Dis-moi quel vin tu bois…

Finesse et puissance: comment ne pas craquer pour ce grand Rheingau allemand?
Photo: Jean Aubry Finesse et puissance: comment ne pas craquer pour ce grand Rheingau allemand?

En cette Saint-Valentin, le mot « aphrodisiaque » vous est encore servi à toutes les sauces, y compris celle de l’amour ? Je vous évite d’allonger la sauce du cliché en l’accouplant avec ces vins et spiritueux qui chatouillent eux aussi, à leur façon, l’endorphine libidinale du désir.

Nous avons déjà causé ici des velléités de l’alcool agissant à l’épicentre des terminaisons nerveuses de tout adulte consentant, pour comprendre qu’il arrive parfois que l’amour physique qui s’ensuit soit sans issue.

C’est d’ailleurs ce que semblent avancer les Drs Tran Ky et F. Drouard (Les aphrodisiaques, un peu, beaucoup, passionnément…, éditions Artulen), qui n’y vont pas ici avec le dos de la membrane du stéthoscope sur le sujet : « Le vin, en très petite quantité seulement, fluidifie la membrane des cellules et facilite les échanges et la libération des messagers chimiques. » Soit. Après tout, l’humain est perméable et n’est certes pas fait de marbre.

Mais ça se gâte tout de même si vous sifflez un jéroboam de champagne avec votre partenaire alors que l’aube du début d’une débandade risque de poindre à l’horizon. « L’alcool précipite les séquences, hâte l’éjaculation et bâcle les câlins qui sont surpris par le sommeil. Empoisonné, le cerveau répond souvent par une quantité anormale de prolactine, hormone qui va jouer le rôle de trouble-fête. Elle freine le désir, éteint la passion et plonge la verge dans une désolante torpeur. »

Évitons le cul-de-sac et allons au-delà de l’épiderme, surtout que vous n’avez nullement besoin de cette chronique, amis lecteurs, pour désinhiber ce qu’il vous reste de pudeur !

Le goût de l’autre

Ce matin-là, comme chaque premier samedi de février, ma compagne fait sa marmelade annuelle aux oranges Séville et au whisky.

Tout le soleil d’Espagne illumine alors la cuisine, mais ce sont surtout ces nuances d’agrumes exaltées sous les sucres transformés qui lancent la première salve : Riesling Kabinett Höle 2015 de la Weingut Künstler(33,25 $ – 11607596 – (5 +) ★★★1/2 ©), me dit-elle, avant de poursuivre : « Like a little girl sitting on a swing, singing… »

La métaphore est d’autant plus jolie qu’elle invite non seulement à boire le vin, mais aussi à connaître plus intimement la personne avec qui on le partage.

Je me doutais bien qu’elle allait craquer pour ce grand Rheingau allemand, un blanc d’une exceptionnelle clarté qui a de l’élan, alliant finesse et puissance, aux essences florales de citronnelle et d’orange, pourvu d’une trame miellée adroitement rafraîchie par une acidité de première.

Oui, telle cette petite fille chantant clair et s’envoyant en l’air du haut d’une balançoire !

Mais quel est justement ce goût de l’autre ? Utile à connaître lorsqu’on s’apprête à offrir une bouteille en cadeau ou qu’on fait la cour à quelqu’un, cette notion prend véritablement tout son sens avec la personne avec qui l’on vit. Ce qu’elle n’aime pas ? J’ai pu m’en rendre compte au fil des ans.

Ces sauvignons blancs aux effluves de pipi de chat, ces bourgognes maigres et insipides, ces vins trop boisés ou au caractère végétal, quand ce ne sont pas ces bibines commerciales et sans âme gonflées aux antioxydants.

Mais le ton change nettement pour ces chardonnays arrondis et presque beurrés, tel ce Beaujolais blanc 2015 de Christophe Pacalet (28,50 $ – 1312870 – (5) ★★★), dont la sève fruitée riche et l’acidité basse régalent les poitrines de poulet en sauce ; ou cet autre pouilly-fuissé La Maréchaude 2014 de Manciat-Poncet (31,25 $ – 872713 – (5) ★★★1/2 ©), plus salin celui-là, d’une texture fine et satinée, s’étirant longuement sur l’agrume et une nette impression minérale sur la longue finale qui fera le bonheur de quelques huîtres gratinées au four.

