Vice de démocratie

C’est venu mercredi de Human Rights Watch, de Transparency et même du très conservateur The Economist. Donald Trump est placé sous haute surveillance démocratique.

Transparency International voulait en faire son thème principal cette année. Mais l’ONG craint plutôt d’y voir l’émergence d’une déferlante que l’on ne peut, pour l’instant, associer soit à un effet mode, ou conjoncturel, soit à une tendance lourde. Inégalités, populisme et corruption s’autoalimentent et se renforcent mutuellement. Le président américain est pressenti pour devenir l’emblème d’un cercle vicieux plaçant le creusement des inégalités à la source de la montée d’un populisme nourrissant la corruption, et vice versa.

« 2016 a montré que la corruption systémique mondiale et les inégalités sociales se renforcent mutuellement, conduisent au désenchantement populaire et fournissent un terrain fertile à la montée de populisme », conclut l’ONG basée en Allemagne. Les pays qui se dotent de dirigeants issus de cette grogne populaire ou récupérant le désaveu face à l’establishment à des fins électoralistes baissent systématiquement d’échelon dans le classement mondial établi selon l’indice de la perception de la corruption de Transparency. Au pouvoir, ces dirigeants passent rarement de la promesse à l’acte. Aussi, « ils aggravent les choses en sapant la démocratie et la liberté de presse », dit l’ONG anticorruption.

Dans un rapport annexé au classement 2016 publié mercredi, l’analyste Finn Heinrich confirme l’existence d’une forte corrélation entre corruption et exclusion sociale. Le lien de causalité peut cependant être atténué dans les pays plus riches, qui disposent de la capacité d’instaurer des programmes sociaux et des mécanismes de redistribution. Mais la portée de la taille du PIB par habitant dans la régression mathématique est limitée, subordonnée à l’importance de mesures d’inclusion sociale. Le lien entre la corruption et une distorsion des jeux de pouvoir dans la société, conduisant à une distribution inégale du bien-être et des occasions favorables, est beaucoup plus pesant dans ce cercle vicieux inégalités-populisme-corruption.

Népotisme

Revenant à Donald Trump, Transparency associe les gestes posés en ces premiers jours présidentiels à du népotisme et à l’obscurantisme. Son insistance à ne pas montrer ses chiffres comptables personnels ne peut qu’alimenter les scénarios d’évasion fiscale. Les plans d’expansion à la grandeur des États-Unis d’un empire Trump dont seule la gestion a été confiée à ses deux fils sont source de conflits d’intérêts potentiels. Au même titre que toutes ces nominations dans son équipe ou sa garde rapprochée. Avec, aux premières loges, son gendre dans un rôle de conseiller. Avec la présence de l’actionnaire activiste Carl Icahn à ses côtés. Avec, aussi, un secrétaire au Trésor issu de l’univers de Goldman Sachs, un spécialiste des faillites au Commerce… La liste est longue.

Mercredi, The Economist publiait un classement faisant ressortir que la démocratie a perdu du terrain à travers le monde l’an dernier, particulièrement aux États-Unis. Le magazine ramenait le score de ce pays sous la barre des 8 points, en zone de démocratie « défaillante ». « La moitié des habitants de la planète vivent sous un régime démocratique, mais seulement 4,5 % profitent d’une “démocratie en santé”, comparativement à 8,9 % en 2015, une conséquence directe de la rétrogradation des États-Unis », peut-on lire dans un texte de La Presse canadienne.

À la défense de Donald Trump, les auteurs soulignent que cette détérioration correspond à une tendance de fond amorcée avant son élection. Que l’actuel président a su, durant la campagne électorale, exploiter « cette piètre estime que les électeurs américains ont envers leur gouvernement » et l’establishment. Ce que Transparency évoquait un peu plus haut, avant d’ajouter : « si [M. Trump] tient sa promesse de combattre la corruption, je pense que les États-Unis peuvent s’améliorer » dans le classement de l’ONG, qui craint toutefois une « chute ».

Human Rights Watch ne se berce pas d’illusions. « Je crains beaucoup que nous perdions la voix des États-Unis en tant que défenseur des droits de la personne dans le monde », a déploré le directeur général de cette ONG, exhortant les autres démocraties à prendre le relais. Sans trop savoir à quelle porte frapper.


 
1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Inscrit 26 janvier 2017 04 h 29

    Je crois que le temps est arrrivé,

    de remettre catégoriquement en question ce qui est appelé "évolution" dite humaine, et sa continuité, et trouver l'endroit (2016 ou avant ?) où elle a cessé... car nous ne pouvons faire autrement que constater que depuis un certain temps, nous reculons et ce de plus en plus vite.

    Reste à savoir quand l'éveil se fera dans le peuple... sous hypnose des publicités d'un monde existant pour la consommation et les marchés... et de plus en plus individualiste, malheureusement...