Un homme et son parti

Décidément, la circonscription de Groulx porte malheur. Il y a cinq ans, Pauline Marois s’était trouvée elle aussi dans l’obligation d’expulser son député dans des circonstances qui rappellent étrangement celles qui ont amené François Legault à écarter Claude Surprenant.

À la veille de la reprise de la session parlementaire, en février 2011, un attaché du député péquiste René Gauvreau, Jean Paquette, avait été arrêté pour des fraudes qui lui ont valu deux ans de prison. Malgré les soupçons qui pesaient sur son employé, M. Gauvreau avait fait preuve d’une indulgence telle que Mme Marois n’avait eu d’autre option que de sévir.

Il a finalement été réintégré après un purgatoire de neuf mois, mais il ne s’est pas représenté à l’élection de 2012. L’affaire avait été si embarrassante pour le PQ que son leader parlementaire, Stéphane Bédard, avait jugé nécessaire d’évoquer publiquement les problèmes personnels de son collègue de Groulx, ce qui n’avait rien arrangé.

Pas plus que Mme Marois, François Legault ne pouvait passer l’éponge sur les irrégularités commises à répétition par Claude Surprenant, qui ont transformé ce début d’année en cauchemar pour la CAQ. M. Surprenant a non seulement été floué par la responsable de son bureau de circonscription, comme son prédécesseur péquiste, il a aussi tenté de profiter lui-même du système. La mollesse du commissaire à l’éthique a beau être légendaire, il pourra difficilement lui donner l’absolution.

Bien sûr, ce qu’on lui reproche est sans commune mesure avec les magouilles des collecteurs libéraux à la SIQ ou avec les accusations portées contre Nathalie Normandeau ou Marc-Yvan Côté, mais on peut compter sur Jean-Marc Fournier pour tout mettre dans le même sac quand les questions d’éthique et d’intégrité reviendront inévitablement sur le tapis de l’Assemblée nationale.

 

M. Legault était visiblement exaspéré de voir cette histoire montée en épingle occulter tout le reste. Le récent sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal était porteur de mauvaises nouvelles. Alors qu’il se croyait sur une lancée, les 23 % des intentions de vote dont la CAQ est créditée ramènent celle-ci exactement au même point qu’à l’élection d’avril 2014, dont les résultats avaient déjà constitué une déception. Alors que l’échéance d’octobre 2018 se profile à l’horizon, la CAQ semble condamnée à demeurer le deuxième parti d’opposition.

Depuis le départ de Pierre Karl Péladeau, M. Legault peut légitimement prétendre être le seul des chefs de parti à avoir une expérience personnelle du développement économique et il n’y a rien à redire de sa performance à l’Assemblée nationale sur ces questions.

Il a décidé de simplifier quelque peu son message à l’occasion de la réunion spéciale de deux jours du caucus caquiste. Répéter que le Québec se situe au 57e rang des 61 provinces et États nord-américains en matière de PIB par habitant n’a pas semblé frapper les imaginations. M. Legault entend donc marteler que 15 ans de gestion libérale n’ont pas réduit l’écart entre le revenu des Québécois et celui de nos voisins ontariens. Un collègue de La Presse a cependant calculé qu’en tenant compte du coût de la vie et en considérant le revenu des ménages plutôt que le PIB par habitant, le Québec arrive au 31e rang. Il faudrait peut-être trouver autre chose.

 

Le discours a sans doute son importance, mais c’est surtout la confiance dans la capacité de gouverner qui motive le choix des électeurs. D’un sondage à l’autre, M. Legault se compare très bien à Jean-François Lisée ou à Philippe Couillard quand il s’agit de savoir lequel ferait le meilleur premier ministre. La question est de savoir s’il dispose des éléments qui lui permettraient de former un gouvernement compétent.

Il y a peut-être trop de Claude Surprenant dans son équipe. Jusqu’à ce qu’il fasse les manchettes pour les mauvaises raisons évoquées plus haut, le député de Groulx passait totalement inaperçu. Tous les partis ont leur lot de gens bien intentionnés, qu’on imagine cependant mal devenir les piliers d’un gouvernement, mais il faut quelques figures inspirantes.

Il y a une demi-douzaine de députés dont M. Legault tente visiblement d’accroître la notoriété : Jean-François Roberge, Nathalie Roy, Éric Caire, François Paradis, Simon Jolin-Barrette, François Bonnardel. Les « vedettes » qu’il avait réussi à recruter dans le passé sont passées dans le camp libéral ou ont mis fin prématurément à une carrière qu’elles n’entendaient pas passer sur les banquettes de l’opposition.

M. Legault devra se lancer dans une nouvelle campagne de séduction, mais la CAQ est enfermée dans une sorte de cercle vicieux : les mauvais sondages n’incitent pas ceux qui ont une situation intéressante à se lancer dans une aventure aussi hasardeuse et l’absence de fortes personnalités plombe les intentions de vote de la CAQ. Après cinq ans d’existence, elle demeure essentiellement le parti d’un homme, comme l’était l’ADQ.

