Les deux nationalismes

Depuis 45 ans, Yvan Lamonde étudie l’histoire des idées au Québec. Il y constate des blocages et des inachèvements. Avec Un coin dans la mémoire, l’historien se fait essayiste afin de remonter aux sources de notre confusion nationale. Le parcours est révélateur et stimulant.

Le colonialisme britannique, explique-t-il, a introduit un coin dans la mentalité québécoise, processus qui a mené à la « désarticulation » de cette dernière. Pour se maintenir en l’absence d’une majorité démographique, le colonisateur a mis en place un système politique dans lequel le principe démocratique (Chambre d’assemblée) était bloqué par le principe aristocratique (Conseils exécutif et législatif), en attendant de pouvoir procéder à une union forcée des deux Canadas, noyant les colonisés dans la majorité britannique (1840). Pour amadouer les Canadiens français lors des périodes de crise, le colonisateur a parfois invité quelques-uns d’entre eux à siéger avec les dominants, selon le principe de la « petite loterie coloniale ».

Papineau et Parent

Cette subtile stratégie a divisé les Québécois en donnant naissance à deux nationalismes : le premier, fondé sur la conservation culturelle et sensible aux espoirs de réforme promis par le colonisateur ; le second, essentiellement politique et en quête d’indépendance.

En 1840, constate Lamonde, le colonialisme est enfin parvenu à diviser pour régner. « C’est à ce moment que se forme le cerveau politique du Québec, cerveau à deux hémisphères, l’un irrigué par Papineau, l’autre par Étienne Parent, explique l’historien. C’est de ce bicéphalisme que sortira la grande division entre une nationalité d’émancipation avec un mordant politique et une nationalité de conservation avec des espoirs d’arrangements. »

Cette division, longtemps nourrie par l’Église catholique, favorable au nationalisme culturel et au pouvoir britannique, dure toujours, écrit Lamonde, et elle opère « comme un principe durable de neutralisation, comme une forme d’anesthésie reconduite ».

Pour moi, il y a une façon de sortir de l’impression ou de l’idée de dénationalisation, de la menace d’évacuation comme majorité, de la menace de revivre encore la perte du paradis, c’est de se présenter non pas seulement avec des valeurs, mais tout autant avec des principes qui disent ce à quoi les Québécois tiennent comme société

 

Ses effets, dans notre histoire intellectuelle, auraient été dévastateurs. Lamonde, qui les explore depuis quatre décennies, les présente dans cet essai avec plus de style et de passion que dans ses travaux précédents, mais le propos manque parfois un peu de clarté.

L’historien retient notamment l’idée de « fatigue culturelle », chère à Hubert Aquin, selon laquelle les incessants combats nationalistes auxquels la dépendance nous condamne ne peuvent qu’être débilitants à long terme. Il évoque aussi le concept d’« ambivalence », qui, selon lui, et quoi qu’en dise Jocelyn Létourneau, « ne fait pas des enfants forts ». Il se penche, enfin, sur la notion de « fatigue politique », développée par le philosophe Daniel Jacques, résultat d’un nationalisme culturel faisant fi de la nécessité de fonder l’indépendance dans le politique pour donner des fruits durables.

Des principes universels

Sans les assises politiques mises en avant par le nationalisme émancipateur, explique Lamonde, le nationalisme culturel s’avère fragile, et sa défense épuisante. Ainsi, quand la modernité s’impose au Québec après la Deuxième Guerre mondiale et menace le cadre traditionnel, le nationalisme conservateur (Groulx) est tenté par un repli, politiquement inopérant, sur un passé glorieux. Dans l’ère actuelle de la diversité et du pluralisme, un phénomène semblable se produit, symptomatique, selon Lamonde, « d’un certain recul de la pensée souverainiste » propre au nationalisme politique émancipateur.

Or, pour Lamonde, le seul moyen efficace de surmonter le blocage national est de « suturer la culture et le politique » en donnant préséance à ce dernier. Il ne faut pas, propose-t-il, se réfugier dans « une mémoire indéterminée », mais refonder le nationalisme sur les principes universels et républicains qui traversent notre histoire (souveraineté populaire, démocratie, égalité hommes-femmes, laïcité, français langue commune, Charte québécoise des droits et libertés), partageables par tous les citoyens. Cela signifie qu’il faut accepter, pour s’émanciper politiquement, de faire un travail de deuil quant à certains éléments du « paradis perdu » culturel, sans pour autant tout répudier.

