dernières années, sinon pour dénoncer les compressions budgétaires décrétées par le gouvernement Couillard. Connaissant l’ancien leader étudiant, le débat sur l’école privée pourrait bien prendre des allures de croisade.

 

Dans l’élaboration de la « proposition principale », qui servira de base à son nouveau programme, le PQ a fait de louables efforts pour se rapprocher des positions de QS, qu’il s’agisse du revenu minimal garanti, de Pharma-Québec ou encore du renforcement de la loi anti-briseurs de grève.

La « convergence » sera plus difficile sur la question de l’école privée. La « proposition principale » prévoit simplement d’« obliger les écoles privées et les écoles publiques dotées de projets particuliers à accepter des élèves en difficulté ou handicapés et à les accompagner jusqu’à la diplomation ».

Plutôt que de diminuer leurs subventions, cela pourrait bien se traduire par une augmentation du financement des écoles privées, en raison des ressources supplémentaires que nécessiterait la prise en charge d’une clientèle plus lourde.

Il ne saurait être question pour le PQ de couper les vivres à l’école privée. Une bonne partie de l’électorat péquiste, qui y envoie ses enfants, réagirait certainement très mal. Ce serait là un excellent moyen de les jeter dans les bras de la CAQ.

Ce ne sont toutefois pas des considérations d’ordre idéologique qui détermineront en dernière analyse s’il y aura alliance ou non entre le PQ et QS, mais plutôt l’intérêt électoral de l’un et l’autre. Avec un peu de bonne volonté, il ne devrait pas être trop difficile de se partager une quinzaine de circonscriptions libérales ou caquistes, tout en s’assurant que chacun conserve au total une part équitable des voix, à partir desquelles est calculée la subvention que l’État verse aux partis politiques.

Il sera nettement plus difficile de s’entendre sur un pacte de non-agression qui empêcherait le PQ et QS d’attaquer leurs circonscriptions respectives. Un tel pacte serait tout à l’avantage du PQ, dont les actifs paraissent plus vulnérables, mais constituerait un frein à l’expansion de QS. Si une entente s’avère impossible, il serait néanmoins préférable de paraître animé par des motifs plus nobles. Et quoi de plus noble que l’éducation, n’est-ce pas ?

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50 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 28 mars 2017 00 h 41

    Chaque enfant, riche ou pauvre, mérite les mêmes chances pour atteindre son potentiel maximal!

    Votre chronique, monsieur David, porte, encore une fois, sur les stratégies que les partis politiques doivent employer pour gagner! Il me semble que c'est plus profitable de parler de principes de démocratie, en comparaison avec les pratiques les plus progressistes, par exemple, chez les pays scandinaves qui ont les meilleurs taux de succès en matière d'éducation.
    Je suis tout à fait d'accord avec Gabriel Nadeau-Dubois «qu'il n’y a aucune raison de perpétuer un système qui crée deux catégories d’enfants au Québec. Surtout pas à même les fonds publics.»
    Il ne faut pas siphonner les ressources des écoles publiques aux écoles privées. Il me semble que la démocratie exige que chaque enfant, riche ou pauvre, doive avoir les mêmes chances et les mêmes opportunités pour atteindre son potentiel maximal. Il faudrait simplement arrêter de subventionner les écoles privées et mettre les fonds dans les écoles publiques négligées depuis longtemps.

    • André Joyal - Inscrit 28 mars 2017 20 h 43

      «. Il faudrait simplement arrêter de subventionner les écoles privées et mettre les fonds dans les écoles publiques négligées depuis longtemps».

      Comme la vie semble SIMPLE au yeux des militants de QS!

    • Francois Cossette - Inscrit 29 mars 2017 06 h 39

      Une debat sterile, aucun gouvernement ne touchera a ce ssibujet hautement sensible et explosif. Pourquoi le ferrait-il, cette situation lui permets de sauver de 300 a 500 miliions par année. Pour que l'abrogation de la subvention donne 1 sous de plus au systeme publique il faudrait que plus de 50% des étud,iants restent au privé. Les pourfendeurs peuvent toujours rever bien plus de 50% n'en auront pas les moyens.

