La culture de la haine

J’ai toujours eu un faible pour les banlieues tristes. Est-ce pour avoir trop lu Pierre Mac Orlan, écouté Michel Audiard et regardé Jean-Pierre Melville ? Le dimanche, je ne peux m’empêcher de remonter l’avenue de Paris, celle des Lilas du poinçonneur du même nom, pour m’égarer dans les petites avenues de Romainville ou du Pré-Saint-Gervais. Certains jours, je pique une pointe jusqu’à Bobigny, quand je ne remonte pas jusqu’au parc de Sevran à vélo.

Moi qui ai découvert ces banlieues dans les scènes apocalyptiques du film La haine de Mathieu Kassovitz, j’ai chaque fois le même choc. Au lieu de la désolation des faubourgs abandonnés de Los Angeles et de Detroit, je suis toujours étonné par la qualité des équipements publics, l’élégance des écoles et l’aménagement des places. Sans compter le nombre de théâtres et de centres culturels. La semaine dernière, je suis tombé sur le conservatoire de musique de Noisy-le-Sec qui offre, pour trois fois rien, à tous les enfants de ces quartiers peuplés d’immigrants des cours de musique aux frais de l’État.

Et je pourrais multiplier ces exemples tant les images dantesques véhiculées par un certain snobisme gauchiste et antiraciste colonisé par l’imaginaire américain dessinent un portrait complètement déformé de ces quartiers. Une culture largement amplifiée par toute une cohorte d’artistes qui, jusque dans leur manière de s’habiller, se complaisent dans un misérabilisme étouffant. Comme s’ils en voulaient à leurs parents de ne pas les avoir fait naître dans une banlieue de Chicago.

Mehdi Meklat était l’un des dignes représentants de cette sous-culture issue des mouvements antiracistes des années 1980. Au nom de la sempiternelle « diversité », ce blogueur né à Clichy, qui écrivait sur le Bondy Blog, créé lors des émeutes de 2005, avait été intronisé chroniqueur sur France Inter avec son alter ego Badrouine Saïd Abdallah. Vedettes des plateaux de télévision, tous deux faisaient la une des hebdomadaires les plus branchés, comme Les Inrockuptibles, où ils avaient posé, il y a trois semaines à peine, en compagnie de l’égérie de la gauche, l’ancienne ministre Christiane Taubira.

Sauf que l’on apprend que, depuis 2012, Meklat a publié plus de 40 000 tweets racistes, sexistes, antisémites et homophobes sous le nom volontairement franchouillard de Marcelin Deschamps. Des tweets dans lesquels il n’hésitait pas à appeler à liquider sans autre procès des juifs, des homosexuels, et surtout « ces chiens de Charlie Hebdo ». Sous son propre nom, il appelait aussi à « égorger » Marine Le Pen « selon le rite musulman ».

Ces « révélations », pourtant déjà largement éventées, ont finalement provoqué une petite commotion dans le monde des médias français. Elles illustrent l’irresponsabilité criminelle de ces sites, serveurs, blogues et réseaux animés par ces multinationales de la communication qui font en partie leur beurre de cette culture de la haine. Quant aux médias de gauche où sévissait Meklat, ils oscillent ces jours-ci entre l’autocritique et le déni. Au moins le journaliste Claude Askolovitch aura-t-il eu le courage de se demander s’il aurait eu autant de scrupules devant un militant du Front national.

On aurait voulu caricaturer cet « antiracisme devenu fou » que dénonce depuis tant d’années le philosophe Alain Finkielkraut qu’on n’aurait pas trouvé mieux. D’ailleurs, Meklat n’avait-il pas ouvertement appelé à lui « casser les jambes » ? On songe immédiatement à ces huées entendues dans les lycées pendant la minute de silence à la mémoire des victimes de Charlie Hebdo il y a deux ans. Sans oublier l’antisémitisme rampant qui règne en maître dans certaines banlieues. Toujours cette attirance des limites.

Ces tweets « expriment la frustration et le ressentiment d’une jeunesse nourrie au lait de la victimisation et de la repentance », affirme dans Le Figaro le journaliste Alexandre Devecchio, lui-même issu de ces quartiers et qui a travaillé au Bondy Blog. Il qualifie d’ailleurs cette jeunesse de « génération Dieudonné ». Le parallèle est en effet frappant. Rappelons qu’avant de sombrer dans le délire antisémite qui le caractérise aujourd’hui, Dieudonné passait lui aussi pour un porte-étendard de l’antiracisme. C’est au nom de cette « coolitude » subversive et provocante qu’il était célébré de Paris… à Montréal !

