Les valeurs retrouvées

En 2014, Carlos Leitão s’est joint à l’équipe libérale auréolé de la réputation de grand prévisionniste que l’agence de presse Bloomberg lui avait faite quelques années auparavant. En sa qualité de ministre des Finances, il s’est révélé un excellent technicien, mais ses talents de politicien restent à être démontrés.

Heureusement, quelqu’un au bureau du premier ministre Couillard a fini par allumer. S’en prendre aux personnes âgées à un an et demi des élections n’était pas la trouvaille du siècle. À voir Jean-François Lisée et François Legault déchirer leur chemise à l’Assemblée nationale, il était facile d’imaginer quel ton ils adopteraient au cours de la prochaine campagne électorale.

Déjà, le mois dernier, le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, avait utilisé une image-choc durant les audiences publiques sur le projet de loi 115 visant à contrer la maltraitance envers les aînés. Ses dispositions feraient en sorte qu’ils seraient moins bien traités que les animaux, avait-il lancé.

Le réaménagement des crédits d’impôt projeté par le ministre des Finances partait d’une intention louable. La population québécoise vieillit, la main-d’oeuvre se raréfie et les retraités pèsent de plus en plus lourd sur les finances publiques. Inciter les gens à prendre leur retraite le plus tard possible paraît donc tout indiqué.

D’un point de vue strictement comptable, il pouvait sembler logique de financer le devancement de l’âge d’admissibilité au crédit d’impôt accordé aux « travailleurs d’expérience », qu’on souhaite retenir sur le marché du travail, en retardant celui qui est accordé « en raison de l’âge ». Il ne s’agit malheureusement pas de vases communicants, comme M. Leitão semblait le croire. Il serait tout à fait inéquitable, pour ne pas dire odieux, d’avantager le travailleur qui est en mesure d’allonger sa vie active en pénalisant celui dont l’épuisement exige un repos. M. Couillard a fait une heureuse volte-face vendredi, mais il demeure troublant qu’une telle injustice n’ait pas sauté aux yeux au départ.

 

La justice sociale est une des grandes « valeurs libérales » recensées par Claude Ryan dans son opuscule de 2002, que le PLQ redécouvre immanquablement au fur et à mesure qu’une échéance électorale se profile à l’horizon. Pour reprendre la douteuse expression de Jean Charest, l’empathie devient alors son « cheval de bataille ».

« Nous parlons bien de valeurs, non de principes abstraits ou de doctrines sèches. Les valeurs reposent certes sur des principes, mais elles évoquent des principes incarnés dans la vie, non des propositions coupées de la réalité », écrivait M. Ryan. Être libéral signifiait notamment être « sensible aux besoins des êtres plus faibles ».

Le moins qu’on puisse dire est que cette sensibilité n’a pas été le trait dominant du gouvernement Couillard depuis l’élection d’avril 2014. Dans son rapport publié en septembre dernier, la protectrice du citoyen avait dressé un bilan très sévère de la première moitié de son mandat. Contrairement à ce que ce gouvernement répétait ad nauseam, ce n’étaient pas les structures qui avaient fait les frais de ses politiques d’austérité, mais plutôt les personnes les plus vulnérables de la société, notamment les aînés auxquels les services dans les CHSLD et les soins à domicile étaient dispensés au compte-gouttes.

Si les effets de l’austérité sur un individu ne sont pas toujours faciles à quantifier, il n’est pas nécessaire d’être un grand prévisionniste pour évaluer l’impact de la perte d’un crédit d’impôt d’une valeur de 500 $ sur un revenu inférieur à 18 000 $. Peut-être était-ce trop simple pour le ministre des Finances.

 

C’est la deuxième fois en autant de semaines que le gouvernement fait marche arrière. Au début du mois, le nouveau ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, avait renoncé aux modifications au programme de crédit de taxes foncières agricoles annoncées par son prédécesseur, Pierre Paradis, lesquelles avaient provoqué la colère de l’UPA. Là encore, M. Leitão soutenait dur comme fer que les changements projetés n’affecteraient qu’une poignée de gros exploitants.

Il est vrai que les agriculteurs avaient fait valoir un argument convaincant en menaçant de bloquer les sentiers de motoneige et que le départ de M. Paradis, qui semblait en avoir fait une affaire personnelle, a dû faciliter les choses. Dans ce que M. Lessard a appelé de façon savoureuse « l’évaluation d’une incompréhension », on peut cependant penser que le poids du vote agricole, qui est déterminant dans plusieurs circonscriptions dont les libéraux auront besoin en octobre 2018, a pesé dans la balance.

Cette année encore, les surplus budgétaires seront au rendez-vous. Il vaut mieux profiter maintenant de la redécouverte des « valeurs libérales » parce qu’elles ont la fâcheuse tendance à retomber dans l’oubli au lendemain de l’élection.