22 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 26 janvier 2017 05 h 13

    Quel avenir ?

    Quel avenir pour la CAQ ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 26 janvier 2017 08 h 50

      « Quel avenir pour la CAQ ? » - Pierre Bernier

      La CAQ n'est qu'une version nationaliste du Parti libéral et une version fédéraliste du Parti québécois.

      Et quand on pense que le PQ n'aura pas eu de référendum à son programme durant plus de 28 ans en 2022...

      PQ, PLQ ou CAQ?

      - Quelle foutue de différence?

      Christian Montmarquette

  • Gilles Racette - Inscrit 26 janvier 2017 06 h 30

    Éric Caire jouant à l'indigné est presque aussi bon que son ancien collègue Deltel, un fois élu ministre de 'queqchose', il ferait surement la joie des caricaturistes et des humoristes.

  • Normand Carrier - Abonné 26 janvier 2017 06 h 42

    Boomerang dans la vitrine de verre de la CAQ .......

    C'était ahurissant d'entendre Eric Caire déchirer sa chemise a l'émission de Benoit Dutrisac a propos des dépenses des attachés politiques de madame Poirier ..... Il serait plus sage pour la CAQ de se garder une petite gêne lorsque l'on a une si grand vitrine de verre ..... N'ayant jamais été au pouvoir la CAQ croyait être a l'abris d'un passé mais imaginons ce que ce sera si par malheur la CAQ prenait le pouvoir avec des éléments sans scupule comme le député de Groulx ......

    La CAQ est essentiellement une succursale du PLQ qui lui fournis la main-d'oeuvre car ces deux partis ont essentiellement les mêmes programmes et les même politiques .... Depuis que la CAQ se définit comme fédéraliste , il est difficille de trouver ce qui les sépare ..... Dans ce contexte la CAQ est condamné a végéter comme deuxième opposition et devient plus une nuisance qu'autre chose .....

    • Pierre Beaulieu - Abonné 26 janvier 2017 10 h 41

      ... mais surtout qui divise le vote pour fairer régner le PLQ!

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 janvier 2017 12 h 21

      À Normand Carrier,

      "La CAQ est essentiellement une succursale du PLQ qui lui fournis la main-d'oeuvre.." - Normand Carrier

      C'est passer sous silence que François Legault, fondateur de la CAQ, est lui-même, est un ancien ministre péquiste et que le péquiste François Rebello avait aussi contribué à sa fondation était devenu candidat de la CAQ.

      Christian Montmarquette

  • Hélène Gervais - Abonnée 26 janvier 2017 06 h 51

    Je me dis parfois ....

    que tous ceux qui sont "tannés" des vieux partis votaient pour Québec Solidaire, ce dernier remporterait haut la main les élections. Je me demande bien ce qu'on attend pour le faire, car ce parti présente des candidats partout. En ce qui me concerne, je suis en réfexion et je pourrais bien voter autrement que depuis les dernières 46 années.

    • Serge Morin - Inscrit 26 janvier 2017 08 h 11

      Mais QS est déjà un vieux parti régional et est trop dogmatique pour rallier une majorité.
      À moins d'un changement de doctrine,mais, le pragmatisme n'est la vertu de ce parti.

    • Benoit Toupin - Abonné 26 janvier 2017 09 h 38

      Vous risquez la déception...

      Historiquement, les gouvernements qui ont réalisé de grandes politiques sont ceux qui ont mené l'intérêt public vers des idéaux et attiré dans leur sillon des équipes d'une remarquable compétence. On peut pensé à "Maîtres chez-nous", au gouvernement Lévesque en 1976,

      Dans le cas de la CAQ, le message est celui d'un seul homme qui a fait partie d'une équipe gouvernementale; un bon ministre qui a bien fait mais rien de révolutionnaire non plus. Son message s'appuie sur des prémices inappropriées, soit le PIB par habitant et ce sans tenir compte du coût de la vie et du tissu social au Québec. Avons-nous vraiment envie de ressembler à l'Ontario ou aux USA sans y voir de plus près? Partout en amérique, les inégalités socials et la vulnérabilité personnelle sont plus grandes (nous sommes tous vulnérables, une réalité de la condition humaine).

      Pourquoi nous n'avions rien à espérer du gouvernement actuel? Parce qu'il a été élu en argumentant sur des sophismes, et des mensonges (la possibilité d'un référendum) et très peu d'idéal. Il y avait bien l'équilibre budgétaire, mais sans nous dire qu'il utiliserait ce dogme pour jeter des pans de nos acquis et entre autres, dénaturer la dernière politique visionnaire implantée, soit la politique sur la petite enfance. L'équipe du PLQ est faible et son manque de transparence est l'exemple qu'il faut juger les politiciens à leurs idéaux et à leur capacité d'attirer la compétence.