Cet antiracisme délirant n’épargne d’ailleurs pas le Québec. N’a-t-on pas entendu des rappeurs assimiler de paisibles défenseurs du français à des « suprémacistes » en les accusant de faire la promotion d’un « Québec blanc » ? Récemment, l’émission Corde sensible animée par Marie-Ève Tremblay a montré qu’à l’UQAM une assemblée fictive sur un thème aussi banal que « l’identité québécoise en péril » suscitait au nom de l’antiracisme des appels ouverts à la censure.

En France, il y a longtemps qu’en se drapant dans la coolitude, une certaine élite culturelle écoute avec des airs d’esthètes les appels de certains rappeurs à vomir la France. Jusqu’au jour où cette même élite, trop heureuse de se dédouaner à petits prix, joue les vierges offensées et s’amuse à broyer ses propres enfants. Comme si elle n’était pas le rouage premier de cette passion morbide.


 
32 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 24 février 2017 00 h 44

    Pourquoi les deux poids, deux mesures?

    Malheureusement, les bienpensants ne voient que la haine d'un seul côté, celui de la race blanche et le peuple accueillant des immigrants et des réfugiés. Quoique la haine qui provient des fanatiques islamistes est plus féroce et plus cruelle. On a qu'à entendre les paroles de quelques réseaux islamistes pour s'apercevoir à quel point nous sommes inondés par l'islamo fascisme contre les mécréants, les infidèles, les juifs et les homosexuels. Pourquoi les deux poids, deux mesures? Peut-être, un jour, les bienpensants vont se réveiller pour comprendre le mal inhérent dans l'Islam politique et je ne parle pas de la majorité musulmane.

    • Michele Dorais - Abonnée 24 février 2017 10 h 21

      Avec un discours comme celui-là, a-t-on besoin d'ennemis ? C'est l'éternelle paille dans l'oeil du voisin alors qu'une poutre obstrue la vue de celui qui juge et critique.

      À propos de race blanche, peut-on rappeler que les nos contemporains de race blanche et chrétiens ont été les plus sanguinaires du siècle dernier ? Oublie-t-on trop facilement la colonisation, la déconstruction des sociétés et des territoires volés par les plus grandes démocraties ? Ce ne sont quand même pas les Musulmans ni les Arabes qui ont créé Hitler, la bombe atomique, l'armement nucléaire, et les armes de destruction massive ces dernières années. Et plus récemment, ce ne sont pas les musulmans qui ont créé les Lepénistes et les Trumpistes. Ce sont les chrétiens qui ont perpétré les massacres au Rwanda (les musulmans n'ont pas voulu collaborer aux massacres). Que la déstabilisation de la Lybie et de l'Irak a été ourdie par des Chrétiens ? Que le découpage de l'Afrique et du Proche-Orient est le fruit de la convoitise de Chrétiens sans égard aux peuples et aux frontières naturelles des nations qui s'y trouvaient?

      Force est de constater qu'au fil des siècles la haine se trouve malheureusement du côté des blancs chrétiens, c'est-à-dire du pouvoir, là où il se trouve effectivement.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 24 février 2017 12 h 43

      Madame Dorais, nous avons, de toute évidence, pas lu les mêmes livres d'hier.

    • Nadia Alexan - Abonnée 24 février 2017 13 h 33

      À Michèle Dorais: Vous avez raison d'étaler les atrocités commises pas les Chrériens de race blanche. Je suis d'accord avec vous que leur réputation n'est pas reluisante. Par contre, la haine et le djihadisme contre les mécréants et les juifs sont incrustés dans les écrits sacrés de l'islam.
      De plus, que direz-vous des atrocités sectaires commises par les islamistes contre les musulmans eux-mêmes? Comment appelez-vous les Bokko Haram, les Chébabs, les enlèvements des jeunes filles de leurs écoles, et les djihadistes qui terrorisent les musulmans ordinaires en Afrique et ailleurs? Cette haine est gratuite et institutionnalisée. Comment expliquez-vous les travailleurs égyptiens chrétiens qui ont été massacrés à cause de leur religion? Il n'y a pas d'excuses pour justifier les atrocités barbares perpétuées sur les innocents par les idéologues islamistes.

