La quête du «deal» ultime

La volonté affichée, mercredi 15 février, par le président Trump et le premier ministre Nétanyahou de relancer la relation entre leurs deux pays sur une base cordiale n’avait rien de surprenant. Il est de notoriété publique que Nétanyahou et Barack Obama ne s’appréciaient guère. En laissant entendre qu’il pourrait accepter l’abandon de la solution des deux États au conflit israélo-palestinien, le nouvel hôte de la Maison-Blanche n’a cependant pas fait un cadeau à son partenaire israélien.

Depuis son élection, Donald Trump n’a eu de cesse d’affirmer l’avènement d’une nouvelle ère dans les relations israélo-américaines. Cette posture n’est nullement originale. Depuis 1952, la plupart des présidents américains ont en effet cherché à rompre avec la pratique de leur prédécesseur immédiat. Eisenhower souhaita ainsi se démarquer de Truman, auquel il reprochait d’avoir reconnu l’État hébreu malgré l’opposition de ses conseillers.

Kennedy estimait avoir hérité d’un chaos au Moyen-Orient à cause de la prise de distance trop grande de son prédécesseur vis-à-vis d’Israël. Bush fils considérait que Clinton s’était trop impliqué dans le conflit israélo-palestinien et il s’en distança. Obama n’hésita pas à critiquer ouvertement Israël pour se démarquer de son prédécesseur et restaurer l’image des États-Unis dans les pays majoritairement musulmans.

L’épine des colonies

L’élection de Donald Trump a alors réjoui Nétanyahou, ainsi que la droite extrême, composante clé de sa coalition gouvernementale. Le 45e président des États-Unis a — il est vrai — nommé un ambassadeur en Israël désireux de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, favorable aux colonies et opposé à la création d’un État palestinien.

Les réjouissances côté israélien pourraient néanmoins n’être que de courte durée tant la position de Trump est plus nuancée et complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Depuis le 20 janvier, il a par exemple signifié à quatre reprises que la poursuite de la colonisation en Cisjordanie nuit aux négociations de paix.

Magnat de l’immobilier devenu président, Trump semble se rallier à la ligne de conduite convenue entre le président W. Bush et le premier ministre Sharon en 2005. En vertu de celle-ci, les États-Unis ne s’opposent pas aux constructions « verticales » dans des colonies existantes. Cette approche permet de tenir compte de l’accroissement démographique tout en limitant l’accaparement de nouveaux territoires palestiniens.

En revenant à cette entente rejetée par Obama et en acceptant que les colonies israéliennes en Cisjordanie soient absorbées dans les limites de l’État d’Israël en échange de territoires aux Palestiniens, Trump réduit une source de tensions avec son allié et entrouvre la porte à une éventuelle reprise des négociations.

Le mirage de l’État unique

Donald Trump a affirmé mercredi pouvoir vivre avec ou sans un État palestinien, suggérant qu’il se plierait à ce que veulent les parties afin d’arriver à un accord de paix. Cette prise de position a sans surprise suscité de vives réactions.

La droite extrême israélienne s’en est réjouie. Saeb Erekat, numéro deux de l’Autorité palestinienne, y voit « un désastre et une tragédie tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a rappelé qu’il n’existe pas d’autre solution viable que celle des deux États.

Renoncer à celle-ci constituerait évidemment une rupture majeure par rapport à un élément clé de la politique étrangère des États-Unis depuis une quinzaine d’années. Là aussi, l’approche de Trump est plus subtile et habile qu’il n’y paraît. En agissant ainsi, il donne un coup de main à Nétanyahou, qui subit la pression d’une droite extrême catégoriquement opposée à un État palestinien.

Mais au cours d’un premier mois tumultueux à la Maison-Blanche, le dossier israélo-palestinien est le seul vis-à-vis duquel le président Trump a fait preuve de consistance. Il a souligné le risque que représente la poursuite de la colonisation. Il semble revenir sur le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem. Enfin, la nomination de son gendre comme son envoyé spécial démontre à quel point il entend s’investir dès le début de son mandat dans la quête du « deal ultime » qu’est la résolution du conflit israélo-palestinien.

Trump n’a pas donné un blanc-seing à Nétanyahou. Il lui impose en fait de faire un choix crucial pour le futur d’Israël. Les options sont en effet claires : la solution de deux États séparés ; un État unique, séculaire et démocratique plaçant juifs, musulmans et chrétiens sur un pied d’égalité ; ou un État unique préservant son caractère juif au détriment de la démocratie et donc qualifiable d’« apartheid ».


 
3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 18 février 2017 08 h 54

    État unique

    "un État unique, séculaire et démocratique plaçant juifs, musulmans et chrétiens sur un pied d’égalité". Et les agnostiques, les bouddhistes, les mormons, etc.? Finissons-en avec les états qui discriminent en fonction de la religion.

  • Pierre Robineault - Abonné 19 février 2017 10 h 25

    Résumé

    Permettez que je résume en une seul phrase votre chronique:
    En d'autres mots, Donald Trump n'est pas l'homme que l'on croyait, mais un autre beaucoup plus subtil et surtout très sensibilisé au problème israelo-palestinien.
    J'en profite pour vous demander sur quelle planète vous vivez?

  • Diane Boissinot - Abonnée 19 février 2017 14 h 25

    Il me semble que le premier ministre Nétanyahou a bien parlé d'un État «Juif», que l'on envisage une ou l'autre des deux solutions au conflit israélo-palestinien. L'État«Juif» serait alors un État basé sur une religion, la religion juive. Dans l'un ou l'autre des cas, qu'arrive-t-il alors du statut des citoyens non-juifs qui vivent sur le territoire de l'État «Juif»?
    Je suis assez d’accord avec les paroles de John Kerry, prononcées le 28 décembre dernier alors qu’il complétait ses derniers jours dans la fonction de secrétaire d’État des États-Unis : «Israël peut être ou un État juif, ou démocratique, mais pas les deux». Il a aussi dit : « La seule voie possible pour obtenir une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens » est d'avoir deux États — israélien et palestinien.
    Il a donc distingué un État «Israélien» et d’un État «Juif». Distinction qu'il faut retenir pour expliquer les rétiscences des Palestiniens devant la proposition officielle d'Israël soutenue cette semaine par M. Nétanyahou.