Femmes au bord de la crise d’anxiété

Madeleine (Sylvie Léonard) et Valérie (Sophie Cadieux) atteignent des sommets dans la névrose intergénérationnelle dans l’émission «Lâcher prise». Madeleine applique la F*ck thérapie à la lettre.
Photo: ICI Radio-Canada Madeleine (Sylvie Léonard) et Valérie (Sophie Cadieux) atteignent des sommets dans la névrose intergénérationnelle dans l’émission «Lâcher prise». Madeleine applique la F*ck thérapie à la lettre.

La F*ck thérapie, ça s’appelle. Rien de trop exigeant sur le plan sexuel, mais plutôt une façon de revoir nos attentes et de baisser un peu la barre parallèle sur laquelle nous nous livrons à des exercices quotidiens de haute voltige. En toute confidence, à la faveur d’une grippe (de fille), j’ai terminé de dévorer la série Lâcher prise d’Isabelle Langlois la semaine dernière sur Tou.tv Extra. Une des meilleures thérapies qui existe lorsque notre vie semble stagner dans un lit, c’est encore de se comparer à des plus mal prises que soi. Valérie (Sophie Cadieux) et Madeleine (Sylvie Léonard), dans ce duo mère-fille décapant, y réussissent à merveille. De la télé nanane, masque à l’argile et smoothie aux Ativan.

Si l’auteure a réalisé autour d’un souper d’amis que plus personne ne fonctionnait sans « pilules », elle nous fait ici la démonstration qu’avec ou sans, nous sommes vraiment aux prises avec des névroses propres à une époque qui nous dépasse tous et surtout toutes, puisqu’ici le regard posé est essentiellement féminin.

Sophie Cadieux a réussi à nous rendre son personnage particulièrement attachant dans sa chute et son burn-out. Ultra-performante mais en perte de contrôle, sa confusion quant à ce que la société et son entourage attend d’elle, sa totale incompréhension d’elle-même, ses tâtonnements devant ses propres besoins et ce que la vie lui envoie comme épreuves, en font un alter ego de choix. Faute de se réparer soi-même, on voudrait la sauver, elle.

Et pour Valérie, pour nous toutes qui sommes encore aux prises avec nos contradictions, nos désirs de nous émanciper, de grandir, de nous dépasser, de nous tâter le point G tout en réussissant le « cobra avancé » sur la tête et en prenant « LE » selfie pour immortaliser le tout sur Instagram, j’ai trouvé « LA » thérapie. Je sais, c’est futile. Pendant ce temps-là, la carpe asiatique envahit le fleuve Saint-Laurent et Donald Trump trouve qu’il a eu du fun durant les 40 premiers jours de sa présidence.

Attends un peu que je regarde sur ma to-do list. Projet vacances. Projet santé. Projet vente. Projet séduction. Projet détente. Projet rendement. Projet sport. Projet succès. Projet coup de foudre. Projet tonus. Projet famille. Projet fête. Projet cuisine. Projet placement.

 

La F*ck thérapie à toutes les sauces

Je m’en voudrais de ne pas vous parler de cette série de bouquins qui a (presque) transformé ma vie en mettant l’accent sur mon besoin de contrôle excessif — insécurité largement partagée dans la gent féminine — et l’idée que je me fais d’une existence lubrifiée au Jig-A-Loo, la faute aux magazines féminins (que je n’achète ja-mais), paraît-il.

Signés par le psychiatre Michael Bennett (diplômé de Harvard) et sa fille Sarah (scénariste satirique), ces petits ouvrages à la fois ironiques et lourdement campés dans le gros bon sens, font du bien à consulter. Le préambule de quelques pages est le même pour tous : « Acceptez ce qui est, une dépression est souvent chronique et incurable. […] Là où les autres livres de développement personnel garantissent la voie vers un bonheur assuré, la collection F*ck affirmequ’une telle voie n’existe pas. »

Dans F*uck le développement personnel (il y a aussi F l’amour, F les parents parfaits, F la sérénité, F les connards, etc.), on ne nous assure pas le bonheur mais plutôt une méthode plus réaliste pour aborder les épreuves de la vie. Votre grand-mère aurait pu vous le dire.

D’ailleurs, lorsque la vie me semble un peu trop acrobatique à mon goût, je me répète sans cesse que mon existence est cent fois plus facile que celles de mes grands-mères et arrière-grands-mères qui n’ont pas eu accès à la vasectomie ou au Vitamix. Je cesse de me plaindre immédiatement. Ces femmes terre-à-terre n’auraient pas eu besoin de la F*ck thérapie et de se faire dire : « Arrêtez de vous demander pourquoi vous n’êtes pas parfaite et faites en sorte que vos faiblesses ne vous transforment pas en handicapée de la vie. » Elles n’avaient pas le temps, de toute façon.