    • Michele Dorais - Abonnée 24 février 2017 16 h 57

      Que je sache, je ne parlais que des blancs et des chrétiens. Les musulmans ne nous ont rien fait à nous, c'est plustôt le contraire. De toute manière, il y a plus de 1,3 milliard de musulmans dans le monde. Il y a des factions, comme il y en a dans la chrétienté.

      Le Coran n'a pas l'exclusivité en matière d'incitation à la violence. Il n'y a qu'à voir autour de nous. Les Anglo-Saxons ont pour devise «Dieu est mon droit», tandis que les États-Unis ont imprimé sur leur dollar «In God we Trust». Ce qu'on a pas fait au nom de Dieu, je vous le demande ! Parlant de la Bible, Moïse n'a-t-il pas brisé les tables de la Loi dans une sainte colère à l'encontre des adorateurs du veau d'or ?

      Et pour finir, on oublie que les premiers ambassadeurs de la haine sont les militaires envoyés en mission d'anéantissement du démon qui domine l'axe du mal... vous souvenez-vous ?

      Quoi qu'il en soit, je vous invite à lire cet extrait du Devoir.

      http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religio

      Des textes sacrés explosifs
      Incitation à la violence et à la radicalisation?
      4 novembre 2014 | André Gagné - Professeur agrégé aux Départements d’études théologiques et des sciences des religions, Université Concordia

      « Il est clair que la religion ne peut pas porter la responsabilité de toutes les violences ; d’autres éléments peuvent être aussi en cause. Cela étant dit, quel rapport doit-on entretenir avec de tels textes aujourd’hui ? La stratégie interprétative adoptée par une grande majorité de croyants désirant conserver leurs textes sacrés consiste à donner un sens spirituel ou allégorique aux passages qui incitent à la violence. Mais une telle approche sert souvent d’excuse pour ignorer les textes à caractère violent. On évite ainsi de traiter du problème en cause. Juifs, chrétiens et musulmans croient que chacun de leur propre texte est l’expression parfaite de la volonté divine. Mais nous avons affaire à trois textes diffé

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 25 février 2017 05 h 41

      Madame Alexan : madame Dorais n'a pas raison de parler des "atrocités" commis par l'homme blanc chrétien dans le sujet du présent forum qui traite d'un blogueur du 21e siècle et de la violence verbale et de sa haine contre les Blancs (les Juifs et les homosexuels) criée en toute impunité jusqu'à aujourd'hui. Rien à voir avec les guerres ou tout autre événement passés. Toute l'humanité est capable de compassion et de crualité. À chaque siècle son combat, et aujourd'hui, c'est l'islamisme et l'antiracisme institutionnalisé qui empestent nos vies.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 24 février 2017 04 h 45

    Et tous les autres?

    Et tous les autres? Car ce pseudo-journaliste aux allures de voyou n'est pas le seul à tenir ce langage ouvertement et à être invité par les médias qui se sont donnés pour mission de déconstruire la France - lire, les Français de race blanche et de souche chrétienne et gréco-romaine, cette France qu'ils haïssent tant eux-mêmes.

    L'on nous a asséné à grands coups de "racisme systémique", tentant, mais en vain, de nous convaincre que la société québécoise est raciste jusque dans ses institutions, alors que le Canada n'a pas défendu notre statut de peuple fondateur distinct et nous a imposé la politique du multiculturalisme afin de nous submerger et de nous diluer.

    En France, de braves Français "de souche", écœurés de raser les murs, dénoncent l'antiracisme institutionnalisé, au point où des associations comme les Indigènes peuvent crier leur haine des Blancs, publiquement.