      Et maintenant ces nouveaux eleves on va les mettre ou, dans nos ecoles pourries qui tombe en ruine ou dans des locaux préfabriqués.

      Voila pourquoi rien ne changera.

  • Pierre Michaud - Abonné 28 mars 2017 01 h 59

    Non a la subvention a l'école privé

    GND touche un bon point ,il manque 4 milliards$ dans le réseau publique,il serais temps et normal de réinvestir toutes les sommes qui ont été coupés au fil des ans et les redistribuer au secteur publique. En Ontario les libéraux ont fait pareil en cessant de financer les écoles privées. Actuellement ,il y a des éleves en difficultés qui n'on pas droit a des services d'aide aux devoirs qui est essentiel a la réussite scolaire. C'est juste normal que le systeme publique benificie de ces montants pour mieux s'assurer d'une réussite scolaire a tous.

    • Benoit Toupin - Abonné 28 mars 2017 10 h 52

      Rendre l'école privé moins abordable risque de provoquer une demande d'accueil plus grande pour l'école publique; capacité d'accueil qu'elle n'a peut-être pas... Et la capacité d'accueil, ce sont de nouvelles écoles, des aggrandissements, des écoles sur-occupées. Il y a un coût à tout cela; l'évaluation a-t-elle été faite?

      Oui à la revue des subventions et des conditions rattachées aux subventions. Oui à des contraintes à l'école privé pour une part équitable des élèves avec des besoins particuliers. Mais une évaluation rigoureuse d'abord.

      Déshabiller Paul pour habiller Pierre, ce n'est pas un gain vestimentaire... Ce qu'il faut c'est prendre le temps de trouver la stratégie qui donne des gains... A ce point de vue, les propos de GND n'apportent que bien peu de réponse.

    • Pierre Michaud - Abonné 28 mars 2017 11 h 53

      Benoit Toupin - cite :

      ---Rendre l'école privé moins abordable risque de provoquer une demande d'accueil plus grande pour l'école publique; capacité d'accueil qu'elle n'a peut-être pas... Et la capacité d'accueil, ce sont de nouvelles écoles, des aggrandissements, des écoles sur-occupées. Il y a un coût à tout cela; l'évaluation a-t-elle été faite?

      Oui à la revue des subventions et des conditions rattachées aux subventions. Oui à des contraintes à l'école privé pour une part équitable des élèves avec des besoins particuliers. Mais une évaluation rigoureuse d'abord.

      Déshabiller Paul pour habiller Pierre, ce n'est pas un gain vestimentaire... Ce qu'il faut c'est prendre le temps de trouver la stratégie qui donne des gains... A ce point de vue, les propos de GND n'apportent que bien peu de réponse.=== @ Benoit Toupin Si les autres provinces comme l'ontario l'ont fait par des libéraux par surcroit il est permis de croire que le financement des écoles privés est une absurdité dans notre systeme et qui ne favorise que les mieux nantis finalement. Comme par hasard la hausse du décrochage scolaire est proportionnelle aux coupures faites depuis des décennies dans le ministere de l'éducation et les premeires victimes sont nos écoles publiques. Il est a peu pres temps de mettre fin aux subventions des écoles privés au Québec et de renverser cette tendance ainsi on verrais le bout du tunnel.