 
14 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 18 février 2017 00 h 42

    Je me souviendrais!

    Les Libéraux de M. Charest et de M. Couillard sont très, très loin des valeurs de M. Claude Ryan, quand « Être libéral signifiait notamment être “sensible aux besoins des êtres plus faibles”. Les coupures de 500,00 $ des plus démunis de la société ne sont rien de moins que barbare. Peut-être le ministre, Leitão, est un bon comptable, mais il manque de sensibilité et d’empathie, des qualités nécessaires chez un élu qui représente des milliers de familles. En espérant que les Québécois vont se rappeler de toutes ces coupures sauvages, pendant les prochaines élections.

  • Normand Carrier - Inscrit 18 février 2017 06 h 58

    Le peu de sensibilité de ce gouvernement .....

    Les valeurs libérales ne durent que le temps d'une fleur électorale car Philippe Couillard et son gouvernement n'ont pas la de sensibilité et d'empathie envers leurs électeurs et encore moins envers les personnes les plus vulnérables dont les ainées qui sont les plus démunies .....

    Le duo Couillard-Coiteux s'est évertué lors des deux dernières années a couper plus de quatre milliards dans les dépenses publiques en essayant de nous faire croire qu'il n'y aurait pas d'effet sur les services .... Ils coupaient dans le gras et dans les structures , disaient-ils ! Depuis douze mois les électeurs constatent tous les effets négatifs sur les sevices en santé , en éducation et sur tous les services en générale et l'effet de ces coupures risquent de pardurer jusqu'aux prochaines élections ......

  • Steve Brown - Inscrit 18 février 2017 07 h 53

    Aucun

    «La justice sociale est une des grandes « valeurs libérales » recensées par Claude Ryan dans son opuscule de 2002, que le PLQ redécouvre immanquablement au fur et à mesure qu’une échéance électorale se profile à l’horizon.»

    Tout à fait vrai. Le plq avait un style lâche après l'élection de 1989, gouvernement dont faisait partie m. Ryan.

    Steve Brown
    Charny

  • Michèle Lévesque - Abonnée 18 février 2017 08 h 42

    Du bon usage de la sensibilité

    Cela rejoint une Fatima H.-P. consternée de voir ce PL, qu'elle aimait et avait connu autrement, se dégrader autant au cours de la dernière décennie.

    De manière similaire, le libéral Gérard Bouchard a posé son verdict sur l'incapacité de Couillard à 1) à consentir à un consensus minimal, trahissant ainsi son propre appel à un rapprochement citoyen suite à l'attentat de Québec 2) établir une distinction entre les accommodements et les attributs vestimentaires.

    Sa conclusion : M. Couillard manque de hauteur et de vision (cf. 24/60 RDI 17 fév. 2017). Chirurgical.

    Trois désolations ici. 1) La dégradation de l'esprit libéral. 2) L'oubli assuré dans un 1.5 an de cette gestion incompétente qui accentue une tendance lourde vers l’autocratie. 3) La démission des médias devant leur rôle de contre-pouvoir et d'information.

    Pour illustrer le point 3, je reviens à M. Bouchard en entrevue hier soir avec Patrice Roy sur RDI. 1) Ce dernier ne semblant pas comprendre la distinction entre signes religieux et accommodements, revenant à la charge comme pour faire dire à Bouchard ce qu’il (Roy) voulait entendre, le sociologue s’est contenté de répéter la distinction comme un prof patient à un enfant bloqué sur un problème élémentaire d’arithmétique. Pas grave en soi... sauf que 2) tout le temps de l’entrevue, les images de kirpans hindous, boudins hassidiques et voiles islamiques défilaient en boucle sur l’écran. Première réaction : "Ça se peux-tu !!!" Puis, en deuxième réaction, mais malheureusement pas aussi automatique : "Pourquoi ces images de rues alors que le sujet n'est pas la vie sociale, mais un code vestimentaire dans un secteur étroit de la fonction publique ?"

    Il faut d'urgence dénoncer ce populisme médiatique, qui cible et titille le registre émotionnel dans ce qu’il a de plus mesquin et non pour élever le débat et donner de la vision par le recours à la sensibilité - ce que M. David fait ici très bien, ce dont je le remercie.

  • Pierre Desautels - Abonné 18 février 2017 09 h 08

    Un penchant pour la droite.


    Ce parti n'est plus que l'ombre de lui-même. Lentement mais sûrement, il est devenu un parti de centre droit, quand ce n'est pas carrément à droite en certaines occasions. Et les jeunes de ce parti, à chaque congrès, présentent des résolutions qui s'alignent sur l'idéologie des conservateurs fédéraux. Il y a d'ailleurs beaucoup de militants du PLQ qui militent pour les conservateurs au fédéral. Ce n'est plus le parti des valeurs libérales, mais plutôt des valeurs néo-libérales.