Au fond, pour Lamonde, la seule voie d’émancipation des Québécois se trouve dans un nationalisme civique souverainiste, assorti d’une fidélité culturelle sélective. Pour vivre, il y a des deuils à faire, dit-il. Il reste à s’entendre sur la nature de ces derniers. Ce n’est pas gagné.

Un coin dans la mémoire. L’hiver de notre mécontentement

Yvan Lamonde, Leméac, Montréal, 2017, 120 pages

30 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 18 mars 2017 04 h 48

    La...

    "La seule voie d’émancipation des Québécois se trouve dans"le courage des Québécois, selon moi.
    Celui qui fait réaliser les choses non pas parce que la peur est absente, ce qui est témérité, mais malgré la peur présente. Malgré la connaissance pausée des risques.
    Mais pour que ce courage prenne le dessus sur le doute entretenue de l'échec, encore faut-il commencer par refuser tous, l'idée fondamentale britannique, devenue entièrement canadienne, de notre débilité. Débilité au sens strict et débilité au sens large aussi, par un racisme diffus et constant.
    Debout nous sommes toujours. Alors en avant est le seul chemin possible pour nous.
    Respectons nous, respectons le sens non seulement de notre histoire mais aussi des sacrifices de vie des générations qui nous ont précédés et arrêtons pour plusieurs de
    nous admirer le nombril.
    Sortons de toutes nos zones de confort, si nous entendons compter pour quelque chose dans l'histoire de notre existence et dans l'Histoire du Québec. Nous allons prendre des coups c'est certain, mais nous aurons la certitude de vivre pleinement et non-seulement de ne faire que consommer de manière absurde.
    Plutôt que de subir la lente et tranquille agonie à laquelle notre peuple fut contraint par la force illégitime des armes de l'envahisseur et par laquelle il a fini par se définir lui-même comme la victime politique obligée aujourd'hui, nous aurons collectivement décider de faire face à la musique en opposant notre volonté de contrôler souverainement notre territoire et ses richesses à celle, médiocre, de sa domination en droits par une majorité qui n'est pas la nôtre.
    Oui, tant que la République du Québec ne sera pas faite, c'est qu'elle restera à faire.
    A faire par son peuple, français de langue commune, métis de sang et d'histoire, frère et égal des peuples amérindiens et inuit, d'une laïcité obligée de son gouvernement et de l'ensemble de son appareil d'Etat.
    Et surtout, amoureux de la liberté.

    Vive le Québec libre !

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 mars 2017 10 h 11

      Ce « nous » à qui vous vous adressez, à ce qu'il semble, c'est avant tout la majorité francophone et parmi celle-ci ceux qui partagent à fois votre vision républiquaine et votre désaveu pour la tradition britannique. À quoi il semble que vous ajoutiez aussi les autochtones - du moins ceux qui adèrent « fraternellement » à ces valeurs.

      Je ne chicanerai pas sur ces valeurs, auxquelles on peut et doit peut-êre souscrire, mais tant que l'aspiration au Québec libre ne sera le fait que de ceux qui pensent comme « nous », elle n'a aucune chance de se matérialiser.

      Et tant qu'elle ne tiendra debout qu'à plonger si loin ses racines qu'elle oublie comme vous le faites de parler de cet autre, l'immigrant ou le vilain communautaire, non seulement cet horizon s'éloigne-t-il, mais il s'enfonce dans la mer...

    • Yves Côté - Abonné 18 mars 2017 11 h 54

      Monsieur Maltais desjardins, merci de me donner l'occasion de préciser ici ma pensée.
      Ce nous n'est ni d'abord ni ensuite dirigé vers la majorité francophone mais bien vers la majorité québécoise toute entière et cela, donc, d'un seul et unique coup...
      D'ailleurs, si vous lisez bien mon texte, je m'adresse à tous les Québécois, donc à toutes celles et tous ceux qui estiment légitime qu'au Québec, le français soit et reste la langue commune de notre collectivité. Cela se vérifie en effet par la signification de l'extrait suivant "peuple, français de langue commune, métis de sang et d'histoire... amoureux de liberté".
      Autrement, s'il est vrai que certaines racines sont faites pour plonger en profondeur, d'autres sont aussi faites pour effleurer le sol afin de donner à se nourrir à l'être qui y trouve la vie.
      Ces deux ensemble, et non l'une après l'autre, donnant floraison à un arbre qui peut certainement se dire lui aussi, arbre de vie.