      Et cela n'a rien à voir avec le fait qu'un parti soit nouveau ou qu'il ait ou non assumé le pouvoir.

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 janvier 2017 10 h 06

      En 2014, le seul parti a avoir présenté un candidat dans chaque circonscription, c'est le PLQ. Cela dit, QS a présenté cette année-là un candidat dans presque chaque comté.

    • Jacques Lamarche - Abonné 26 janvier 2017 10 h 25

      Les vieux partis, un slogan pour discréditer, qui met tout le monde dans le même panier, peu importe l'âge des idées!!

      Avoir un pays, contrôler les leviers qui peuvent façonner une société, me paraît la priorité!

      Toute mon amitié, madame.

    • Gilles Théberge - Abonné 26 janvier 2017 10 h 25

      Je vois madame Gervais, que vous avez un faible pour QS.

      Je ne vois le reproche pas, moi-même je serais enclin à voter pour cette formation. Si ce n'étais de sa tiédeur face à l'indépendance.

      Et puis, en votant QS, c'est voter pour réélire le gouvernement actuel. Parce que les statistiques sont tenaces, au mieux 9%...

      Vous pensez réellement que nous avons besoin de gouvernement toxique de Couillard...?

    • Christian Montmarquette - Abonné 26 janvier 2017 14 h 25

      À Gilles Théberge,

      "Je ne "vous" le reproche pas, moi-même je serais enclin à voter pour cette formation. Si ce n'étais de sa tiédeur face à l'indépendance." - Gilles Théberge

      - Hahahah!

      - Certains péquistes sont impayables!!

      Ça fera plus de 28 ans que le PQ n'aura pas eu de référendum au programme en 2022.. Mais c'est QS qui affiche de la tiédeur!

      Comme vérité alternative.. Avouez que c'est dur à battre!

      - Cm

    • Benoit Toupin - Abonné 26 janvier 2017 16 h 09

      Est-ce le PQ qui fait preuve de tiédeur ou les québécois? S'exposer à perdre un autre référendum est-elle une option responsable? il faut respecter les états d'ame des québécois. Être pour la souveraineté, ce n'est pas de tenir un référendum dans le plus bref délai mais bien de promouvoir la souveraineté sans relâche et avec rigueur. Il fut un temps où même en parler était de trop pour bon nombre de québécois. On leur a tellement répété, de façon tout à fait injustifiée que la chose était démodée et que ce n'était que des vieilles chicanes.

      Pourtant rien n'est réglé depuis 175 ans... Et les fédéralistes sont en panne d'idées et d'initiatives au Québec et à Ottawa, le mutisme bien commode est roi...

      Le projet de souveraineté est le moyen de disposer de toutes nos ressources pour exister comme peuple et rayonner à la mesure de notre volonté propre et de nos choix; encore faut-il qu'une majorité soit disposée à envisager le moment de décision. Les effets du dernier échec référendaire ont rendu les québécois réticents face au prochain moment de décision. Il y a un travail à faire auprès de la jeune génération qui n'a connu que les quinze dernièes années politiques; ceux-ci n'ont pas vu de leurs yeux que la politique peut donner espoir.

      Alors prendre le temps jusqu'en 2022, pour réviser la situation, enrichir la discussion politique, préparer la prochaine étape, remettre la discussion de la souveraineté à l'ordre du jour; tout cela me semble bien davantage respect du peuple et sagesse que tiédeur...

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 janvier 2017 09 h 58

      À Benoit Toupin,

      "Est-ce le PQ qui fait preuve de tiédeur ou les québécois?" - Benoit Toupin

      Ce n'est pas le rôle d'un parti politique de trahir ses engagements et ses valeurs fondatrices et de tourner comme une girouette aux gré du vent pour des votes.

      On est pas souverainiste quand on est trop lâche pour porter clairement sa position parce qu'on préfère passer le parti avant le pays.

      Le véritable Article Un du PQ a toujours été le pouvoir.

      Et son jeu actuel n'est rien d'autre que le vieux jeu de l'étapisme de l'âne et de la carotte qu'il nous a toujours joué sauf une seule syncope en 1995.

      Même le référendum de 1980 ne portait pas sur l'indépendance mais sur un "mandat de négocier".

      Christian Montmarquette

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 janvier 2017 07 h 58

    Quelle place méritons-nous ?


    Pourquoi la CAQ devrait-elle ‘trouver autre chose’ (un autre argument) si le revenu des ménages au Québec est au 31e rang des provinces et États nord-américains ? Devrions-nous nous réjouir d’être seulement médiocres plutôt que des cancres ?

    Quand Jean Charest est arrivé au pouvoir, le Québec était au 4e rang des provinces canadiennes quant au revenu par personne : il était tombé au 9e rang (devant l’Ile-du-Prince-Édouard) quand ce premier ministre a quitté le pouvoir.

    La CAQ est la seule formation politique qui ose dire que les Libéraux sont de très mauvais gestionnaires de l'économie québécoise, ce qui est rigoureusement vrai.