Peu importe ce que t’as entre les jambes, travailler dans l’œil du public te vaudra de la critique. Mais hooooly fuck ! Pour être une femme dans les médias dans l’état des choses, il faut avoir une santé mentale de fer et une résilience surhumaine.

 

Une thérapie qui vous explique que « oui, indeed », la vie est injuste et cruelle et que la grossièreté est une source de réconfort qui permet d’exprimer sa colère et ses frustrations sans sentimentalité ? Parce que nous sommes en 2017. Le Dr Bennett et sa fille clament Fuck le bonheur, Fuck le développement personnel, l’estime de soi (hein ?), la gentillesse (saywhat ?) et tout le tintouin (traduction made in France). Je sais, c’est beaucoup demander. Nous ne sommes pas toutes des « badass » capables de remettre le monde à sa place tout en enfilant une culotte gaine. Mais on peut essayer.

Et la gagnante est… ?

Inconsciemment ou non, nous savons que le monde n’a pas été fait pour nous, en nos termes, que nous sommes bien souvent des figurantes commodes, que nous devrons nous battre sur tous les fronts tout en restant nous-mêmes, sensibles et en possession de nos moyens sans entraver notre sex-appeal, structurées et « lousses », capables d’être à la fois Barbie et Lady Gaga, Hillary et Michelle, carriéristes mais pas trop car cela pourrait nous coûter l’amour de notre vie (voir La LaLand).

Et j’espère de tout coeur qu’une fille n’est pas à l’origine de la bévue finale de dimanche dernier aux Oscar.

Remarquez, Hollywood étant la consécration du succès de l’homme blanc consommateur de femmes-objets, cela s’avère peu probable. Mais une fille qui a consacré plus de temps à magasiner sa robe bustier qu’à choisir son chum ne se remet pas facilement de ce genre d’humiliation publique.

Et comme le souligne le Dr Bennett dans F*ck les connards, ne perdez surtout pas votre temps à essayer d’influer sur ce que les autres pensent de vous : mission impossible. Nous, les filles, sommes tellement hantées par la peur d’avoir l’air incompétentes que nous en faisons des tonnes pour compenser. D’où l’anxiété répandue et les burn-out à la clé.

Nous voulons tout, et en même temps, mais personne n’a encore pris la peine de nous expliquer que la vie est un quelconque film de série B dans lequel nous tenons un rôle qui ne nous vaudra ni nomination aux Oscar, ni même des bonbons qui tombent du ciel en parachute. Nous avons probablement pigé la mauvaise enveloppe, c’est tout. 

Haussé un sourcil — et même deux — en constatant que de jeunes chroniqueuses féministes pigistes comme Judith Lussier, Manal Drissi ou Catherine Perreault-Lessard (la liste s’allonge de jour en jour) ont dû renoncer à leur tribune médiatique respective à cause des trolls agressifs. Il en a été question dans ce journal cette semaine et partout sur les réseaux sociaux. Les filles ! J’aimerais vous dire qu’il y a une autre solution qu’accrocher ses patins. J’ai consulté deux psys (dont une ex-personnalité médiatique) à ce sujet, au fil des ans. L’une m’a carrément suggéré de réorienter ma carrière pour protéger ma santé mentale. Il fut un temps où c’était plus facile. J’en conviens entièrement avec vous : entendre des voix, ça use. Les ignorer, les bloquer ou les dénoncer, ce n’est visiblement pas suffisant. Je suggère fortement la lecture de F*ck les connards et des visites au Planétarium.

Noté qu’il y aura une suite à Lâcher prise d’Isabelle Langlois, confirmé par ICI Radio-Canada cette semaine. Mon plaisir coupable 2.

Aimé Tout déprimé est un bien portant qui s’ignore du Dr Michel Lejoyeux (le bien nommé), professeur de psychiatrie à Paris. Ce livre nous enseigne comment devenir de bonne humeur sans pilules pour les déprimés légers. Cet ouvrage santé par le gros bon sens nous parle de style de vie anti-déprime en fournissant une foule de trucs pratiques : trouver des raisons de rire, cultiver la fierté (et même, un certain narcissisme protecteur), écouter sa petite voix intérieure, équilibrer sa vie « entre le speed et le zen ». Bref, petit livre de poche à garder sur sa table de chevet.