      Et oui, puisque je ne crois ni en la nécessité des royaumes ou des rois et reines qui s'en gavent sur le dos des peuples, mes salutations les plus respectueuses mais républicaines, Monsieur.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mars 2017 12 h 36

      Monsieur Côté, le texte critique de monsieur Cornellier présente assez clairement, disons, les idées de monsieur Lamonde, idées que je partage parce qu'elles sont claires, fondées et porteuses d'un projet de pays.

      Or, dans une phrase assassine, monsieur Cornellier soutient que dans cet essai monsieur Lamonde affiche « plus de style et de passion que dans ses travaux précédents, mais le propos manque parfois un peu de clarté ».

      De ce manque de clarté, il ne dit rien parce que, dans la pensée réflexive de monsieur Cornellier, l'opposition entre les deux nationalismes, l'un politique, l'autre culturel, l'un d'affirmation, l'autre de replis n'est pas aussi claire, ce qui implique qu'il y ait de la clarté ailleurs, qui n'est ni trop politique, ni trop culturelle, mais un entre-deux.

      Pour monsieur Cornellier, cet entre-deux existe : il se dénomme le Canada où le jeu politique, qui a conduit au replis culturel, assure la survie culturelle déjà ciblée politiquement dans l'Acte de Québec (1774).

      Aussi plutôt que de mettre en relief l'importance des principes en opposition à des valeurs, il ne dit mot, car il se dépeignerait dans l'entre-deux où il se sent bien.

      Votre commentaire aurait gagné à revenir sur cette opposition, ce qui vous aurait évité de recevoir une tappe sur les doigts de Monsieur Maltais Desjardins qui se plaît à ronronner dans les valeurs canadiennes dans son coin où le communautarisme fait oeuvre de politique et les valeurs des affaires personnelles et individuelles à la manière de Charles Taylor.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 mars 2017 13 h 25

      Monsieur Bariteau, votre réflexion me laisse perplexe. D'abord, je n'avais pas du tout compris que Cornellier voulait dissoudre le nationalisme politique québécois dans un « entre-deux nommé Canada » mais qu'il notait seulement à la suite de Lamonde que la refondation du nationalisme québécois allait demander des deuils culturels qui permettrait à notre culture de sortir de sa minorité canadienne pour entrer plus avant dans une modernité de type républicain.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 mars 2017 16 h 19

      « la lente et tranquille agonie à laquelle notre peuple fut contraint par la force illégitime des armes de l'envahisseur » me semblait désigner « notre peuple » essentiellement comme celui de la Nouvelle-France et de nos « frères » autochtones. Mais c'est vous qui savez ce que vous aviez en tête.

      Pour finir ma réponse à Claude Bariteau, deux choses. D'abord, tout ce que disais, c'était que dans les faits, tant que le « nous » collectif des québécois serait pensé comme j'avais semble-t-il compris incorrectement qu'il le désignait, ça ne pourrait pas marcher. La justesse de cette remarque ne dépend pas du point de vue de celui qui la fait. Ensuite, je ne vois pas en quoi mes propos tiendraient ici ou ailleurs d'un ronron communautariste ni ce qui justifierait que vous me montriez un « coin » ou je serais seul - quelle déchéance ! - avec Charles Taylor et quelques autres. Ce qui est en cause, ce n'est d'ailleurs pas ce que je penser, mais la compréhension que j'essaie de former des positions des uns et des autres. Je ne me permettrai pas de vous répondre de la même manière, parce que je suis vos interventions avec un respect que les miennes ne semblent pas mériter en retour.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mars 2017 18 h 55

      Monsieur Maltais Desjardins, vous n'êtes pas seul dans un coin, au total, assez semblable à celui de monsieur Cornellier.