Toujours côté chardonnay, je ne vous cacherai pas qu’elle a aussi un faible pour les trois cuvées disponibles du domaine de la Cadette, dont elle ferait volontiers son quotidien.

L’un des grands plaisirs de ma compagne est de mijoter une bolognaise toute simple (avec ajout de morceaux de saucisses épicées) qui invite, vous l’aurez deviné, des Italiens de caractère à s’asseoir à table.

Je ne suis pas jaloux. Nous partageons les mêmes goûts ! Que ce soit le classique San Felice Chianti Classico 2014 (19,05 $ – 245241 – (5) ★★★), au fruité éclatant toujours relancé d’une belle acidité, ou encore ce Costera 2014 Argiolas (19,90 $ – 972380 – (5) ★★★), un grenache plus musclé et épicé qui vous entraîne à tout coup sur ces sentiers parfumés et dépaysants d’une Sardaigne empreinte de mystère.

De Vénétie, enfin, ce Valpolicella Ripasso Classico Superiore 2014 de Guerrieri Rizzardi (24,75 $ – 11331681 (5 +) ★★★), bien à l’aise sur les pépites de parmigiano reggiano comme sur le risotto à la moelle, mais franchement pertinent sur les pastas de madame. C’est vivace, élégant, de belle longueur.

Si elle hésite toujours côté vins nature, elle raffole, par contre, de vins bios bien faits qui, loin de la laisser sur sa faim, irriguent en elle une soif inextinguible.

Il y a bien sûr ces Jeunes Vignes 2015 du domaine Thymiopoulos (17,60 $ – 12212220 – (5) ★★★), au fruité si sain et digeste qu’ils remplacent avantageusement l’eau du robinet, ou cet autre côtes-du-rhône villages 2015 de Dupéré Barrera, au fruité épicé arrondi d’une belle vinosité ; un rouge dont on ne dira jamais assez qu’il provient d’une appellation encore et toujours sous-évaluée. C’est que madame a du flair !

Pour les repas de grands soirs où les cordons de la bourse sont déliés, les goûts de Lesley portent sur des tempranillos, lentement, longuement élevés sous bois et dont le détail et la patine trouvent toujours à réanimer un braisé d’agneau et un boudin doux relevé au chorizo. Je lui débouchais récemment un Contino Reserva 2010 (29,45 $ – 12347159 – (5 +) ★★★1/2 ©) et un Marques Murrieta Ygay Gran Reserva 2007 (37,25 $ – 12259554 – (5) ★★★1/2), des riojas parfumés et fondus de textures, longilignes et ascensionnels, étonnants de complexité et de longueur en bouche.

Mais c’est le St-Joseph 2014 du Domaine Courbis (28,10 $ – 10919117 – (5 +) ★★★1/2 ©), débouché dans la foulée, qui lui a fait de l’oeil sur le magret de canard. Une syrah de haute voltige, sensuelle et satinée, d’une époustouflante clarté derrière ses tanins mûrs et bien vivants.

Si le vin, c’est bien, la tequila, c’est mieux, surtout si c’est George Clooney et son pote Rande Gerber qui sont derrière le bar. Leur signature suffit-elle à démarquer le produit, ou est-ce le beau crooner qui met à mal l’objectivité de ma blonde ici ? Toujours est-il que les versions Blanco (59,75 $ – 12553235 – ★★★1/2) et Reposado (69,75 $ – 12553251 – ★★★) du Tequila Casamigos des dos amigos n’altèrent en rien la réputation de l’agave azul tequilana Weber.

Surtout que ces tequilas se savourent pour elles-mêmes, servies bien fraîches. À la fois fruité, végétal et floral pour le Blanco, moins expressif, plus caramélisé pour le Reposado, qui s’assure d’un séjour de quelques mois en fûts américains. Dans les deux cas, du moelleux, du gras même, sans sensation de surchauffe. Pour en savoir plus sur la tequila en général : ledevoir.com/plaisirs/vin/282416/casa-herradura-un-tequila-des-dieux.