Le droit à la déconnexion

La généralisation des outils connectés change les conditions de travail. Le phénomène donne lieu à des revendications en faveur d’un « droit à la déconnexion », un droit pour les salariés de disposer de périodes durant lesquelles ils auront le loisir de ne pas répondre aux communications associées à leur travail.

Les activités associées au travail se déroulent de moins en moins dans un lieu défini comme l’usine, le bureau ou l’atelier. De même, le temps du travail tend à se métamorphoser : de plus en plus, on s’attend à ce qu’un salarié soit à toute heure en mesure de répondre aux demandes.

Un rapport de l’Organisation internationale du travail rendu public à la mi-février constate que la généralisation des technologies de communication favorise un meilleur équilibre global entre vie professionnelle et vie personnelle, mais qu’elle contribue aussi à brouiller la limite entre travail et vie personnelle. Le télétravail est désormais à la portée d’un nombre croissant d’employés. La disponibilité d’outils connectés ouvre d’intéressantes possibilités de travailler en dehors des temps et des lieux habituels.

Écueils et effets positifs

Le rapport intitulé Travailler en tout temps et en tout lieu : les effets sur le monde du travail décrit plusieurs effets positifs associés à la disponibilité des outils connectés : plus d’autonomie relative au temps de travail qui conduit à plus de flexibilité pour l’organisation du travail; réduction du temps de déplacement qui se traduit par un meilleur équilibre travail-famille et une productivité accrue.

Il y a aussi plusieurs inconvénients, comme la tendance à effectuer plus d’heures de travail de même qu’un certain chevauchement entre travail rémunéré et vie personnelle. Le rapport observe que les télétravailleurs à domicile semblent jouir d’un meilleur équilibre travail-famille tandis que les travailleurs « très mobiles » seraient plus exposés à des répercussions négatives sur leur santé et leur bien-être.

Le rapport fait des recommandations afin d’encourager le télétravail formel à temps partiel et d’aider les télétravailleurs à entretenir des liens avec leurs collègues. On souligne la nécessité de limiter le télétravail informel et supplémentaire qui ajoute du stress et allonge les heures de travail.

En Europe, l’Accord-cadre sur le télétravail énonce un cadre global pour l’adaptation des conditions de travail à la numérisation. Mais il laisse sans réponses les problèmes récurrents associés au télétravail et au travail mobile. La généralisation du télétravail et du travail mobile s’accompagne de revendications en faveur d’un droit de préserver une certaine séparation entre travail rémunéré et vie personnelle. Mais cette distinction entre travail et vie privée fait-elle encore sens ?

Aménager les conditions de travail

En France et en Allemagne, on envisage des aménagements dans les lois régissant les conditions de travail. Parmi les mesures destinées à éviter que la vie professionnelle soit trop envahissante, on évoque la mise en pause des serveurs informatiques en dehors des heures de travail et des mesures pour restreindre la transmission de courriels pendant les temps de repos.

Depuis le début de 2017, la législation française oblige les entreprises comptant plus de 50 salariés à trouver les moyens de mettre en place un droit de déconnexion pour les salariés. Cela se traduit par une obligation de négocier avec les représentants des salariés afin de mettre en place des dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques. Le tout afin d’assurer le respect des temps de repos et de congés.

Le monde connecté se caractérise par la banalisation de l’instantanéité et de la mobilité. Il multiplie les brouillages entre le temps de travail et le temps de repos. Comme la dématérialisation accrue de l’activité économique ne peut qu’augmenter la pression que l’environnement de travail exerce sur le temps privé, il devient impérieux de réfléchir aux nouvelles façons d’assurer des conditions de travail adéquates aux travailleurs qui oeuvrent de plus en plus dans un monde connecté. Le monde connecté qui prévaut désormais est dépourvu des repères spatiaux et temporels en fonction desquels ont été pensées les lois actuelles régissant les conditions de travail.

Les outils connectés procurent une souplesse souvent très appréciée par les travailleurs eux-mêmes. C’est en encourageant la flexibilité plutôt qu’en imposant des règles d’interdiction qui tenteraient de calquer les horaires fixes d’autrefois qu’il faut repenser les conditions de travail. Car les pressions vont se multiplier pour mettre en place des balises formelles et informelles destinées à garantir des conditions de travail équilibrées dans le monde en réseau. Ces enjeux font aussi partie d’une politique assurant un passage harmonieux au numérique.

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1 commentaire
  • Jacques de Guise - Abonné 14 mars 2017 13 h 42

    Question?

    M. Trudel, permettez-moi de m’écarter de votre sujet de ce matin et de vous poser une question.

    Dans le dernier numéro du Journal du Barreau, nous apprenions que le Journal passe à l’ère numérique et que dès avril prochain le Journal sera dorénavant acheminé aux membres par la voie électronique.

    Dans ce contexte, je me demandais si vous connaissiez l’existence d’autres journaux professionnels québécois de la même catégorie, ayant déjà passé à l’ère numérique, dont les pages sont réellement interactionnelles et conviviales et où les membres peuvent vraiment profiter de cette plateforme pour débattre et échanger, plutôt que de simplement servir la voix officielle.

    Je vous remercie à l’avance.