      Soyez assuré que je critique votre recherche de compréhension, que j'estime plus que légitime et tout autant nécessaire pour lire une réalité qui n'est pas simple, mais construite historiquement.

      Cela dit, en mettant la priorité sur le concept de culture plutôt que celui de politique, vous quitttez le cadre défini par monsieur Lamonde qu'il a nourri d'un travail de recherche de plus de quarante ans, un cadre qui répugne à ceux et celles qui voient dans la diversité culturelle et le Canada une approche aux antipodes de celles, peu nombreuses, qui mènent à l'indépendance.

      Vous savez, le communautarisme n'est pas une assise républicaine. L'assise républicaine est foncièrement politique et aux antipodes du monarchisme constitutionnelle, ce qui, soit dit en passant, n'implique pas le rejet des vues communautarismes, mais le partage des communautaristes de l'existence d'un cadre politique qui ne se limite pas à faire la promotion des valeurs individuelles, mais, comme Lamonde, des principes du « vivre-ensemble » des règles du « vivre-ensemble » reconnues comme universels.

    • Yves Côté - Abonné 19 mars 2017 04 h 52

      Monsieur Bariteau, merci de me donner l'occasion de répondre à un questionnement qui, il me semble, passe trop souvent au Québec à côté des discussions nécessaires.
      Aujourd'hui encore, sans pour autant prétendre à quelque expertise que ce soit, je pense que de deux manières différentes, nous disons et apprécions les choses de la même manière.
      Du moins pour l'essentiel du combat qu'il nous reste encore largement à mener.
      Il me semble que nos écarts ici ne se trouvent que du côté de ce que j'appellerais "l'appréciation dans l'ordre chronologique et philosophique des choses". Ce qui donne pour ma part, une prédominance de la culture sur la politique en ces deux derniers termes. Et surtout, en ces deux derniers concepts d'invention humaine.
      En effet, pour moi, là où je critique Lamonde, c'est qu'il fait passer le politique avant le culturel; alors même que l'invention de la cité et de sa direction sous une forme ou une autre de collégialité furent d'abord d'ordre strictement culturel (en Grèce). Et ce, même si au fil des siècles, ce nouveau concept d'alors ne cessa jamais d'étendre son application partout sur Terre.
      Partout, mais ni de manière toujours harmonieuse, ni de manière toujours glorieuse non-plus, j'en conviens le premier...
      Ainsi, à l'observation et puisque nous devons tous deux être à peu près de la même génération, il m'apparaît que dans ces années pas si lointaines où l'idée politique de l'indépendance du Québec a fait un bond prodigieux, que c'est notre production culturelle prise dans son ensemble ("culture" en son sens anthropologique et incluant bien entendu l'éducation) qui fut le véhicule le plus porteur et avant-gardiste de notre envie d'émancipation politique. Plus et précédant de loin l'émanation et les prérogatives politiques du RIN, du FLQ et du PQ qui ensuite, des déclarations et organisations qui en découlaient, ont suivies.
      Raison pour laquelle je crois fermement que la clé de notre succès de liberté repose d'abord sur notre culture co

    • Claude Bariteau - Abonné 19 mars 2017 12 h 57

      La politique est une activité collective instituant un «vivre-ensemble». Elle implique l'action instituante et celle-ci s'affirme lorsque les institués entendent devenir les instituants. Cette démarche n'est pas d'ordre culturel, mais bel et bien d'ordre politique, ce qui a donné des formes politiques différentes là où elle s'est déployée.

      Sous cet angle, l'idée d'indépendance n'a pas un fondement culturel, mais un fondement essentiellement politique au sens où ses promoteurs entendent instituer un ordre politique différent que celui dans lequel ils s'expriment et en cherchant un appui majoritaire de la part de ceux et celles qui se trouvent présents dans l'ensemble qu'ils veulent changer en l'ordonnant différemment.

      C'est ce qu'ont fait les Grecs et tous les peuples qui se sont organisés politiquement en identifiant les membres participants au nouvel ordre.

      Cela étant, l'idée d'indépendance au Québec, si ses promoteurs peuvent être associés à des contestataires de l'ordre politique en place, n'en demeurent pas moins une affaire politiuqe plutôt que culturelle et implique une définition politique de la démarche.