    • Pierre Michaud - Abonné 28 mars 2017 12 h 02

      Mr Toupin comme dirais GND ce systeme ne fait qu'encourager une école a deux vitesses au fil des ans on a toujours épargné les subventions au privé tout en coupant alegrement ceux du publique . Pourquoi devait t'on former deux classes d'éleves comme c'est le cas actuellemnt ou tous n'ont pas cette chance d'avoir des cours de musique ,des tournois de basketball ect.. La réussite scolaire passe par un financement adequat du systeme publique et ce n'est pas le cas actuellement.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 mars 2017 12 h 27

      Monsieur Toupin, le gouvernement pourrait tout simplement racheter les écoles privées devenues vides, s'il y a lieu. Comme on l'a fait avec tous les cégeps, Marie-Victorin le dernier.

    • Benoît Landry - Inscrit 28 mars 2017 12 h 53

      @ M. Toupin je vais vous refaire la réponse que j'ai fait plus bas à un autre commentaire

      Le réseau public financé à 100% doit aussi supporter tous les enfants en difficultés que rejette le privé, ce qui grève probablement son budget de 25 %, autrement dit pour tous les enfants «réguliers», le réseau public n'a donc que 75 % de son budget de disponible et le réseau privé...... 100 %. Vous trouvez ça juste ?

      Alors il ne s'agit pas de déshabiller Paul pour habiller Pierre, mais minimalement de cesser de subventionner les multiples chaussures de sport de Paul pour fournir une paire de godasse potable à Pierre. En se servant de l'économie d'échelle, installer tous les jeunes dans le même réseau fera qu'il y aura moins de disparités et plus d'élèves pourront profiter d'options «trippantes» dans leur parcours primaire et secondaire.

      Si ce n'est pas suffisant pour une classe de gens riches, ben ils se paieront leur propres écoles Point

    • Benoit Toupin - Abonné 28 mars 2017 14 h 06

      A la lecture de mon commentaire plus bas, "Pas de solutions faciles" j'explique plus en détail pourquoi je doute de la pertinence d'une abolition complète des subventions à l'école privé. J'en appelle à l'analyse des options pour aller chercher la maximum de gains pour les élèves. Je donne aussi comme objectif:

      De réviser le mode de financement du privé pour rétablir un équilibre sain et juste entre le privé et le public; il faut que le privé et le public utilisent les mêmes critères d'accueil et se répartissent également les élèves présentant des besoins particuliers; il faut laisser une place égale au privé et public pour des programmes de surdouance, etc.

      A Monsieur Michaud:

      Se comparer à d'autres n'est pas une analyse valable. Une école à deux vitesses n'est effectivement souhaitable; quel est le meilleur moyen d'y parvenir? Rendre le privé inaccessible et surcharger la capacité d'accueil du public n'est pas la meilleur façon d'atteindre le bût. Voulez-vous une école performante ou simplement l'uniformité sans égard à la qualité. Je respecte ce que pense GND, mais si je critique c'est peut-être pour en espérer une réflexion positive.

      A Monsieur Auclair.

      Dépenser des milliards pour acheter des écoles qui existent déjà et que 10% de nos enfants fréquente; c'est comme dépenser pour acheter un bien que je possède déjà... Je cherche l'avantage... Il y a vraiment mieux à faire avec nos argents...

      A Monsieur Landry,

      Je vous réfère aux objectifs énoncés dans mon deuxième paragraphe; oui il faut mieux répartir les élèves demandant des besoins particuliers et y faire contribuer le privé. Cependant, il n'y a pas d'économie d'échelle, le privé ne représentant que 10% des élèves.

  • Pierre Michaud - Abonné 28 mars 2017 02 h 06

    Le débat sur le financement des ecoles privés

    Je pense que ce débat prendra de l'ampleur lors de la prochaine campagne électorale et le PQ s'il veut faire des ententes de convergences devra en tenir compte. Ce n'est pas normal qu'au Québec que nos écoles sont dans un état lamentables ou il manque de tout quand ce n'est pas de couper les activités parascolaires aux éleves.!