    Cette intimidation de bas niveau me dégoûte. Il est plus que temps qu'elle soit dénoncée. Le règne du voyou et de terroriste intellectuel a assez duré.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 24 février 2017 10 h 46

      Qui a commencé ? Qui est responsable ? Qui lancera la première roche?
      On dit bien "it takes two to tango" : les dérives de l'antiracisme sont le mirroir des dérives du racisme ordinaire, à l'instar des radio-poubelles ou quelque chose qui n'est pas simplement verbal : agressions, vendalisme, etc. Ou peut-être que ces dérives ont pour origine le néolibéralisme bien "ordinaire", tout aussi "normal" que la violence à Chicago. Bref ...
      Il faudra bien, peu importe le camp qu'on choisit, qu'on passe à autre chose que plus de haine. Ça va nous prendre des extraterrestes à haïr pour se rendre compte qu'on est tous humain ? Et que du négatif, on en fasse du positif ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 février 2017 13 h 35

      @MD Mais si on ne signale pas ces mots et ces gestes de la part de racistes islamistes tel ...Meklat et cie...comment peut-on se faire une idée objective ? Oui dans la vraie vie il y a "des bons et des méchants" et ...d'autres qui, se croyant nantis d'une mission céleste, sont devenus les "bien pensants de l'angélisme" à tout crin.

      Je crois que faire la part des choses, comme le fait Monsieur Rioux dans plusieurs de ses articles dont celui d'aujourd'hui, apporte à tous un regard nouveau, celui du citoyen qui "habite sa ville".

      PS J'allais envoyer mon commentaire lorsque j'au vu ...mon erreur.
      il aurait dû être sous celui de MD...10h21

  • Denis Paquette - Abonné 24 février 2017 06 h 14

    Existerions nous sans ces affrontements

    en lisant votre papier vous me rappelez ma jeunesse ou notre plaisir était de l'emporter sur nos voisins qui pourtant nous aimions beaucoup ,vous imagiez s'ils n'avaient pas été la pour nous permettre de mieux nous connaitre, hé, oui, le monde pourrait-il exister sans ces affrontements , pourquoi appeler haine, ce qui est de l'émulation pure et dure, ne retrouvons nous pas ce réflexe chez tout les bêtes n'est ce pas le grand jeu de la vie, merci pour votre papier toujours aussi intéressant

  • Brian Monast - Abonné 24 février 2017 06 h 23

    Vieux comme la Terre

    La meilleure cachette pour qui veut haïr? Prendre les habits de ceux qui combattent la haïne. Lieu d'autant plus sûr qu'il est difficile de viser ces défenseurs/attaqueurs sans verser soi-même dans la même ambiguïté. Très délicat. Il n'y a rien comme le rire pour désarmer. Rions, pour éviter la surenchère de l'armement moral. Rions de nous, et de la "coolitude". Sans arrêter de lire Christian Rioux.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 24 février 2017 16 h 21

      J'avoue !
      Qu'on s'arme d'ironie donc, et de dire ouvertement ceci : j'abandonne, je me rend, je plaide coupable ! Allez cher citoyens, attaquez moi au nom de l'amour, pulvérisez moi au nom de l'humanité !
      Live long and prosper !
      Au plaisir mon cher.

  • François Beaulé - Inscrit 24 février 2017 07 h 18

    « ces quartiers peuplés d’immigrants »

    Christian Rioux se dit « toujours étonné par la qualité des équipements publics, l’élégance des écoles et l’aménagement des places » de « ces quartiers ».

    Si ces quartiers sont si formidables, on se demande pourquoi sont-ils essentiellement peuplés d'immigrants. Pourquoi cette séparation des immigrants dans des quartiers où ils se retrouvent largement majoritaires ?

    Cette séparation n'est-elle pas l'expression concrète du racisme ?

    • François Beaulne - Abonné 24 février 2017 11 h 45

      On retrouve ce même phénomène dans toutes les grandes villes industrielles d'Afrique, d'Asie, d'Australie, d'Amérique latine, des Etats-Unis et oui, du Canada et du Québec qui attirent des immigrants de pays plus pauvres où règne le chômage et la marginalisation. Ça n'a rien à voir avec le racisme. C'est avant tout un problème de marginalisation économique. Bravo pour cet éditorial qui remet les pendules à l'heure.

    • François Beaulé - Inscrit 25 février 2017 08 h 18

      Une « marginalisation économique » qui touche particulièrement les immigrés et leurs enfants. Si ce n'est pas du racisme, les effets sont les mêmes. Contrairement à ce que prétend l'auteur de cette chronique qui n'a rien à voir avec un éditorial, la sous-culture urbaine, promue par « une certaine élite culturelle », n'est pas le « rouage premier » de la haine. C'est d'abord la ségrégation liée à la marginalisation économique.