      C'est ce que laisse clairement entendre Lamonde, comme c'est aussi ce que j'estime être l'assise de l'indépendance. En cela, ce ne sont pas des valeurs propres à une culture particulière fut-elle définie majoritaire qui fonderont le politique, car sa fondation serait exclusive, mais des principes de vie en société.

      Aussi est-il plus important de cibler clairement ces principes qui renvoient à des pratiques démocratiques de prise de décision et d'organisation pour susciter un mouvement visant à instituer un cadre politique différent de celui dans lequel nous nous agitons comme citoyens et citoyennes au Québec.

      Si nous abordons au Québec le politique sous cet angle, il y aura beaucoup de deuils à faire. Par contre, ceux-ci deviendront des aspects secondaires par rapport aux gains politiques qui en découleront.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 mars 2017 14 h 09

      Tout à fait d'accord avec vous, monsieur Bariteau.

    • Yves Côté - Abonné 19 mars 2017 16 h 53

      Monsieur Bariteau, pour que les "les institués entendent devenir les instituants", il faut pour cela en préalable que les concernés aient la conscience, ou dans certains cas l'impression ferme, de partager un monde culturel commun ad minima.
      La langue pouvant non-seulement représenter ce minimum requis suffisant pour les motiver à agir, mais dans le cas des Québécois que nous sommes, être tout ce qui reste d'évident à tous d'une société en partage...
      Mais bon, peut-être après tout puis-je être le seul à l'estimer ?
      Salutations républicaines à tous.

    • Claude Bariteau - Abonné 19 mars 2017 17 h 49

      Monsieur Côté, les Patriots Américains étaient de même langue et de même « culture » que les Britanniques et ont tout fait, y compris la guerre, pour devenir indépendants. Idem pour les Écossais qui entendent se libérer de la Grande-Bretagne tout en conservant un régime politique de monarchie constitutionnelle.

      Ce fut aussi le cas des indépendances en Amérique au XiXe siècle en réaction au contrôle des métropoles. Pour que les institués entendent devenir des instituants, le moteur n'est pas la culture mais une consience à la fois d'une injustice découlant de la situation actuelle et d'un changement partagé de l'ordre politique pour la corriger.

      C'est sur cette base que les Patriotes du Bas-Canada se sont associés à des immigrants irlandais, américains, écossais pour certains et acadiens pour d'autres sans négliger d'autres immigrants venus d'Europe. Ce fut aussi sur cette base que des ressortissants français (colons, commerçants, artisans) se sont liés aux Patriots américains pour chasser, sans succès, les Britanniques du territoire conquis de la colonie du Canada, comme c'est aussi sur cette base que d'autres ressortissants français (seigneurs, membres du clergé et clercs) se sont alliés aux conquérants britanniques.

      Dans ces cas, les éléments de culture partagée, pour reprendre Lamonde, sont des principes de vie sur la base desquelles des unions politiques prennent forme et des luttes politiques s'expriment pour changer l'ordre politique.

    • Yves Côté - Abonné 20 mars 2017 05 h 10

      Monsieur Bariteau, d'abord la langue n'est qu'une composante de la culture (sens anthropologique du mot). Ce que vous savez très bien, je n'en doute pas un seul instant.
      Une composante qui dans notre cas collectif si particulier, me semble bien être la seule à porter encore de manière claire le message, aux tiers et à nous-mêmes, de ce que notre histoire propose de nous en tant que société américaine originale.
      Ensuite, la cité (polis) succède partout chronologiquement à la culture...
      La conscience d'un bien et de d'un intérêt communs ne peut que précéder la volonté et/ou la détermination de se consacrer et de s'organiser pour y voir.
      D'ailleurs, puisque vous m'ouvrez bien grande la possibilité de le préciser, notre conscience elle-même à devoir "changer l'ordre politique" devant l'alliance que vous évoquez si justement, ne vient-elle pas de cette culture métissée, qui pour ma part m'apparaît comme respectueusement et glorieusement bâtarde, qu'un environnement et des nécessités de vie ont rapidement éloignée de l'originelle européenne qui, dès la traversée des premiers de nous, étaient distincte de celle d'une masse croissante de colons de langue anglaise ?
      Ces derniers eux aussi se transformant tant, mais à leur manière et dans leur environnement, que leur patriotisme en devint républicain et donc révolutionnaire. Leur nombre considérable à s'en percevoir et s'en prévaloir faisant en sorte de transformer l'assise politique de leurs états, de leur pays.
      Monsieur Bariteau, pardon de persister mais pour ma part je crois que là ou précisément le bât blesse chez nous, c'est dans les perspectives individuelles qui nous sont données par une certaine culture canadienne qui prend et présente notre existence collective comme un handicap. Alors que c'est là selon moi que réside notre force véritable.
      Raison pour laquelle j'ai le travers de refuser et de réfuter à chaque fois que je le peux la définition canadienne réductrice de ce nous sommes comme Québécois.