Décidé de prendre une semaine de yoga préventive « burn-out ». De retour le 17 mars. Bon 8 mars à toutes (et tous) !


Je l’ai lu dans un magazine

Il est rare que je vous parle théâtre et encore plus dans un livre. Mais la pièce d’Olivier Choinière, Manifeste d’une jeune-fille est à savourer. S’inspirant des magazines féminins, l’auteur isole les messages creux dont nous sommes gavées. Ses personnages en deviennent carrément absurdes mais oh combien éloquents de vérité. « Rester jeune c’est le plus efficace des antirides », « On dit pas “ partir à pleurer ”, on dit “ s’hydrater les joues ” », « Pleurez au quotidien pour un teint radieux ». La femme surconsommatrice et objet de consommation, le capitalisme et son antithèse, tout y passe.

Dans le même ordre d’idées, cette discussion très intéressante à l’émission Plus on est de fous, plus on lit la semaine dernière autour des magazines féminins. Y participait, notamment, la chroniqueuse Francine Pelletier : « Et après, on se demande pourquoi les femmes, encore aujourd’hui, 40 ans après la révolution féministe, ont des problèmes d’estime de soi. Ce n’est pas surprenant ! »
Photo: ICI Radio-Canada Madeleine (Sylvie Léonard) et Valérie (Sophie Cadieux) atteignent des sommets dans la névrose intergénérationnelle dans l’émission «Lâcher prise». Madeleine applique la F*ck thérapie à la lettre.
7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 3 mars 2017 00 h 54

    S'impliquer politiquement pour garder sa sérénité.

    À l'ère de la globalisation mercantile, je trouve que la seule façon de survivre dans une société de consommation et de garder sa sérénité en même temps, c'est de s'impliquer politiquement pour rendre la vie plus humaine pour la majorité des gens.

    • Christian Montmarquette - Abonné 3 mars 2017 14 h 45

      À Nadia Alexan,

      Attendez de voir les trolls anti-gauche et anti-QS se mettre après vous dès qu'ils auront commencé à vous cibler en meute..

      Et vous viendrez nous dire ensuite que s'impliquer en politiques est un gage de sérénité..

      Non, la politique, même s'il importe de la faire, est un combat et un stress, et pas le moindre.

      Christian Montmarquette

  • Denis Paquette - Abonné 3 mars 2017 01 h 09

    je m'ennuie de ce temps

    Ouf!quel contenu et fuck le féminisme ,pauvre fille qui ne savent plus avec quel pied dormir, ma mere a eu 16 enfants et n'a jamais connue ces difficultés,vous imaginez tous ces années a faire des bébés, et ensuite il faut les aimer, des que je l'ai vu je l'ai aimé et on a décidé de faire des enfants, aujourd'hui ils sont vieux, et la plupart sont mariée, elle m'a dite un jour, tu sais, je m'ennuie de ce temps

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 mars 2017 07 h 40

    J'espere qu'une ou un chroniqueur

    écrive quelque chose de similaire pour hommes au bord du....manque de compréhension ou autre creux....

  • Jacques Morissette - Abonné 3 mars 2017 11 h 21

    Lecture suggérée: de Pascal Bruckner, Le paradoxe amoureux. L'un des chapitres parle d'un mouvement, dans certains pays, qui devient quasi le lieu d'une nouvelle inquisition. Je prends note des références sur les livres f*ck ceci ou cela. Ce qui ne veut pas dire nécessairement de penser que les auteurs disent de balayer tout ça du revers de la main, mais plutôt de réfléchir autrement sur ce que les auteurs en disent.

  • Marc Therrien - Abonné 3 mars 2017 11 h 36

    La dialectique de l'offre et de la demande

    Dans la dialectique générale du sujet et de l'objet ou encore de l'individu qui est à la fois le créateur et le produit de la société dans laquelle il est né et qui l'a éduqué et qu'il pourra influencer à son tour en gagnant en maturité, il y a celle plus spécifique de l'offre et de la demande.

    Dans cette situation qui nous est décrite ici, il est difficile de savoir si cette pression que les femmes éprouvent est subie parce que répondant aux exigences sociétales extrinsèques ou si elle est induite par leurs propres exigences à elles, motivées intrinsèquement parce qu’elles ont quelque chose à offrir, des possibilités d'être nouvelles, pour améliorer ce monde et le rendre plus vivable. Comme souvent avec la dialectique, on ne saurait dire et il faut vivre avec cette tension de ne pas savoir d’où vient vraiment le problème et donc, de ne pas pouvoir le résoudre facilement.

    Marc Therrien