En route vers LI

Le Super Bowl LI approche à grands pas de géant, parce que lui, contrairement à bien d’autres, n’a pas mal à un genou, ou à une cheville, ou à la laine, et, bien sûr, vous avez entendu quelque part qu’à son occasion, il se dégustera dans les chaumières affamées un quintillion d’ailes de poulet et tellement de tonnes de chili concassé et de guacamole que vous ne pouvez même pas imaginer d’imaginer tout ce que cela représente en matière de quantité industrielle. On vous a également dit le prix à payer pour 30 secondes de publicité, et que les publicités du Super Bowl sont si bonnes qu’on n’en revient juste pas et qu’on a hâte qu’il y ait un arrêt de jeu pour rester devant la télé.

Le Super Bowl se profile, et il y a fort à parier que l’individu moyen se rangera derrière les Falcons d’Atlanta. Ceux-là n’ont jamais remporté le championnat, se sont rendus au match ultime une seule fois, au terme de la saison 1998, et l’individu moyen a tendance à favoriser ceux que la vie ne gâte pas, à la condition que cela ne lui coûte rien.

Car ne nous faisons pas d’illusions, nous avons un faible pour les négligés et la gratuité. Si vous avez la langue anglaise fluide, convainquez-vous-en en mettant la main sur le bouquin This Is Your Brain on Sports, de L. John Wertheim et Sam Sommers, qui montre jusqu’à quel point nous pouvons avoir, notamment lorsqu’il est question de sports, un comportement irrationnel. Un exemple ? Il suffit de regarder les gens se garrocher lorsqu’un canon expédie un t-shirt d’une valeur d’environ 50 ¢ dans les gradins.

Les Falcons seraient donc un choix populaire même s’il n’y avait pas devant eux les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Les Patriots étaient adorables dans le temps, quand ils ne gagnaient jamais et portaient un uniforme rouge avec un patriote se préparant à remettre le ballon comme un centre. Ils ne le sont plus. Les accusations de tricherie s’accumulent contre eux, ils trouvent toujours le moyen de se ramasser au Super Bowl et Bill Belichick fait tout ce qu’il faut pour se faire détester. Hé, il est un ami de Donald Trump.

Remarquez toutefois, on pourrait quand même se réjouir d’une victoire des Patriots, ne serait-ce que pour voir Roger Goodell, qui a suspendu Tom Brady pour quatre matchs en début de saison, remettre le trophée Vince Lombardi à Brady, Belichick et le propriétaire de l’équipe, Robert Kraft. Du potentiel de bonbon.

La prochaine fois, nous examinerons un phénomène bien particulier, qu’on découvre quand on n’a rien d’autre à faire et qui veut que, chaque fois que les Patriots disputent le Super Bowl contre une équipe ayant un logo rappelant un animal (Rams, Panthers, Eagles, Seahawks), ils gagnent, et quand il s’agit de lettres (Bears, Packers, Giants deux fois), ils perdent. Or Atlanta arbore un faucon évoquant la lettre F. Troublant, en vérité.

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