      VLQL !

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 mars 2017 11 h 39

      Il faudrait voir si cette manière d'ouvrir des perspectives dites « individuelles » ne serait pas au contraire l'occasion d'élargir la définition « de ce que nous sommes » pour y a faire à la diversité une autre place que l'assimilation. Nous n'avons jamais eu les moyens de cela. Si nous persistons à nous priver de la force de cet autre, non seulement serons-nous privés de celle-ci, mais elle n'aura même pas besoin de se tourner contre ce « nous » en déliquescence pour s'imposer.

  • Claude Bernard - Abonné 18 mars 2017 14 h 43

    Fernand Dumont et la genèse de la société québécoise

    La vision qu'avait Fernand Dumond de l'histoire du Québec ferait, je crois, la synthèse de la pensée de Lamonde et de Létourneau.
    La fatigue culturelle telle que vue par Aquin, c'est davantage une fatigue culturelle dans le sens ethnographique du terme qu'un manque de créativité élitiste.
    L'ambivalence que Lalonde et Létourneau voient dans la société québécoise me parait fondée, ou plutôt j'y ressens comme une fatigue "identitaire".
    Comment disons-nous nous nommer?
    Quand nous étions canadiens français catholiques, Dumond ne nous vit pas comme passifs et soumis mais actifs et entreprenants.
    La Révolution tranquille a jetté bas notre verni religieux et bureaucratisé le Québec, selon Dumont.
    En perdant notre nom, devenus brièvement les "seuls vrais Québécois", nous avons créé notre ambiguïté qui serait un acquis récent.
    Maintenant que tout le monde sont des Québécois, comment ne pas voir là la source de cette valse hésitation.
    Nous n'aurions jamais , dit Dumont, été monoculturels à la japonaise.

    • Yves Côté - Abonné 19 mars 2017 04 h 58

      Dommage que je n'ai pas lu votre commentaire avant d'écrire ma réponse ci-dessus à Monsieur Bariteau...
      Votre référence ici à Fernand Dumond m'apparaît des plus utile. D'ailleurs, sans m'en rendre clairement compte, c'est bien sa lecture et l'intégration de celle-ci dans ma pensée qui, il me semble, a guidé ma main sur le clavier.
      Bravo Monsieur Bernard et merci de m'en avoir fait réaliser aujourd'hui la chose.

      Mes amitiés républicaines, bien entendu, Monsieur.

    • Claude Bernard - Abonné 19 mars 2017 21 h 32

      Je crois savoir que l'anthropologie sociale et culturelle défini une société comme une entité ayant un territoire commun, une identité (qui peut être multiple), une histoire partagée, un système politique unique, des moeurs variées, des coutumes héréditaires mais fluctuantes, des croyances, des valeurs etc...
      La fatigue en question peut très bien être à la fois identitaire, historique, culturelle et politique, dans le fond il s'agit simplement du point de vue où l'on se place.
      La langue serait une composante de la culture mais pas la plus importante.
      En effet elle peut être partagée avec d'autres sociétés et une société, comme c'est le cas ici, peut inclure plusieurs langues.
      La chose que toutes les sociétés ont en commun, c'est un nom.
      Si notre nom est "Québécois", nous faisons tous partie de la "société québécoise", elle-même constituée de deux entités principales dont la francophone est dominante, comme l'écrivait Dumont,
      Un projet politique doit tenir compte de toutes les entités qui composent la dite société.
      Comment ne pas voir alors l'ampleur du défi qui nous confronte?
      Car la solution ne saurait être strictement politique, ou culturelle ou dans une relecture de l'histoire ou une charte des valeurs.
      Elle ne saurait advenir qu'à l'occasion d'une crise qui peut toujours survenir ou d'une révolution peu probable.