  • Pierre Deschênes - Abonné 28 mars 2017 05 h 25

    La quadrature du cercle

    On est en droit de se demander pour quelles raisons un réseau unique d'écoles subventionné par l'État ne suffirait pas à la tâche de prendre en charge tous les élèves du Québec avec un même niveau de qualité? On est en droit de se demander pour quelles raisons devait-on créer un réseau d'écoles privées, donnant ainsi naissance à un système d'éducation "à deux vitesses", comme le système de santé? Sans compter le paradoxe incompréhensible que ces écoles dites "privées" soient financées par l'État. Bienvenue dans l'inivers de la quadrature du cercle de l'éducation au Québec.

  • Bernard Terreault - Abonné 28 mars 2017 08 h 26

    Arithmétique de 3ième année

    On peut s'opposer pour des raisons de principe à l'école privée, mais Nadeau-Dubois ment délibérément ou, pire, n'a jamais compris l'arithmétique élémentaire s'il pense ainsi épargner des fonds publics. Si ces élèves quittent l'école privée financée par l'État à 75% ils iront à l'école publique financée à 100%! Pire encore, les parents de ces privilégiés vont tout à coup exiger le mieux pour les écoles de leurs enfants, et faire grimper encore les coûts.

    • Benoît Landry - Inscrit 28 mars 2017 11 h 33

      Les chiffres ne servent pas qu'à faire de l'arithmétique de 3e année, on peut aussi calculer en faisant des nuances avec la réalité et faire des projections à long terme avec des chiffres. C'est ce que Gabriel disait dimanche soir, il ne faut pas seulement additionner des colonnes de chiffres.

      Le réseau public financé à 100% doit aussi supporter tous les enfants en difficultés que rejette le privé, ce qui grève probablement son budget de 25 %, autrement dit pour tous les enfants «réguliers», le réseau public a donc 75 % de son budget de disponible et le réseau privé...... 100 %. Vous trouvez ça juste ?

      Et concernant le long terme avez-vous déjà vu les études qui démontrent qu'en investissement 1 $ en prévention on économise 7$ à moyen et long terme en dommage de toutes sortes ? Alors même s'il faut investir en éducation avec des spécialistes, autrement dire offrir au public ce que le privé reçoit à long terme nous serons gagnant.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 mars 2017 12 h 28

      Bernard,
      Si même les privilégiés envoient leurs enfants au public, ils n'accepteront jamais que leurs écoles soient dans un si piètre état, ce qui va bénéficier à tout le monde.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 mars 2017 12 h 30

      Il semblerait que les écoles privées ont aussi accès à des subventions pour des agrandissements et des mises à niveau.

      Par ailleurs, le réseau public aura tout à fait la place nécessaire, dans les anciennes écoles privées...

    • Bernard Terreault - Abonné 28 mars 2017 13 h 04

      À Benoît Landry : le 25% d'élèves en difficultés sera toujours là, qu'il y ait des écoles privées ou non. Tout ce que je dis c'est que de supprimer le financement au privé n'apportera pas un sous de plus pour les élèves en difficulté. On doit argumenter sur une autre base, par exemple que les privilégiés qui enverraient maintenant leurs enfants au public au lieu du privé seront plus exigeants sur la qualité de l'enseignement public, ce qui devrait éventuellement résulter en de meilleures écoles pour tous (mais pas à moindre coût!).

    • Benoît Landry - Inscrit 28 mars 2017 14 h 15

      @ M. Tétreault vous écrivez : «.... les privilégiés qui enverraient maintenant leurs enfants au public au lieu du privé seront plus exigeants sur la qualité de l'enseignement public, ...»

      parce qu'il faut nécessairement que les «riches» soient exigeants pour que le gouvernement bouge ? Pour que le gouvernment mise sur la qualité du public ? Vous avez probablement raison, il y a des manifestations publiques depuis plusieurs années afin de réinvestir ou de faire les choses autrement, mais nos gouvernements successifs ont fait la sourde oreille. C'est donc le pouvoir de l'argent et de ceux qui additionnent les colonnes de chiffres... GND a raison