Le REER, un sexagénaire qui tente de garder la forme

Le régime enregistré d’épargne-retraite a 60 ans. Le sexagénaire a bien vieilli, mais a dû apprendre la cohabitation fiscale dans un environnement de rareté de l’épargne. Il semble qu’il doive également à une conjoncture d’endettement record.

Depuis l’introduction du REER en 1957, les acronymes se sont multipliés, convoitant tous la même épargne. REER, REEE, REEI, CELI se disputent le même dollar en proposant chacun leur propre finalité. À cette concurrence pour l’épargne s’ajoute une adaptation nécessaire à l’endettement record des ménages. Selon les résultats d’un sondage de BMO Groupe financier, les Canadiens retirent massivement de leur REER et pas nécessairement dans le respect de l’esprit derrière la conception du régime.

Selon l’étude de BMO, les Canadiens ont retiré en moyenne 17 213 $ de leur REER en 2016, soit 1305 $ de plus que l’an dernier (15 908 $). Et ce n’est pas que pour des prestations de retraite. Ainsi, 38 % des répondants ont retiré des fonds de leur régime avant l’âge de 71 ans, une augmentation de quatre points de pourcentage par rapport à l’année précédente.

Ce n’est également pas pour bénéficier des modalités liées à l’accession à la propriété (RAP) ou à l’encouragement à l’éducation permanente (REP). « Bien que l’achat d’une maison demeure le principal motif de retrait de leur REER (30 %), les Canadiens continuent de puiser dans leur épargne-retraite pour régler leurs dépenses courantes (21 %) et rembourser leurs dettes (18 %). » La proportion des retraits liée aux urgences est également de 18 %.

Ces ponctions sont pourtant associées aux avantages et à la souplesse conférés au compte d’épargne libre d’impôt. « Investir dans un CELI […] pour s’assurer de disposer de liquidités est une bonne façon d’éviter de puiser dans votre REER prématurément pour des dépenses autres que la retraite », rappelle la BMO. D’autant que 75 % des répondants se disent très préoccupés par les conséquences d’un retrait d’argent de leur REER et que 73 % d’entre eux disent connaître les pénalités fiscales ou les règles de remboursement (en cas de retrait pour l’achat d’une maison) s’ils retirent des fonds de leur REER avant l’âge de 71 ans. Mais qu’un répondant sur cinq s’attend à ne jamais les rembourser.

Domination

Si le REER n’est plus le seul véhicule grand public à incidence fiscale, il reste dominant dans le portefeuille des particuliers. En 1968, la première année pour laquelle des données sur le nombre de cotisants sont disponibles, seulement 172 000 personnes, soit 1 contribuable sur 50, ont déclaré cotiser, souligne la Financière Sun Life. En 2014, l’année la plus récente pour laquelle la donnée est disponible, Statistique Canada déclare qu’environ 5,9 millions de Canadiens, soit 1 contribuable sur 4, ont cotisé à un REER, pour des cotisations totales de 39 milliards.

Le magazine spécialisé Conseiller ajoute que, selon un sondage CROP réalisé en novembre dernier, 64 % des familles québécoises cotisent à un REER tandis que 47 % détiennent un CELI et 45 % un régime enregistré d’épargne-études.

Le véhicule visant l’épargne-retraite a donc bien vieilli depuis 1957, aidé en cela par : la disparition des abris fiscaux, la diminution rapide des régimes complémentaires à prestations déterminées ; l’activité accrue des femmes sur le marché du travail ; la hausse des plafonds de cotisations permises, le cumul des cotisations non utilisées et le report de la déclaration des cotisations ; l’introduction du REER du conjoint ; la création du véhicule de décaissement qu’est le Fonds de revenu de retraite et la souplesse accordée à ces décaissements obligatoires ; la création des RAP et des REP.

Jouer du coude

Pour se mettre en valeur, le sexagénaire mise sur un taux d’imposition moindre lors du décaissement et, idéalement, sur le réinvestissement du remboursement d’impôt. Il doit cependant jouer du coude dans une hiérarchie de régimes fiscalisés, qui permet à l’épargne de s’accumuler à l’abri de l’impôt lorsqu’elle demeure dans le régime. On pense au Régime enregistré d‘épargne-invalidité (REEI), qui se veut évidemment très ciblé, mais dont la cotisation donne droit à une subvention pouvant doubler ou tripler selon le revenu familial. S’il y a présence d’enfant, on pense au régime enregistré d’épargne-études, avec sa cotisation maximale donnant également droit à une subvention et à un bon d’étude pour les revenus inférieurs.

Et au CELI, qui, contrairement au REER, n’influence pas les prestations et crédits sociofiscaux.