  • Marc Therrien - Abonné 18 mars 2017 16 h 26

    Cet inconfort qui assure notre survie

    « Pour vivre, il y a des deuils à faire, dit-il. Il reste à s’entendre sur la nature de ces derniers. Ce n’est pas gagné ».

    Avant de s’entendre sur les possibles gains que permettrait un projet de pays tourné vers l’avenir parce que libéré des déterminismes du passé, il faudrait s’entendre sur les deuils ou les pertes à assumer pour y arriver. Quiconque a un peu observé les humains qui nous entourent et composent cette société appelée à formuler ce projet de pays, sait bien qu’ils sont davantage motivés négativement par la peur des pertes que positivement par la possibilité de gains qui entraîneraient des pertes. Il est difficile pour le plus grand nombre de se sortir de la logique situationnelle de l’accumulation des biens et plaisirs que promet le système économique motivé par la croissance.

    Aussi, ce rêve de l’indépendance du Québec a pris force avec la révolution tranquille dans l’esprit des années 1960 où tout était possible comme le croyait aussi la psychologie humaniste avec Carl Rogers qui avait foi en la tendance innée de l’humain à s'auto-actualiser et à s’épanouir en développant pleinement son potentiel. Au tournant des années 2000, à l’ère de l’hégémonie de l’idéologie néo-libérale et de la mondialisation, l’esprit du temps s’est consacré à la recherche par chacun des conditions assurant sa survie. Si on accepte l’idée que les multiples composantes de l’expérience subjective sont au service de la survie individuelle et en même temps, assujetties au maintien et au développement de leurs propres conditions de survie à elles, on comprend la difficulté de faire des grands changements du type saut quantique. (réf : « Survivre. La dynamique de l’inconfort » de Pierre Mongeau et Jacques Tremblay).

    Je me demande donc s’il est possible pour cette société de dénouer cette impasse qui consiste à rester dans le statu quo de l’inconfort des tensions identitaires pour conserver ses capacités d’adaptation ayant assuré sa survie.

    Marc Therrien

    • Yves Côté - Abonné 19 mars 2017 05 h 14

      Monsieur Therrien, si vous me permettez une anecdote personnelle, j'ai eu autrefois un prof d'université qui dans mon domaine d'expertise, lui qu'on nomme généralement l'éducation physique, a beaucoup compté pour moi.
      Il enseignait la cinésiologie et avait pour habitude de nous lancer en évidence, lorsque nous trouvions que la matière et ses concepts d'application se présentaient comme littéralement inaccessibles, inabordables, tant ils étaient compliqués : on apprend pas à nager en restant au sec sur le bord de la piscine !
      Eh bien !, selon moi il en est de même avec l'indépendance et ce confort qui nous amène à l'indifférence nationale.
      Tant que nous ne nous n'accepterons pas à nous lancer individuellement dans la mêlée quoi qu'il en arrive de notre petite personne, nous donnerons du petit lait à boire à nos adversaires qui eux, n'ont qu'à entretenir les travers normaux de tout humain face au risque. Travers normaux, donc que nous avons nous aussi en héritage séculaire...
      Monsieur Therrien, nous sommes debout au bord de la piscine. Alors, maintenant faut plonger ! Nous avons toutes les qualités qui font de nous des citoyens à part entière. Ne reste plus que de se doter des outils essentiels à tout peuple pour assurer la responsabilité pleine sur son territoire.
      Discuter n'est utile que lorsque la chose ne sert pas à entretenir et se focaliser sur la peur, la crainte, le doute de l'action. La solution à l'impasse qui vous apparaît est devant nous tous. Pour peu que nous agissions solidairement, pour peu que la motivation et la confiance en soi nous poussent à nous dépasser, malgré les embûches et les pièges de nos adversaires qui profitent bien de notre perception des choses, ensemble nous vaincrons.
      Merci de m'avoir ici donné l'occasion de l'écrire en réponse à votre commentaire.
      Salutations républicaines, Monsieur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 mars 2017 06 h 20

