Le syndrome de la baudruche

Après neuf semaines de présidence Trump, les contours de « l’Amérique d’abord » chère à la tête dirigeante des États-Unis en matière de politique étrangère restent encore largement à définir. Il est néanmoins possible de dresser un premier constat : telles des baudruches, ses vociférations et ses prétentions se dégonflent largement au contact de la réalité des affaires internationales.

Depuis qu’il est à la Maison-Blanche, Trump a intensifié les opérations militaires américaines en Syrie, en Irak et au Yémen. Il a imposé de nouvelles sanctions contre l’Iran et souhaitait faire pression sur la Chine en remettant en question, avant de se rétracter, le principe de la Chine unique. Son secrétaire d’État, Rex Tillerson, a clairement laissé entendre, lors de son premier déplacement à l’étranger, que, face à l’impasse diplomatique dans le dossier nucléaire nord-coréen, l’option d’une attaque préemptive contre Pyongyang était sur la table.

L’esthète de l’art de la négociation ferait-il sienne la « madman theory » chère à Nixon ? L’imprévisibilité sera-t-elle le principe cardinal de la doctrine de politique étrangère du 45e président des États-Unis ? Postuler qu’une telle doctrine existe déjà au sein de la Maison-Blanche présuppose que les actions entreprises depuis le 20 janvier soient délibérées. Le caractère impulsif de Trump et sa connaissance au mieux parcellaire des enjeux internationaux obligent à en douter.

La guerre des clans

C’est également, voire surtout, oublier que la Maison-Blanche est le théâtre d’une épique lutte d’influence pour définir l’orientation de la politique étrangère. Deux clans s’affrontent. Le premier s’articule autour du conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster. Celui-ci s’est adjoint il y a une dizaine de jours les services de Nadia Schadlow, auteure de l’ouvrage War and the Art of Governance. Les positions de celle-ci sur l’usage de la force, sur l’importance de la dimension politique des interventions militaires et sur la nécessité de l’engagement international des États-Unis sont diamétralement opposées à celles du président. Elle sera responsable de la rédaction de la nouvelle stratégie de sécurité nationale. Ce document expose la vision du monde de toute nouvelle administration et sert de cadre directeur à la politique étrangère.

Schadlow, McMaster et le secrétaire à la Défense Mattis occupent des postes clés. Attachés au soft power et à un rôle actif des États-Unis dans le monde, ils apparaissent en mesure d’inscrire le président Trump dans la tradition de politique étrangère qui prévaut depuis 1945. Ils devront toutefois composer avec des rivaux qui chercheront à les marginaliser. Ce clan rival est mené par Stephen Bannon. Sa vision du monde a été clairement exposée lors d’un discours au Vatican en 2014. Selon lui, « l’Occident judéo-chrétien » est sous la menace de trois forces : le capitalisme de marché, le sécularisme et le « fascisme islamiste ». Si Trump n’accorde pas la même importance à la religion que Bannon, ils partagent le même nationalisme économique et la même hostilité face à l’islam.

Bannon a de toute évidence l’attention du président Trump. L’euroscepticisme assez récent de ce dernier et ses décrets migratoires ciblant des pays à majorité musulmane en attestent. Pour autant, le clan Bannon (dont font partie Jared Kushner et Sebastian Gorka) ne devrait pas être en mesure, hors contexte de crise majeure de type 11-septembre, de rivaliser avec les tenants d’une politique étrangère plus traditionnelle organisés autour de McMaster. Il est en effet en infériorité numérique et ses membres ne maîtrisent pas suffisamment les rouages bureaucratiques pour significativement réorienter la politique étrangère des États-Unis. Bannon murmure peut-être à l’oreille du président, mais il n’a ni l’expérience ni l’habileté d’un Dick Cheney.

N’est pas Nixon qui veut

Depuis son investiture, Trump a piétiné les normes diplomatiques, utilisé l’invective dès qu’il s’est senti attaqué, froissé de fidèles alliés tels l’Allemagne, en manquant d’élégance avec la chancelière Merkel, et le Royaume-Uni, en en accusant les services de renseignement britanniques de l’avoir espionné pour le compte du président Obama.

Passer pour imprévisible et incontrôlable peut donner l’illusion de faire peur aux adversaires et de contraindre les partenaires à modifier leurs comportements. C’est oublier un peu vite que cette approche élaborée par Nixon pour faire flancher les Nord-Vietnamiens fut un échec. Au demeurant, la baudruche Trump est d’ores et déjà largement dégonflée.

Il a certainement déjà raté l’opportunité de nouer un partenariat solide avec Moscou. Son mépris des alliances a été contourné. Son vice-président et son secrétaire à la Défense ont réitéré l’attachement des États-Unis à l’OTAN. En Asie-Pacifique, la menace nord-coréenne force son administration à rappeler l’importance des ententes avec le Japon et la Corée du Sud, deux pays auxquels le candidat Trump avait enjoint de faire plus d’efforts pour assurer leur sécurité.


 
2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 25 mars 2017 04 h 57

    Baudruche

    Pellicicule faite du gros intestin du boeuf ou du mouton, mince pellicule de caoutcouc dont on fait des ballons très légers, personne sans catactere et de réputation surfaite, théorie sans consistance, facile a réfuter, je pourrais y ajouter des noms mais je crois que ce n'est pas nécessaire

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 25 mars 2017 09 h 25

    Joli résumé de Donald Trump la baudruche.

    Je pense que ses echecs répétés commencent a agir sur son mental et je doute
    qu'il puisse terminer son mandat pour le bien de l'humanité.