      J'ai l'impression que ces deuils comptent surtout pour ceux dont l'expérience s'est crystallisée dans un patrimoine identitaire et qui n'ont plus la verdeur de la réinventer encore, de la faire autrement. Par contraste, les enfants de boomers et leurs petits enfants verraient plutôt la leur, d'expérience, bigarrée et improbable, dangereusement interculturelle voire multiculturelle, faite de convergence de parcours horizontaux voire communautariens (ils ne sont tous ni religieux, ni linguistiques, ni ethniques sans qu'on puisse dire qu'ils ne sont donc « rien ») entravée par les reliques d'un dispositif idéologique auquel nous nous accrochons comme des noyés. Si porteur soit un projet de pays comme d'enfants, c'est à ceux-ci qu'il revient de le faire, quitte hélas à les voir se détourner de nos idéaux. C'est peut-être cela le deuil fondamental à faire : laisser la vie suivre son cours après l'avoir chérie et donnée.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 19 mars 2017 17 h 31

      @ RMD "...laisser la vie suivre son cours après l'avoir chérie et donnée".
      Toute notre génération y pense ...mais refuse à l'idée. C'est ce qu'on appelle ...la résistance. On sait... mais on espère que nos enfants et petits enfants verront d'un même oeil que nous. Pas par mimitisme mais par un
      devoir de mémoire.....fut-elle vieille de 400 ans.

  • Louis Cornellier - Abonné 18 mars 2017 17 h 35

    Réponse à Claude Bariteau

    Moi, satisfait d'un entre-deux qui serait le Canada? Moi, satisfait d'un nationalisme mou d'inspiration fédéraliste? Monsieur Bariteau fait une lecture pour le moins fantaisiste et tendancieuse de mes écrits.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 mars 2017 19 h 54

      Merci de m'avoir aidé à lever ma perplexite

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mars 2017 22 h 50

      Alors, monsieur Cornellier, dites-nous ce qui vous satisfait et je ne chercherai plus où vous vous situez.

      Car, au fond, mon propos visait à connaître où vous vous situez entre les deux nationalismes qui coiffent le titre de votre recension. La position de Lamonde est claire, une position que je partage.

      Mais je ne sais rien de la vôtre, sauf que votre nationalisme n'est pas mou, ce que je n'ai pas dit, et que vous écrivez, après avoir avancé, ce que je n'ai pas dit, que ma lecture est fantaisite et tendancieuse.

      Alors, soyez plutôt affirmatif qu'accusateur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 mars 2017 07 h 28

      « l'entre-deux où il se sent bien »

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 19 mars 2017 18 h 14

      @ Louis Cornellier....Très heureuse que vous ayez réagi à des propos qui nous concernent tous...enfin un journaliste qui se mouille. On aimerait avoir plus de gens comme vous. Après tout c'est de notre survie qu'il s'agit.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 mars 2017 16 h 49

      M. Cornellier, je vous donne cent fois raison. M. Claude Bariteau est à côté de la plaque.

    • Claude Bariteau - Abonné 20 mars 2017 17 h 37

      Madame Sévigny, avez-vous remarqué qu'il n'a pas précisé sa pensée et a dit que je tenais des propos fantaisistes et tendancieux en avançant que son nationalisme était mou, ce que je n'ai jamais dit ?

    • André Joyal - Abonné 20 mars 2017 21 h 03

      @ M. Bariteau

      Je vous lis toujours avec attention et admiration. Mais, dans ce trop long débat (celui d'aujourd'hui: votre échange avec MM Côté et Maltais-Desjardins: vous me donnez tous les 3 l'impression de n'avoir rien d'autre à fair, pourtant il faisait très beau samedi et dimanche... moi j'ai fait de la raquette), je ne vous suis pas du tout.
      Surtout quand vous écrivez: ...« je ne sais rien de la vôtre, sauf que votre nationalisme n'est pas mou...»

      On dirait que vous venez de lire Louis Corneiller pour la première fois.

  • Marie Nobert - Abonnée 21 mars 2017 00 h 10

    1840!?

    Le «Canada uni»...(!) 1/4 de million de plus de C-F et moins de poids dans l'Union. Et dire que beaucoup pérorent sur le «régime» menant à la présidence des ÉU. Grosse fatigue.

    JHS Baril